‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 63 sur 143 · LES JOURNÉES DE JUIN · texte numérisé non relu

LES JOURNÉES DE JUIN

C'était vrai ! ! — Sous le sol de noire capitale Bouillonnait sourdement une lave fatale , Un noir volcan d'enfer ;

Et dans son antre affreux l'antique barbarie Minait depuis longtemps notre belle patrie De ses ongles de fer.

D'où venaient-ils ces gens , lâches rêveurs de crimes , Qui voulaient pour régner un trône de victimes ,

Un palais de douleurs ; Ces gens qui ne humaient que du sang pour breuvage , Et levaient sur Paris l'étendard du pillage

Aux sinistres couleurs?

Ils agitent dans l'air leur fratricide épée , Us traînent en hurlant une masse trompée

Qui roule sur leurs pas ; Au cœur des plébéiens ils soufflent la colère ; L'or qu'on répand à flots au seuil de la misère

Leur a fait des soldats !

Le signal est donné. — Paris tremble. — Le monde Gémit , et sent au loin la secousse profonde

De Satan révolté ; Oui ! Satan contre Dieu gronde et devient rebelle , Le monstre veut encor frapper l'œuvre immortelle

De la Société.

La France des combats est la sanglante arène ; Déjà de toutes parts la rage se déchaîne

Et peuple les tombeaux ; L'homme sent sous ses pieds la flamme du cratère , Et notre France , hélas ! . . . la reine de la terre ,

S'arrache par lambeaux.

Pendant plus de trois jours , les enfants et les femmes Se plongent avec eux dans ces fureurs infâmes ,

Sans pudeur, sans remords ; Aux captifs désarmés ils jettent leur injure , Et leurs-coups furieux , profanant la nalure ,

N'épargnent pas les morts !

Pendant plus de trois jours !!! Dans un sanglant déliré Avec ses propres mains la France se déchire ,

Dieu paraît impuissant :

De morts et de mourants la capitale est pleine , Le fer brille partout , le feu gronde... et la Seine

Roule des flots de sang !

Hélas! pendant ces jours de désespoir étrange , Il semblait que la terre eût perdu son bon ange ,

L'éternelle Raison. Mais Dieu veillait ! Sa main qui châtie et pardonne, Ainsi de temps eh temps nous foudroie et nous donne

Quelque grande leçon.

Dieu l'ordonne : à sa voix s'arrête le carnage ; Il courbe sous sa loi cette foule sauvage

Qui se croit un géant.

A son geste vainqueur , la horde famélique , Qui mordait au berceau la jeune République ,

Rentre dans le néant !

Aux mains de nos soldats l'Eternel met son glaive , Et la France , sortant d'un exécrable rêve ,

Ouvre ses yeux hagards :

Sur les débris en feu plane la Destinée ; Dans une mer de sang la Discorde enchaînée

Vient frapper nos regards 1

Ils sont vaincus ! —Chantons notre grande victoire, Que le cri du bonheur s'unisse aux cris de gloire ,

Puis courons adorer Le Dieu saint , le Dieu fort qui veillait sur nos têtes. Amis ! des chants, des fleurs, de l'encens et des fêtes. . . .

Mais il nous faut pleurer!

Après ces jours affreux , ces terribles batailles , Il faut suivre en pleurant de longues funérailles ; Et quand nos rangs vainqueurs

S'exaltent bruyamment et sont pleins d'allégresse , Que de veuves en deuil , que d'enfants en détresse Sentent briser leurs cœurs !

Au foyer paternel la place reste vide ;

Là c'est un fils qui tombe , un héros intrépide ,

De vivre insoucieux , C'est un beau fiancé qui , sentant fuir son âme , Redisait en mourant le doux nom d'une femme ,

Et s'envolait aux cieux !

C'est un vieux général , respecté par les balles , Vieux héros couronné de palmes triomphales ,

Blanchi dans les combats.

Sur notre sol impie il finit sa carrière , Et le soleil de France a caché sa lumière

En voyant ce trépas.

Négrier ! Négrier ! nous chanterons encore , Nous pleurerons ce nom que notre France honore ,

Que craignait l'étranger.

Honte à ces malheureux qui boivent tant de larmes ! Pourquoi sont-ils vaincus? Qu'ils reprennent leurs armes,

Nous courrons te venger I

Puis , là-bas , c'est encore un martyr, c'est un prêtre • De ce monde maudit il vient de disparaître

Avec un tendre adieu.

Pareil à la victime au jour du sacrifice , Il offrit humblement sa vie et son supplice

En holocauste à Dieu.

Monseigneur de Paris ! votre sainte mémoire Comme un grand souvenir apparaît dans l'histoire,

Se grave sur l'airain ; Rejoignez des martyrs les troupes éternelles , Et que votre nom vive , abrité sous les aï les

Du peuple souverain !

0 sainte Liberté ! Fraternité sublime !

Que loin de notre sol vos lois chassent du crime

Les instincts odieux !

Après avoir payé cette dette suprême , La jeune République a reçu son baptême

Terrible et glorieux !

Gloire à ceux qui sont morts ! Gloire à ceux qui survivent ! Que vers tous ces héros les chants du peuple arrivent,

Concert retentissant !

Soldats et citoyens , vieille et nouvelle armée , Vous avez racheté la France bien-aimée

Au prix de votre sang!

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