LE CHANT DE L'EXILÉ
« France ! tu m'as banni.... je t'aimerai toujours ! C'est vers toi , ciel aimé , que mon regard se lève ; Oui , c'est toujours vers toi que s'envoie mon rêve , Mon pays ! mes amours !
» Oh ! lorsqu'on vit le jour dans cette noble France , Quand, jeune encor, loin d'elle il faut vivre et souffrir, Que devient l'exilé s'il n'a plus d'espérance?... L'exilé doit mourir !
» Pourtant de hauts destins rayonnaient sur ma tête , Le peuple souriait à mon berceau d'enfant ; Autour du nid joyeux j'entendais le poète Chanter l'air triomphant !
» Le passé me donnait les leçons de mes pères , Il m'apprenait les noms de patrie et d'HONNEUR ; Souvenirs palpitants!... Soleil des jours prospères ; Je vous crus le bonheur.
» Et je dormis longtemps sous les ailes divines ; Enfant , l'on me gardait comme on garde un trésor, J'essayais ï a couronne.... et mes mains enfantines Levaient un sceptre d'or 1
» Un jour, ce fut un bruit de tumulte et de guerre , L'airain faisait gronder ses accents furieux ; Tel mugit un volcan , tel roule le tonnerre Qui fait trembler les cieux. ,
» C'était le jour du deuil et l'heure des alarmes ; Alors des pleurs d'effroi mouillèrent mon regard.... Partout on aiguisait la colère et les armes Pour frapper un vieillard ! !
» Trop longtemps je voguais sur une mer dormante , Ce tourbillon brisa mon navire léger.... Hélas l je fus jeté par la houle écumante Sous un ciel étranger.
» La terre où l'exilé doit accomplir sa vie N'a que de pâles fleurs... et qu'un sombre printemps. Au sol qui l'a fait naître une planle ravie S'effeuille avant le temps !
» Là j'ai vécu , priant pour ces juges sévères Qui flétrissaient mes jours et m'avaient condamné ; Lorsque je fus proscrit par ces mille colères , A peine étais-je né !
» Vous le savez , mon Dieu ! lorsque sur cette rive Je m'élevais à vous , mon cœur était sans fiel ; Lorsqu'un soupir tombait de ma bouche plaintive, Je pleurais mon beau ciel.
» Je n'ai point regretté la splendide demeure , Le trône des vieux rois , l'éclat d'un sort royal. Tout ce que je désire et tout ce que je pleure , C'est le pays natal :
» La France !... terre sainte et mille fois aimée , C'est la terre promise aux élus du Seigneur ! Où sont tes bords charmants et ta rive embaumée De gloire et de grandeur ?. . .
» Ceux qui m'avaient voué d'impitoyables haines Disent , ô mon pays ! que je veux t'asservir.... Mais le triste exilé prépare-t-il des chaînes Aux mains qu'il veut chérir?.,.
» Pour mieux juger mon cœur , lis ces pages d'histoire Où jadis mes aïeux ont gravé leurs vertus ; Un jour peut-il briser tant de siècles de gloire?... Le passé n'est-il plus ?
» Et cependant je meurs ! — Sur la terre glacée J'exhalerai les chants de mon dernier soupir , Heureux de voir enfin ma funèbre pensée Dans l'ombre s'assoupir.
» Fléchiraî-je, en mourant, une rigueur cruelle?... Si je ne puis , vivant , passer ton noble seuil , France ! n'exile pas ma dépouille mortelle. Pitié pour mon cercueil....
» En mourant , c'est vers toi que mon regard se lève,
Mon pays , mes amours ; France ! tu m'as banni.... je t'aimerai toujours ! Oui, c'est vers ton beau ciel que s'envole mon rêve II »
Ainsi , traînant ses maux , le plaintif exilé Laissait gémir le chant qui s'était exhalé
De son âme attendrie , Et ceux qui recueillaient l'accent de sa douleur Levaient les yeux au ciel , priant avec ferveur,
Afin qu'il revît la patrie !
Lui n'avait plus d'espoir.... Il avait tant pleuré , Il avait si longtemps dans l'exil demeuré ,
Souffrant et solitaire , Que , fatigué de pleurs , il désirait mourir , Et son regard baissé semblait déjà choisir La place où l'on dort sous la terre.
Mais un éclair passa dans le nuage errant , Cet éclair , feu divin , dans son cœur expirant Raviva l'espérance.
Il crut entendre alors Dieu lui dire tout bas r — « Rassure-toi , mon fils , je n'abandonne pas Le sort de l'innocence. . . »
Et l'exilé , songeant au pays , ses amours , Disait : « Tu m'as banni ! je t'aimerai toujours i