‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 56 sur 143 · LE BAL TOQUE · texte numérisé non relu

LE BAL TOQUE

Parmi ces foules passagères De sylphides et dej)ergères , Toutes folâtres et légères , Qui tourbillonnent cette nuit, Quelle est cette vive sylphide Qui rit sous son masque perfide , Et dont la parole rapide Toujours m'agace et me poursuit?

 mes yeux pourquoi disparaître?

Je donnerais pour te connaître î)e l'or! beaucoup d'or !... et peut-être L'anneau qu'à mon doigt tu peux voir; Oui , masque charmanl , ta parole Est si parfumée et si folle , Que sur tes pas ce soir je vole , Dût ma jalouse le savoir !

Tu reviens. . . . Bravo , ma divine !

A cette taille souple et fine Je crois fort que c'est là Rosine , La brune au souris caressant.

Non ; Rosine est moins gracieuse ?

— Alors, c'est Anna la danseuse?...

Non ; car Anna , souvent rêveuse , N'a point le regard si perçant.

Oh ! dis-moi comment l'on te nomme :

Que crains-tu ? Je suis gentilhomme, Plus discret qu'un prince de Rome.

Je suis Alvar le cavalier ; Toujours je demeure fidèle A ma promesse solennelle , Et nul ne sait ce qu'une belle A bien voulu me confier.

Beau masque ! allons 1 .; . sans artifice Dis-moi ce que veut ton caprice :

Ma bague ?... c'est un sacrifice I C'est l'anneau qu'elle me donna.

N'importe : pi^nds-le... je t'adore!

Hé ? tu veux me parler encore :

« Si je te suis jusqu'à l'aurore , » Dis-tu; je crains Carolina! »

Ce nom !... tais-toi , magicienne....

C'est mon amoureuse ancienne ,

Dès longtemps elle n'est plus mienne.

Tais-toi l . . . ce nom nous est fatal. Tais-toi !... sans doute elle m'épie.... Mais je m'enchaîne à ta magie , Je me donne à toi pour la vie.

Prends mon bras et sortons du bal.

Enfin , ma divine inconnue , ' Nous voici tous deux dans la rue. . . . — Comme sur ton épaule nue Tu dois sentir le froid , ce soir !

Tiens>.. prends ce manteau de fourrure, Monte vite dans ma voiture Qui , bien mollement , je te jure , Va nous conduire à mon boudoir.

Qu'est-ce donc? Tu fuis, ma coquette?

Dédaigner si noble conquête!

Beau masque, as-tu perdu la tète ?...

Que m'a-t-elle mis dans la main , La folle , avant de disparaître?

C'est ma bague... et puis une lettre ! Page, un flambeau ! .. . pour la connaître Je n'attendrai pas à demain.

Lisons : « Sire, à l'âme inconstante , » Celle que vous trouvez charmante » N'est, hélas! que l'humble suivante » De votre Caroline.... Eh bien !

» Je vous rends son anneau, parjure !

» Montez seul dans votre voiture , » Et ne craignez point : je le jure , m Carolina n'en saura rien. »

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