‹ uvres littéraires. Poésie et proseChapitre 90 sur 143 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Le boudoir de la SnUane.

Le jour s'éveillait ; alors Idumœa, quittant les appartements du calife , rentra dans son palais particulier , avant d'aller au bain. Une tristesse plus profonde encore que de coutume paraissait sur son visage ; cette fois , ce n'était plus une rêverie vague , une mélancolie incertaine ; mais on voyait qu'une pensée fixe tourmentait son esprit. Silencieuse, et les yeux fixés vers le ciel, la géorgienne se jeta nonchalamment sur le sopha, et quelques pleurs tombèrent sur ses joues pâles. Zulmé s'approcha , la vive et joyeuse Zulmé , sa compagne d'enfance , née comme elle sous le ciel de la Géorgie. Mais ce n'était pas, comme Idumœa, une jeune fille languissante et pensive, insensible à l'éclat du luxe, aux délices de la mollesse. Zulmé n'était qu'une femme ordinaire , qui eût été bien heureuse d'être la favorite et d'aimer le sultan pour sa grandeur. Quoiqu'elle fût réduite à servir Idumœa , les deux femmes étaient toujours amies. Et l'étourdie Zulmé ne pouvait rien comprendre au chagrin qui troublait sa compagne au faîte de la prospérité, des plaisirs et des honneurs.

— Qu'as-tu donc, Idumœa, ma belle amie? fit-elle ; quel noir souci dévore ta beauté? Oh! que je voudrais être toi ! je serais toujours rieuse comme la brillante aurore; je me ferais donner tous les jours de nouveaux rubis parle sultan ; j'appellerais sans cesse mes femmes et mes eunuques, pour les faire défiler devant mon sopha. Je ferais chanter par les bardes que je suis la perle d'Asie , la reine des roses, la favorite d'Aroun. Ah î c'est bien drôle , Idumœa , de te voir pleurer quand tu es la sultane....

—Folle!...

— Oui , folle, appelle-moi folle... j'aime mieux l'être

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