LA VOIX DE LA FRANCE
ODE A LOUIS-NAPOLÉON, Décembre 1851.
Vox populi , vox Dei.
Peuple, salut!... Ta voix immense et solennelle A prononcé le mot qui règle nos destins ; Et l'arrêt , consacré par l'histoire éternelle , Vivra dans les siècles lointains.
Devant la Nation , tout entière assemblée , Un prince a comparu , lui disant : « Jugez-moi ; » Quand je viens raffermir la patrie ébranlée , » Patrie ! accorde-moi ta foi ! »
Le peuple a répondu dans son mâle langage , Non moins heureux que fier de juger un vainqueur ; Il a de mille vœux salué le courage , Il a laissé parler son cœur.
Oui ! ce mot s'échappa de sa large poitrine ; Oui ! vous avez bien fait, prince, en nous sauvant touc Et chacun a compris la volonté divine ; Le Seigneur a veillé sur nous.
Rappelons-nous les temps de Rome Où les poètes frémissants Cherchaient, pour célébrer un homme, Leurs lyres d'or et leur encens.
C'est que l'homme était un symbole,.
Un météore , une auréole
De paix et de félicité ;
Soudain les chantres des vieux âges
Avec d'harmonieux hommages
Lui forgeaient l'immortalité.
Après les civiles tempêtes,
Le sang , les fléaux , les comhats ,
Rome , se couronnant de fêtes ,
Palpitait de joyeux ébats ;
Et les citoyens unanimes
Aux dieux immolaient des victimes ;
Le vin pur formait des ruisseaux ;
Puis , au sein d'un heureux murmure ,
Le vainqueur, d'une marche sûre,
Allait , précédé des faisceaux.
Alors s'ouvrait le Capitole .
On tressait la guirlande en fleurs ; On vénérait la noble idole , Et Rome oubliait ses malheurs.
Avec les palmes triomphales On faisait briller les annales :
Les jours pieux étaient venus ; La Paix , au radieux sourire , Fécondant le sol de l'empire , Fermait le temple de Janus.
Ainsi puisse-tu faire , ô ma noble patrie !
Que par un seul amour nos peuples soient bénis ;
Et les fils éprouvés d'une race chérie
Verront que leurs maux sont finis.
Comme aux siècles romains , l'infortune est lassée ; Les méchants ont pâli , les bons sont rassurés ; Sur un fier piédestal la Grandeur replacée Sourit aux peuples enivrés.
Comme aux siècles romains , les guerrières cohortes; Sous le ciel de la paix guidant les étendards , Au général vainqueur ouvrent les larges portes Du temple où brillent les Césars.
C'est comme aux jours heureux des empires antiques : L'encens des plus doux vœux monte en flots sur l'autel Les augurs inspirés , de leurs voix prophétiques, Annoncent l'oracle immortel.
Un Auguste nouveau refleurit sur la terre; Le peuple , encor tremblant , espère en l'avenir;] 11 croit , il croit revoir , par un divin mystère , Le fils de Maïa survenir.
Hélas! elle approchait l'heure de la détresse, Le vice à nos enfants lançait de fiers défis ; Et la mère , troublée en sa pure tendresse , Tremblait pour les jours de ses fils.
C'est qu'elle avait sonné cette heure sépulcrale Où d'infâmes combats s'apprêtaient sourdement ; Mais pour fouler aux pieds la Discorde infernale > France ! il a suffi d'un moment.
Et déjà T Anarchie , impuissante , écrasée , Regarde avec effroi l'abîme des enfers.
Vers le gouffre béant , par nos bras repoussée ,, Elle roule en mordant ses fers.
Frères ! ne songeons plus aux éclats de l'orage ; Mère 1 embrasse tes fils sans craindre leur trépas ; Vierge ! pour ton honneur qui redoutait l'outrage , Douce vierge ! ne tremble pas.
Un meilleur horizon rayonne sur nos têtes ; L'ordre saura guérir le flanc qui saigne encor ;
Peuple ! pour décorer le cirque de tes fêtes , Prépare des fleurs et de l'or.
Fantôme de la Grande- Armée !
Fantôme du grand Empereur !
Que votre ombre soit ranimée Et nous présage un temps meilleur.
Du haut des voûtes éternelles Déployez vos sublimes ailes , Secouez sur nous vos esprits ; Grandes ombres ! soyez heureuses De voir nos races généreuses , Libres de honte et de mépris.
Aurons-nous de fières années Comme à l'époque où vous viviez ?
Reverrons-nous les destinées Que dans ce temps-là vous rêviez ?
Quels champs doit parcourir encore Notre symbole tricolore ?
Quels seront nos futurs exploits?
Est-il vrai que le nouveau prince Ira de province en province, Faisant et défaisant les rois ?
Dans un émoi patriotique
Nous espérons pour le pays
L'avenir large et magnifique
Que l'Empereur avait promis.
A nos yeux l'Europe étonnée
Courbe sa tête couronnée
Devant nos hardis bataillons.
Sont-ce des espérances vaines?
Non, non... l'aigle, ce roi des plaines^
Pevait nous laisser des aiglons.
Admirez la nouvelle armée ,
Lorsqu'elle s'élance à l'assaut , D'une vive ardeur enflammée Contre les faiseurs d'échafaud.
La victoire plane sur elle , Et devant le glaive fidèle S'écroulent les derniers remparts ; Sur les ruines , dans la poudre Que vient de sillonner la foudre , Elle plante ses étendards.
Oui , la France a parlé , saluant la victoire , Consacrant ce beau jour d'un vote souverain; Toute la nation , convoquée au prétoire , Inscrit son arrêt sur l'airain.
Devant la majesté de pareille fortune , Que nos troubles civils meurent , anéantis ; Et qu'expire à jamais l'écumeuse rancune Qui bouillonne au sein des partis.
Par la bouche du peuple un Dieu parle et nous juge ; Insensé qui renie un bienfaisant pouvoir ; Insensé qui maudit le céleste refuge
Des beaux jours qu'il pourra revoir.
Hosanna ! dans le temple où la foule se presse > Courons, volons, chrétiens, Français reconnaissants. Et mêlons dans les airs aux voix de l'allégresse Les flots vaporeux de l'encens.
Que l'heureux Te Deum bourdonne dans l'église , Qu'il monte vers le ciel en triomphants concerts ; Que le chant des pasteurs en priant nous redise Que Dieu châtia les pervers.
Oui , Dieu même abaissa l'orgueil et l'insolence De ces fougueux démons contre lui révoltés •
Peuple 1 grandis , grandis dans un réveil immense ; Et vous , ô poètes , chantez !
Chantez, enfants du Ciel ! . . . comme à la cour d'Auguste, Et servez d'auréole au César d'aujourd'hui ; Et qu'inspiré par vous , le prince, toujours juste , . Soit digne de vous et de lui.
Il marchera , couvert par l'égide céleste ! Quand sur lui l'avenir projette son flambeau , Quand la France l'invoque, il peut (tout nous l'atteste), Soutenir ce noble fardeau.
Il a changé la crainte et l'angoisse profonde En lumineux espoir , en triomphe enivrant ; D'un soleil magnifique il colore le monde , Il sera sage ! il sera grand !
Airain majestueux de la place Vendôme Qui de nos vieux guerriers consacres le renom , Sur ton front qui du ciel semble braver le dôme Laisse graver encore un nom !
Poètes I célébrez l'ordre , la paix nouvelle , La vertu qui renaît , l'espérance des arts ; Que vos luths, s'accordant pour une ode immortelle, Chantent le réveil des Césars.