‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 54 sur 143 · ROMANCERO PREMIER · texte numérisé non relu

ROMANCERO PREMIER

CARQIifHA.

Carolina , mon espagnole , Je t'adore , amante plus folle Qu'un soupir de la brise molle !

Et si l'on demandait pourquoi Tant d'amour me brûle pour toi , Je dirais : Oui , je la préfère À toute nymphe ou bayadère , À tous les plaisirs de la terre , Même à la couronne d'un roi !.. .

Car elle est bien d'Andalousie , Vraiment pleine de jalousie , De tendresse et de poésie î . . .

Et toujours portant un stylet Sous les replis de son corset ;

C'est une femme sans égale > Ardente , souriante et pâle , Qui maudirait une rivale , Et pour un soupçon la tûrait ! !

Je la préfère à toutes celles

Qui vont , ses compagnes fidèles,

Cueillir aussi des fleurs nouvelles ».

Et rêver doucement le soir

Sur les rives du golfe noir !

— Non qu'elle soit plus gracieuse

Qu'Inès la blonde insoucieuse ,

Ou Mariquitta , la joyeuse ,

Qui rit toujours... sans le savoir.

Je crois même Inès plus jolie Dans sa blonde mélancolie; D'autres choisiraient pour amie Paquitta qui déroule aux vents Le flot de ses cheveux mouvants ; Beaucoup trouveraient mieux encore Juana qui , sur sa raandore, Tous les matins chante l'aurore Avec d'angéliques accents.

Et moi , parmi ces jouvencelles ,

Qui courent comme des nacelles

Et chantent comme des oiselles ,

Je préfère à Mariquitta ,

Inès , Juana , Paquitta ,

Je préfère — sur ma parole ! —

La voluptueuse espagnole,

Aux seins bruns, à la ronde épaule,

Ma maîtresse Carolina !

C'est qu'elle a des baisers de flamme Qui vous brûlent jusqu'à votre âme !

Oh ! la délicieuse femme !...

Quand elle vous parle d'amour, On l'écouterait tout un jour.

Oh I la divine ! — Quel délice Lorsqu'elle fuit avec malice , Et que de sa taille qui glisse On saisit le svelte contour.

A ses yeux l'astre d'amour brille Plus que tout l'or de la Castille.

Un jour , un seigneur de Séville Vint , enivré de ses appas , Lui présenter avec fracas Une place dans sa voiture , Une éblouissante parure ; Mais elle , dédaigneuse et pure , Lui dit : J'aime... et ne me vends pas

Puis , voyez-la sur le théâtre Charmer par sa danse folâtre La foule muette , idolâtre.

Comme elle bondit , éblouit l Comme on l'aime ! comme on la suit Avec des bravos et des roses !

Tant elle a d'amoureuses poses Qui font rêver aux douces choses Que dit la brise de minuit....

Aussi j'aime , sur ma parole !

Mieux qu'Inès et Mariquitta , Mieux que Juana , Paquittâ , J'aime bien mieux mon espagnole Aux seins bruns , à la ronde épaule , Ma maîtresse Carolina !

C'est qu'Inès de rien n'est émue , Toujours blanche et froide à la vue Comme un beau marbre de statue ;

Mariquitta c'est une enfant

Qui n'a rien qu'un peu d'enjoûment ; Juana.... c'est une coquette Qui , n'ayant que plaisirs en tête , Court sans cesse de fête en fête , Et tous les soirs change d'amant....

Mais Carolina l'espagnole

N'est ni coquette ni frivole :

Son amour, c'est son auréole I

Elle aime... elle est jalouse...— Et moi

Je la préfère , sur ma foi !

A toute nymphe ou bayadère ,

À l'or d'une douairière,

A tous les plaisirs de la terre,

Même à la couronne d'un roi !

Page 1