CHAPITRE CINQUIÈME
Le Polgsaard sosas les fiSenc*®.
C'était un boudoir royal , digne de la Perse voluptueuse et parfumée. L'air qu'on y respirait invitait à l'amour, inspirait la mollesse. Il y avait comme de vagues parfums, indécise exhalaison du ciel , et la lueur de plusieurs lampes éclairait les riches peintures du plafond. Sur les tapis s'élevaient quelques sophas , et dans le coin le plus obscur on distinguait la couche royale. Oh! certes , le boudoir persan est plus magnifique que celui du calife. Abouchéher vaut mieux que Bagdad.
Schazaman , un peu las d'avoir si souvent vidé sa coupe d'or, s'assied sur un divan , tandis qu'Idumœa , debout et silencieuse , défait la boucle de sa ceinture.
— Idumœa , dit le satrape , vous ne sauriez croire comme vous êtes belle aux flambeaux !
La géorgienne sourit dédaigneusement.
— Qu'est-ce que cela? reprend Schazaman en joyeuse humeur; vous avez l'air de vous moquer.... Je vous dis que vous êtes cbarmante , le soir, sans ceinture et tout en blanc. Pourquoi rire de cela ? Je vous adore !...
Aussitôt le satrape se lève, court vers elle et lui donne un baiser. Idumœa recule en frissonnant comme sous l'atteinte d'un fer rougi.
— Par le soleil ! ma tigresse, dit le prince étonné , tu es folle.... Sois plus aimante, tu m'en as fait la promesse! As-tu donc oublié ce que tu as juré dans ton cœur?... —Non, ie n'ai rien oublié, s'écrie Idumœa dont l'œil
étincelle. Viens donc, ajouta-t-elle, car la nuit s'envole. A moi, mon soleil !...
Schazaman s'élance; il va donner mille baisers à son amante qui j'invite.... Schazaman ouvre ses bras avides.... Mais soudain il pousse un cri terrible; il tombe et se roule , frappé d'un poignard par la perfide géorgienne. Et son sang coule de la blessure profonde.
— Ah ! fit-il avec douleur , vipère , chienne !... Tu as bien caché ton dard et ta morsure.... Va , tu seras punie.... Esclaves, à moi!... Que l'enfer!... Ah!...
Et le malheureux , retrouvant sa force , se. redresse sanglant. îl veut appeler ses gardes ; mais Idumœa lui serre la bouche avec une main de fer. Après quelques minutes d'une horrible lutte, le prince, épuisé, vaincu, reste privé de mouvement sur le tapis de la chambre.
Idumœa , menaçante comme à l'heure du combat ,.. pose le pied sur la gorge du mourant et s'écrie :
— Oh ! maudit Schazaman , il fallait que tu fusses bien fou pour t'imaginer que je serais à jamais à toi comme j'étais à Misaïb. Sais-tu ce que c'est qu'une géorgienne?.,. Apprends qu'elle ne peut avoir qu'un seul amour, un seul!... et que cet amour est pour elle au-dessus de toutes les richesses de la Perse et du monde entier. Pour cet égyptien que tu voulais faire mourir, j'ai fui déjà le sérail de Bagdad et la faveur du calife qui t'égale presque en opulence. Maudit Schazaman! c'est toi qui es venu arrêter ma course heureuse sur les mers, c'est toi qui m'as arrachée des bras de mon amant , et tu croyais pouvoir être aimé ! Non , traître , non ; je n'ai jamais songé qu'à notre vengeance , à la délivrance des Egyptiens; et je suis vengée! je vais les délivrer maintenant. C'est toi qui meurs , satrape! c'est toi qui meurs.
Comme Schazaman ne faisait plus de geste , Idumœa se pencha vers lui et détacha de son côté le sabre égyptien dont ce prince s'était armé :„
—Rends-moi , murmurait-elle, rends-moi ce glaive à poignée d'or! Il n'est pas à toi... il est à mon amant , à mon amant qui esfdigne de le porter, lui.... Il l'a gagné par la force de son bras, et tu le lui as volé par une lâche victoire.
Elle prit aussi l'anneau royal que le satrape portait à son doigt , en s'écriant :
— Ah ! voici le signe qui va me faire ouvrir les portes de la tour.
Puis la géorgienne , emportant le sabre et l'anneau , sortit du palais à pas précipités, et se dirigea rapidement vers !e cachot qui renfermait les Egyptiens.