CHAPITRE DEUXIÈME
Voluptés et Remords.
Lucien , ivre d'amour , respirait l'air voluptueux du boudoir. Ils étaient là , tous deux , les mains enlacées , les yeux humides ; et leurs voix murmuraient ensemble des paroles sans suite, tendre et mystérieux langage. Le soleil du matin, qui se jouait sur la soie rouge des rideaux, illuminait la chambre parfumée; c'était le moment de la plus douce aurore !
Tout-à-coup Héloïse fit un geste comme pour se débarrasser de l'amoureuse étreinte , elle écarta ses cheveux du front comme une folle dont la raison s'éveille ; puis elle fixa sur Lucien un œil égaré par l'effroi,
— Qu'as-tu donc, mon adorée, dit Lucien en l'attirant vers lui.
— Ce que j'ai, reprit-elle avec une anxiété fébrile, ce que j'ai , mon ami? Je songe que tu es là dans cette chambre, et qu'il revient ce soir, lui !... — Que nous importe !... nous sommes heureux. — Ets'il découvre cet amour quela société condamne, si cet homme à qui j'ai voué ma vie au pied des autels apprend que l'adultère a souillé sa couche , pourras-tu dire encore : « Que nous importe? » Réponds! — Héloïse I reprit Lucien en se levant avec exaltation de son siège, écoute-moi. J'ai pour toi dans l'àme une telle tendresse , que je serais heureux même de partager ton martyre ; quand je suis près de toi, je n'ai plus d'autres pensées ni d'autres sensations que ton sourire qui m'enivre , ton baiser qui me rend fou ! Puis-je songer au lendemain, puis-je voir un nuage dans l'avenir? Non, ce moment qui s'envole a tant de bonheur que le plus grand supplice ne pourrait en affaiblir la mémoire. Je t'aime! Et si tu m'aimais aussi , tu ne pleurerais pas quand nous sommes à deux, tu ne parlerais pas de lui ; tu oublierais tout , comme j'oublie tout, mon Héloïse ! tu ne verrais pas un crime dans notre amour. Moi , je suis prêt à livrer ma vie. Oh ! je sais que parce que cet homme a surpris ton cœur d'enfant, parce que le monde vous étreint dans une même chaîne , je sais que pour cela les lois lui donnent le droit de m'assassiner 1 La jeune femme devint encore plus pâle. — Je le sais. Et cependant , poursuivit-il, m'as-tu vu quelquefois reculer ? M'as-tu vu craindre pour mes jours? C'est un crime de nous aimer ! Pourquoi ? Tu es si belle. . . Je serais heureux de mourir pour toi ou bien avec toi. Est-ce qu'on peut étouffer l'amour au cœur? Est-ce que je puis cesser d'être à toi ? Il revient aujourd'hui.... Eh bien! qu'il nous tue ! Nous serons libres de dormir ensemble dans la iombe=
En parlant ainsi , de Sirval semblait tout dominer cîe> sa haute taille ; un air de noblesse et de courage animait ses traits. Etrange effet de l'amour! Ce n'était plus Sirval le fat , l'insensible et insouciant Sirval , c'était l'amant le plus généreux et le plus fidèle. Il disait vrai !
— Je n'ai pas peur de mourir , mon Dieu ! dit Héloïse avec plus de calme.
— r-Oui , si tu m'aimes , continua Lucien avec feu, tu partageras ma destinée , nous ne l'attendrons pas. Nous fuirons ensemble pour l'Espagne ou pour l'Italie. Nous verrons ces climats brûlants , ce beau ciel où l'amour est plus doux. Ce n'est pas le monde que je redoute: je dédaigne ses lâches propos. Le monde! c'est là ce qui nous perd ! Fuyons, fuyons ! alors nous pourrons nous aimer sans défiance , sans que rien ne nous sépare. Et je te ferai tout oublier : ton pays natal , les caresses de ta mère!... Tu verras en moi tant de dévoûment et de sincérité que tu me diras peut-être : Je t'aime comme tu m'aimes, Lucien !...
La jeune femme parut irrésolue ; elle regarda son amant , puis rassemblant toute sa force , elle s'écria pleine d'énergie :
— Fuir!... jamais S...
De Sirval ne lui répondit que par un regard, douloureux ; il doutait de sa tendresse maintenant.
Quand il se fut éloigné , et qu'Héloïse resta seule avec cette idée que son mari devait revenir le soir même , elle se voilà le visage avec honte et laissa couler ses larmes en abondance. L'image de Dérouville lui apparut comme un reproche ; après le délire venait le remords. Ce qui l'avait portée vers Lucien , c'était plutôt de l'entraînement , de l'étourderie , qu'un amour profond. Elle avait trop légèrement obéi à son caprice , et maintenant que la réalité se présentait avec ses fantômes vengeurs , la coupable épouse était malheureuse et terrifiée. Que faire pour cacher à son époux la pâleur
de son visage et cette faute qu'elle croyait écrite sur son front? Que faire pour le recevoir avec joie et pour sentir son baiser sans trembler de terreur? Mais en pensant à Lucien , son âme reprit un peu de sérénité. — Oh ! se dit-elle , il m'aime , il m'adore.... Lucien, je veux t'aimer! Cette tendresse sera toute ma consolation; tu es digne de me sauver du désespoir !
Cependant Dérouville ne devait arriver que vers cinq heures. L'attente paraissait bien longue à la pauvre femme. Pour chercher quelque distraction , elle se ressouvint qu'elle devait une visite à Mme de Léonnart. Peut-être la gaîté de cette bonne amie contribuerait-elle à chasser la tristesse accusatrice que le remords imprimait sur ses traits malades. Héloïse alla donc causer avec la sémillante marquise , qui venait d'achever son chocolat.
— Chère amie , dit Mme Dérouville , je viens vous demander une heure d'hospitalité. J'attends aujourd'hui mon mari. Vous savez
— Ah! c'est aujourd'hui qu'il revient de voyage. Estce pour cela que vous paraissez si triste?
Héloïse s'efforça de sourire :
— Toujours des épigrammes contre les maris, dit-elle.
— Je vous assure que vous êtes triste ; il y a quelque inclination sous jeu , ma bonne. Et M. Lucien ! ... Là , vous changez de couleur..,. Vous l'aimez?... Tant pis alors; car c'est bien le plus grand fat , le plus perfide séducteur que le bal puisse enfanter !...
— Que dites-vous ? s'écria Héloïse ; vous m'aviez dit d'écouter favorablement ses galanteries....
; — Eh ! sans doute, reprit la marquise vaporeusement, je vous ai dit de l'écouter, petite, ou plutôt défaire semblant de l'écouter, pour corriger Dérouville de sa jalousie. Mais ce brave homme n'est pas jaloux du tout. C'est bien la meilleure pâte de mari. Trouvez-m'en qui s'absente trois grandes semainqs. Feu M. de Léonnart ne
s'absentait que quinze jours, jamais plus, je vous jure. Mais revenons à ce fat de Sirval. Je commence à croire qu'il vous plaît , et comme vous avez peu d'expérience , trouvez bon que je vous instruise , belle amie. Ne dansez plus aussi souvent avec lui, ne lui permettez plus de s'asseoir près de vous pendant toute une soirée. Il est capable d'avoir des espérances : alors vous ne vous en débarrasseriez qu'avec peine. Puis je vous avertis qu'il manie sa phrase avec beaucoup d'art , qu'il vous persuadera qu'il vous aime , sans qu'il en pense un mot. Figurez-vous qu'il a eu successivement pour maîtresses mesdames d'Albert, Gérency , et une foule d'autres coquettes qui s'y sont laissé prendre. Il faut qu'il soit bien habile.... Mon Dieu ! cela est officiel; il n'y a que les maris de ces dames qui n'en savent rien.
La pauvre Héloïse écoutait avec une muette douleur la biographie de cet homme pour qui elle avait foulé aux pieds tous ses devoirs , pour qui elle souffrait tant d'inquiétudes et de remords. Son amie feignit de ne pas remarquer le trouble dont la jeune femme était agitée : elle ne se doutait pas d'ailleurs que la faute eût été si prompte ; elle voulait lui montrer l'abîme, pensant qu'il y avait eu à peine une apparence de danger. Mais il était trop tard ! Cruelle amie! frivole conseillère!... C'est par cette étourdie qu'Héloïse était perdue. Et maintenant qu'il n'y avait plus de remède, maintenant que le fat avait triomphé, Mme de Léonnart achevait de briser le cœur de la coupable , en lui retraçant le caractère et les perfidies de Lucien. Alors cependant la marquise ,. malgré toute son expérience, ignorait le mal qu'elle avait causé ; elle ignorait encore que Lucien était converti.
Dans quelle situation devait se trouver Mme Dérouvilie! Dans quelques heures elle attendait un mari dont elle redoutait le regard interrogateur... et sa dernière consolation avait fui pour jamais. Elle se crut indignement trahie, comme toutes ces coquettes dont elle allait
grossir la liste. Plus rien que de l'amertume : elle ne croyait plus à la tendresse de Sirval. 0 Lucien, dit-elle, Lucien! tu n'es donc qu'un infâme; avant de me parler d'amour , tu étudiais tes phrases , tu calculais d'un œil froid les degrés de ma défaite. Que ta vanité soit contente : je t'ai aimé, et maintenant je n'ai plus que de la haine. Déjà sans doute tu vas répéter aux pieds d'une autre femme ces mots qui m'ont enivrée, séduite ! . . . Tu te joues de l'amour, du remords et de l'honneur. Lucien, je te hais! N'espère plus me revoir; je te fuirais comme mon mauvais génie. Puisse le Ciel pardonner à mon repentir !
Rentrée chez elle , Héloïse se jeta tout en larmes sur un siège. Le dépit remplaçait ce qu'elle avait d'amour. Sa faute commençait à s'expier par le châtiment ! . . .
Une femme de chambre entra et lui remit une lettre. Elle rompit le cachet avec une sorte de colère : nous devinons qu'elle était de Lucien.
« Chère Héloïse , écrivait-il , mon ange , mon bon » ange, mon amour ! je n'ai plus qu'une pensée : toi , » toujours toi; ton regard, ton sourire, ton baiser !...
» Une force irrésistible m'entraîne ; je souffre loin de » toi ; je t'écris pour te redire que je l'aime et je veux » que mes paroles aillent jusqu'à toi par ce message. » Situ pesais la force de ma tendresse , tu n'hésiterais » pas à partager mon sort , tu fuirais.... Que dis-je? » pourquoi t'offrir un destin qui te serait à charge? » Non , je n'espère pas. Jamais! m'as-tu dit.... Et ce » mot cruel résonne encore à mon oreille, jamais ! Ce- » pendant , je t'adore ; nous aurions de si beaux jours ; » je serais là , toujours là , pour épier ton moindre ca- » price , pour t'environner de bonheur , de joie , et , le » soir, égarés ensemble sous le ciel italien, nous aurions » des moments plus doux que n'en eut le Tasse aux pieds » d'EIéonore.
» Hélas t aujourd'hui je ne te verrai pas : je devine
» qu'il te faudra rester toute la fin du jour avec lui...» » Mais demain... ne pourras-tu me donner une heure , » une minute, ne fut-ce qu'un instant, pour te voir?... » Je serais heureux. Ecoute : dirige ta promenade de- » main soir aux Tuileries ; je serais là sous l'ombrage » le plus épais. Nous parlerons de l'avenir. ...»
— Ah ! se dit Mme Dérouville , en achevant sa lecture avec un sourire amer , le perfide a sans doute copié ces lignes dans un roman, ou c'est la copie de ce qu'il écrivit dernièrement à Mme d'Albert, Mme Gérency,que saisje?... La marquise m'a donc éclairée ! Voyez comme il ment bien cet homme, comme on aimerait à le croire ! . . . Il faut le haïr pourtant. — Le dépit reprenait le dessus. — 11 faut le haïr, s'écria-t-elle. C'est un perfide séducteur, II me traite avec mépris déjà. Ne voilà-t-il pas qu'il me donne un rendez vous comme à une femme perdue! Je n'irai pas , je n'irai pas; il ne m'a jamais aimée!...
Puis elle froissa le billet avec colère et le lacéra entre ses dents.
Aussitôt des pas d'homme retentirent dans le vestibule, la porte s'ouvrit, et Dérouville entra, coiffé d'une petite casquette et portant un melon sous son bras. Le brave homme descendait de diligence. Quant au melon, c'était un cadeau que l'excellent mari destinait à sa femme. Comme tout voyageur satisfait d'arriver à bon port, Dérouville était d'une humeur charmante et se sentait un appétit de diable.
— Eh ! bonjour , ma petite Héîoïse , dit-il gaîment. Quoi ! tu n'étais pas allée aux messageries pour m'embrasser plus vite ?. . . Ce que j'en dis n'est pas un reproche , au moins.... Viens donc m'embrasser... plus fort donc, plus fort.... Est-ce que nous ne sommes pas un ménage bien amoureux?... Toujours jolie... un peu pâlotte. . . mais ce n'est rien, l'émotion, le plaisir. ... Ah ! ça, dit-il plus haut en regardant sa montre , il est cinq heures passées, et pas de table encore ! Est-ce que nous
ne dînons pas ? Hé ! Joséphine, mettez donc le couvert. . . . Tu verras comme je t'aimerai , Héloïse , quand j'aurai bien dîné. Mais , Joséphine, continua-t-il en s'adressant à la bonne qui souriait en dessous en le regardant, voulez-vous bien ne pas manier ainsi mon melon ? Vous allez le gâter, vilaine espiègle....
Pendant tout le dîner , Dérouville but et mangea comme quatre , sans remarquer qu'Héloïse avait les yeux rouges et qu'elle touchait à peine aux mets qui étaient servis. Il ne songea pas à la plaindre , car il ne croyait pas aux crampes d'estomac ni aux migraines ; ce fut lui seul qui entretint la conversation , soit en louant ses plats, soit en parlant du succès de ses affaires. Au reste , si Dérouville avait un défaut , c'était de s'occuper un peu trop de son dîner , et pas assez de sa femme.
Cinq et six jours se passèrent sans que de Sirval eût l'occasion de revoir son amante. Le jeune homme se désespérait. Vainement écrivait-il les lettres les plus brûlantes , dans lesquelles toute son âme était peinte ; vainement laissait-il parler son désespoir.... Toujours un silence glacial. Ses amis ne le reconnaissaient plus et le raillaient de ce qu'il paraissait véritablement amoureux. Adieu les courses au bois de Boulogne , les déjeuners galants, les spectacles et les danseuses!... Adieu la vie aventureuse et changeante ! De Sirval était sincèrement amoureux , sans plaisanterie. Rien ne pouvait lui expliquer ce silence inquiétant qui le rendait le plus infortuné des hommes. Jamais Héloïse ne se trouvait aux rendez-vous qu'il lui donnait, et ce mot de réponse qu'il implorait d'elle comme une grâce ne lui arrivait pas. Lucien était dans cette perplexité qui fait plus de mal qu'une souffrance réelle, lorsqu'il reçut enfin une lettre coquettement pliée et parfumée. C'était d'Héloïse , sans doute, car depuis longtemps il ne recevait plus de lettres d'autre femme.
Il ouvrit le papier tant désiré en tremblant de joie ; mais cette joie fut de courte durée. On lui annonçait en termes très-froids que le remords , le repentir avaient triomphé de l'amour; qu'on ne voulait plus songer désormais qu'à réparer une faute , qu'on l'engageait à en faire autant: « Tout est donc fini entre nous , écrivait » la jeune dame en terminant; il est inutile que vous » cherchiez à me revoir , car je ne recevrai plus vos
» lettres »
Quel coup de foudre pour le malheureux de Sirval ! Le ton de cet écrit annonçait qu'il n'y avait guère d'espérance; c'était le signe de l 'indifférence ou du dépit. Maintenant que faire pour sa justification? et d'abord de quel crime pouvait-il être accusé?... Jamais amant ne s'était montré plus fidèle!... Si c'était de l'indifférence , comment agir désormais pour se faire aimer?... N'avait-il pas épuisé tout le style des amoureux et les inspirations d'une âme vivement éprise? Il fallait donc renoncer à tout espoir. Mais Lucien eut beau consulter sa force et désirer rompre avec elle , il eut beau vouloir prendre une résolution digne d'un homme ferme, jamais il ne put s'habituer à cette idée de ne plus être à elle. Soudain l'amour outragé emprunta le langage de la colère ; Lucien s'indigna de tant de souffrance méconnue... et cette colère lui plut surtout , parce qu'elle lui fournissait les moyens de la revoir encore.
Il prit la plume et n'écrivit que ces mots à sa rebelle maîtresse :
« Madame , je suis las de ma faiblesse , honteux de » ma lâcheté! Vous abusez étrangement d'une bonté » d'âme dont la source est enfin tarie. Ah ! vous me » bravez , vous me jouez ! Eh bien ! c'est à mon tour de )> vous dire: Vous êtes à moi, à moi tout entière !...
» Si demain vous n'êtes pas à neuf heures du soir au » lieu que je vous indique , tremblez!... J'irai moi- » même trouver M. Dérouville, je lui apprendrai mon
» amour et votre faute , je lui en offrirai réparation à
» l'épée. Mais avant , j'aurai soin de publier dans tout
» le cercle de nos connaissances notre intrigue amou-
» reuse.
» Réfléchissez.... Si vous n'êtes plus à moi par amour, » vous serez à moi par force et par haine!... peu m'ini- » porte....
» Cte Lucien de Sirval. »
Lucien plia sa lettre d'un air satisfait ; il savait que la menace agit souvent sur les femmes plus que le langage d'une passion sincère ; ce fut avec une joie intérieurequ'il remit cette épître à des mains sûres ; il était presque certain maintenant de revoir Héloïse douce et souple î II croyait déjà la voir comme une esc! ave courbée sous- ses pas.
Quand Mme Dérouville lut ce dernier billet, un frisson mortel parcourut ses membres ; elle retomba presque évanouie.
C'était en effet une position bien douloureuse que la sienne. D'une part la vue de Dérouville lui brisait le cœur et la jetait dans de continuelles alarmes. Il ne fallait qu'un rien pour tout faire découvrir ; un rien , une lettre égarée, l'humeur indiscrète d'une femme de chambre, une pâleur accusatrice Quelle anxiété de chaque
moment ! Cependant Héloïse , dont le caractère n'était au fond que jeunesse et légèreté , avait espéré qu'une rupture avec de Sirval pourrait lui rendre le calme d'autrefois. Cette situation lui pesait ; elle ne s'estimait plus elle-même; elle était , pour ainsi dire, à la merci de ses gens. La rupture lui coûtait peu, du reste ; elle croyait tout -à-coup Lucien le plus inconstant et le plus menteur de tous les hommes. Cette idée avait assoupi l'amour naissant qui s'éveillait dans son âme. Héloïse avait donc résolu de rompre, pensant que tout serait fini de la sort;.4, que rien ne se découvrirait , et que le temps effacerait même chez elle un pénible souvenir.
Mais îa menace de M. de Sirval fit cruellement voir à l'épouse adultère ce qu'il y avait de terrible dans sa situation ! Elle parut accablée , anéantie ; soudain une force nouvelle anime ses traits , c'est une grande et fière résolution qui vient de traverser son esprit.
— Non, s'écrie-t-elle, ils ne se battront pas, je ne veux pas L . . Et je ne pourrais plus être à cet homme , car je le hais... le lâche. Non , ce n'est pas lui qui sera mon dénonciateur auprès de Dérouville, c'est à moi de tout lui dire, à moi!,..
Et d'un pas ferme elle se dirige vers le cabinet de son mari.
— Il me pardonnera peut-être, continuât-elle; je crois que l'on ne peut vivre avec de tels secrets. Ohl quand il saura tout, je ne sentirai plus sans doute ce poids qui m'étouffe....
La pauvre femme montrait son cœur.
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