LE BAL TOQUE
Parmi ces foules passagères De sylphides et dej)ergères , Toutes folâtres et légères , Qui tourbillonnent cette nuit, Quelle est cette vive sylphide Qui rit sous son masque perfide , Et dont la parole rapide Toujours m'agace et me poursuit?
 mes yeux pourquoi disparaître?
Je donnerais pour te connaître î)e l'or! beaucoup d'or !... et peut-être L'anneau qu'à mon doigt tu peux voir; Oui , masque charmanl , ta parole Est si parfumée et si folle , Que sur tes pas ce soir je vole , Dût ma jalouse le savoir !
Tu reviens. . . . Bravo , ma divine !
A cette taille souple et fine Je crois fort que c'est là Rosine , La brune au souris caressant.
Non ; Rosine est moins gracieuse ?
— Alors, c'est Anna la danseuse?...
Non ; car Anna , souvent rêveuse , N'a point le regard si perçant.
Oh ! dis-moi comment l'on te nomme :
Que crains-tu ? Je suis gentilhomme, Plus discret qu'un prince de Rome.
Je suis Alvar le cavalier ; Toujours je demeure fidèle A ma promesse solennelle , Et nul ne sait ce qu'une belle A bien voulu me confier.
Beau masque ! allons 1 .; . sans artifice Dis-moi ce que veut ton caprice :
Ma bague ?... c'est un sacrifice I C'est l'anneau qu'elle me donna.
N'importe : pi^nds-le... je t'adore!
Hé ? tu veux me parler encore :
« Si je te suis jusqu'à l'aurore , » Dis-tu; je crains Carolina! »
Ce nom !... tais-toi , magicienne....
C'est mon amoureuse ancienne ,
Dès longtemps elle n'est plus mienne.
Tais-toi l . . . ce nom nous est fatal. Tais-toi !... sans doute elle m'épie.... Mais je m'enchaîne à ta magie , Je me donne à toi pour la vie.
Prends mon bras et sortons du bal.
Enfin , ma divine inconnue , ' Nous voici tous deux dans la rue. . . . — Comme sur ton épaule nue Tu dois sentir le froid , ce soir !
Tiens>.. prends ce manteau de fourrure, Monte vite dans ma voiture Qui , bien mollement , je te jure , Va nous conduire à mon boudoir.
Qu'est-ce donc? Tu fuis, ma coquette?
Dédaigner si noble conquête!
Beau masque, as-tu perdu la tète ?...
Que m'a-t-elle mis dans la main , La folle , avant de disparaître?
C'est ma bague... et puis une lettre ! Page, un flambeau ! .. . pour la connaître Je n'attendrai pas à demain.
Lisons : « Sire, à l'âme inconstante , » Celle que vous trouvez charmante » N'est, hélas! que l'humble suivante » De votre Caroline.... Eh bien !
» Je vous rends son anneau, parjure !
» Montez seul dans votre voiture , » Et ne craignez point : je le jure , m Carolina n'en saura rien. »