AUX JEUNES LÉVITES
Vous prêtres de vingt ans , élevés dès l'enfance Dans le mépris du monde et dans la pénitence ,
Avant de jurer sur l'autel Une haine éternelle aux plaisirs de la terre t Interrogez longtemps votre âme solitaire ,
Votre âme faible de mortel.
Il faut être créé d'une essence bien pure
Pour se vouer à Dieu , sans que le cœur murmure
De vagues mots d'impiété ; Il faut se croire fort pour dompter sa jeunesse , Pour dire: « Je vivrai tous mes jours sans faiblesse,,
» J'en jure par l'Éternité. »
Et parce qu'on est plein de sévères doctrines , Parce qu'on s'est nourri de paroles divines , On fait taire les voix du cœur t
Comme on rejetterait une vile pensée , Et l'on sacre sa vie à peine commencée, On se croit digne du Seigneur ! . . .
0 prêtres de vingt ans , n'étouffez pas trop vite Le cri mystérieux de l'àme qui palpite ,
Qui recule devant l'écueil ; Cette vocation qui vous paraît céleste , N'est trop de fois , hélas ! qu'une embûche funeste ,
Que l'enfer dresse à votre orgueil.
Tremblez , si quelque jour l'océan de la vie Indigné de ses fers , assiège avec furie
Votre vaisseau mal assuré ; Tremblez , si la tempête en vous hurle et s'éveille ; Tremblez , si le remords vous bourdonne à l'oreille ,
Après que vous avez juré.
Nous tous, donnons des pleurs au pécheur qui succombe, Donnons à sa dépouille une pieuse tombe :
Les pécheurs sont des malheureux , Et peut-être qu'au ciel leur faute est pardonnée ! Ne livrons pas aux vents leur cendre abandonnée...
Pécheurs aussi , prions pour eux.