L'OUVRIERE PARISIENNE
A Melle. HÉLOÏSE ***.
Je t'aime mieux , simple ouvrière, Pleine d'avenante manière , Belle sans robe de satin , Que cette orgueilleuse marquise Qui toujours se pare et se frise A son miroir , dès le matin.
Je ris de ta marche rapide , De ton air vif , du schall perfide Qui voile si mal tes appas ; Et je me mets à ma fenêtre Chaque jour... pour te voir paraître, Ton petit panier sous le bras.
Je ris de te voir , le dimanche , Dans ta gentille robe blanche , Au bras d'un nouveau favori ; — Meilleure qu'une grande dame Qui n'a d'autre penser dans l'âme Que de tromper son vieux mari î
Pareille à l'hirondelle folle, Qui toujours chante et toujours vole D'arbre en arbre sur le chemin, Tu poursuis ta route joyeuse , Chantant, riant; — insoucieuse De l'asile du lendemain 1
Tout ce qu'il te faut , jeune fille , C'est un danseur pour le quadrille,
Uu compliment sur tes beaux yeux....
Un bonnet neuf aux jours de fête , Des fleurs pour ta simple toilette , Et des parfums pour tes cheveux»
Nobles dames de haut parage Qui passez dans votre équipage , Etincelantes de bijoux, Ne méprisez pas , je vous prie , L'ouvrière pauvre et jolie....
Elle sait mieux aimer que vous !
On doit avoir de la naissance , Peu d'amour... beaucoup d'opulence „ Pour être admis dans un boudoir ; Mais pour que l'aimable ouvrière Cesse d'être insensible et fière , C'est de l'amour qu'il faut avoir.
Pauvre fille ! on croit que sa vie r Par mille plaisirs embellie, Coule exempte de tout souci.
Mais non... parfois elle soupire!
Elle pleure , sous un sourire , Un ingrat qu'elle a trop chéri....
Pauvre fille! on ne sait comprendre Ton âme si bonne et si tendre ; Et Ton t'aime... comme une fleur Que Ton respire avec délice , Mais dont on jette le calice , Quand on est las de son odeur.
Va... tu fais bien d'être inconstante , Puisque ton pauvre cœur d'amante Fut brisé par un inconstant ; Si ton passé fut plein d'alarmes, Tu fais bien d'oublier tes larmes Pour le sourire du présent.