‹ ŒuvresChapitre 12 sur 35 · FE. P · texte numérisé non relu

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les salamandres, etc, continuent de vivre pendant des mois entiers après avoir été décapités, ni pourquoi les animaux des classes inférieures offrent des phénomènes semblables ou méme plus singuliers. On concevait moins encore pourquoi la durée de la vie varie à un degré considérable dans ces animaux, suivant la manière dont le cerveau a éié enlevé; pourquoi, par exemple, les tortues auxquelles Redi avait extrait ce viscère par une ouverture faite au crâne, avaient survécu plusieurs mois, tandis que celles auxquelles il avait coupé la tête au-delà de l’occiput n’avaiént survécu qu’un certain nombre de jours (1); car la différence ne dépend pas de l’hémorragie , comme on aurait pu le supposer. On essayait de résoudre ces difficultés en disant que l’opinion dont il s’agit n’était établie que d’après des observations faites sur les animaux à sang chaud, qu’elle ne s’appliquait qu’à ces animaux , et que dans ceux à sang froid la puissance nerveuse était soumise à d’autres lois. Mais un assez grand nombre de faits, observés dans les animaux à sang chaud eux-mêmes , semblaient déposer contre cette ‘explication.

C’est une chose bien certaine que les oiseaux continuent de vivre quelque temps, et même de

marcher et de courir, après qu’on leur a coupé la

(1) Opere di frances. Redi, 1741, Tom Î, pag. 78, et tom. IT, p. 194.

iête. On a fréquemment cité ce trait de l’empereur Commode qui, pendant que des autruches couraient dans le cirque, s’amusait à leur couper la tête avec des flèches taillées en croissant. Ges animaux n'en continualent pas moins de courir comme auparavant, et ne s’arrétaient qu’au bout de la carrière. Plusieurs physiologistes ont obtenu un résultatsemblable en décapitant des dindons (:) ) des coqs (2), des canards (3), des pigeons (4), etc j il aurait donc fallu admettre aussi pour ces ani+ maux une exception particulière dans les lois de la puissance nerveuse (5), et la théorie reçue n eût plus été appliquable qu’à l’homme et aux autres | mammuiferes. :

Ces derniers, en effet, paraissaient se comporter d’une manière assez conforme à cette théorie, soit après la décapitation, soit apres les diverses lésions du cerveau et de la moëlle épinière. Néanmoins ils avaient eux-mêmes présenté parfois quelques excepuons. Ainsi Desault rapporte dans

son journal (6), un cas où la moëlle épinière avait

(1) Lamétrie, OEuvres philosoph. 1751, p. 56.

(2) Kaauw Boerrhave. impet. faciens. n°. 331, p. 262, édit. de Leyde, 1745.— Urb. Tosetti, Mém. sur les part, sensib. et irritab. tom. IT, pag. 194.

(3) M. Cuvier, Leçons orales.

(4) Woodward, cité par Haller.

(2) Haller, Elém. physiol. Tom. IV, pag. 355.

(6) Tom. IV, pag. 137.

(42) été coupée transversalement et en totalité par un coup d’arme à feu, sans que la paralysie des extrémités inférieures ait eu lieu (a). On en trouve un semblable dansle Selecta medica Francofurtiana (1). Des auteurs assurent, en outre, qu’après la décapitation, un veau a continué de marcher encore fort loin (2); qu’une femme a fait quelques pas (3) ; qu'un homme (b) a pu tenir son sabre et l’agner à trois reprises (4) ; qu’un autre s’est frappé la poi-

trime avec les deux mains (5), etc. Mais on repré-

(1) Tom. I, pag. 4,

(2) Rüs, cité par Haller.

(3) et (4) Rzadskinski, Hist. nat. polon. p. 363.

(5) Struve, Authrop. sublimior. 1754, p. 38.

(a) Ait eu lieu. — J'ai lu quelque part qu’une tumeur s'étant développée sous l’aisselle , et ayant divisé par la compression la presque totalité du plexus brachial, le mouvement et la sensibilité des extrémités supérieures n’en avaient pas été altérés. Ces deux propriétés vitales avaient-elles été maintenues par les nerfs qui accompagnent les artères?

(b) Qu'un homme, etc, —Busèbe de Nuremberg rapporte. que dans une rencontre entre les impérianx et les rebelles du Palatinat, un Hongrois ayant eu la tête emportée d’un coup de sabre, se soutint sur son cheval et courut encore quelques momens, ( Ÿ. Gasp. à reies franco). Quest. 31.

Marcellus Donatus raconte, sur la foi d’un historien contemporain, qu’un homme décapité à Florence eut, pendant qu’on le portait en terre, les plus violentes convulsions.

EP

(45) sentait que ces faits sont en très- petit nombre et opposés à ce qu’on observe tons les jours dans des cas semblables. On objectait de plus que la plupart sont aitestés par des auteurs peu capables d’en bien juger ; ce qui a fait dire à Haller , en les citant, que, pour y ajouter foi, 1l faudrait qu'ils eussent eu des philosophes pour témoins. Sed hæc ab hominibus philosophicis oportuerat testimonium habere (1). Geue réflexion ne serait peut être pas déplacée à l’égard de quelques faits avancés dans la discussion qui s’est élevée, pour savoir si la vie subsisie encore après le supplice de la guilloune (2). Presque toujours ces faits sont surchargés de circonstances qui en infirment l’authenticité. Comment croire , par exemple, que dans une tête

décollée et enuèrement privée de circulauon (a), |

(1) Elém. physiol. tom. IV, pag. 595, (2) Remarquons que, dans cette discussion, e’est le plus souvent dans la tête qu’on a cherché des signes de vie, c’està-dire dans la partie qui est le moins susceptible d’en don- ner,. quoiqu’elle soit réellement vivante. C’est que ceux qui les y cherchaient pensaient eux-mêmes que le cerveau était l’unique foyer de la vie, et dès-lors, après la décapitation, ils ne devaient soupçonner de vie que dans la tête. (a) Privée de circulation. — Stenon , Hales , etc, ont prouvé que le sang d’un animal égorgé ne sort pas en totalité. [l se fait dans le système capillaire une circuiation toute autre que dans les grands vaisseaux. Le sang y est retenu,

balancé, promené dans toutes les directions , et ce sang peut

( 44) le visage a rougi lorsque le bourreau y a appliqué un soufflet? Enfin en admettant, et il était diffile de s’y refuser, qu’on ait réellement constaté quelques signes de vie après la déeapitauion dans les mammifères, comme en général ces signes ont été légers et de très-courte durée, il était permis de n’y voir que les derniers restes d’une vie

dont la source était tarie (a). À tout prendre, la

suffire au maintien du sentiment et du mouvement dans le tronc et la tête, même après qu’ils ont été séparés par la décapitation. Legallois reconnaît lui-même que dans ce cas: la tête ess réellement vivante. Elle sent donc, elle péut donc penser encore , elle peut agir. On dit qu’une tête coupée par la guillotine à mordu le talon du bourreau. On raconte qu’un seigneur prussien ayant été condamné à perdre la tête, convint avec ses amis que si après l’exécution il conservait quelque sentiment de lui-même, il le leur témoignerait par des signes non équivoques. Îl tint parole au moins en apparence. Sa tête, séparée du corps par l’exécuteur ; tournait les yeux comme pour chercher ses amis; elle les regardait, et tous les muscles étaient en mouvement. Ces: agitations n’étaient-elles que convulsives , irréfléchies ,.in-volontaires? elles prouvent du moins que toute vie n’était pas éteinte. Ji | not sie

(Voy. sur cette matière Les 31° et 32° quest. de FElysius

Campus de Gaspar à reies franco. ) D | | EePp 57

(a) Derniers restes , etc.—Mais ce reste a-t-il une durée ?

et cette durée est-elle appréciable? si'elle l’est, cela suffit.

. Avec des artères d’un petit calibre, et un système capil=

(45) théorie pouvait donc se soutenir à l’égard des mammiferes adultes.

Mais il n’en était pas ainsi par rapport aux fœtus. Il existe un grand nombre d’observations de fœtus acéphales, soit dans l'espèce humaine, soit dans les autres mammifères. Comment ces fœtus avaient -ils pu vivre et se développer sans cerveau dans le sein de leur mère? On répondait que c’étaient des hydrocéphales (1) dans lesquels l’eau avait fini par détruire le cerveau, ainsi que toutes ses enveloppes, et qui avaient continué de vivre aussi long-temps que les progrès de la maladie le leur avaient permis. Cette réponse était peut-être appliquable à quelques-uns; mais il est certain qu’elle ne pouvait pas convenir à ceux qui étaient nés vivans et avec des signes manifestes, ou. que le cerveau manquait depuis fort re ou que même il n’avait jamais existé (a). Et d’ailleurs il restait à expliquer pourquoi, de’ces fœtus, les uns périssent aussitôt après leur naissance, les

. Jaire très-épanoui, il peut arriver que par la décollation le

tête conserve plus de sang qu’elle n’en perd. La présence de , Ces ?

ce saug conservé peut soutenir pendant quelque temps l’ac-

tivité vitale.

BE, Le 1) Haller , Elém. Éhatale tom. IV, pag. 355. — M gagni. de sed. et causis morbor. epist. XIT, art. 5 et seq. (a) Jamais existé.—Des nerfs se développent et des mou

vemens s’exécutent sans qu'il y ait eu dans le fœtus ni cer-

( 46 ) autres seulement au bout de quelques heures ou même de quelques jours . En considérant les choses sans prévention , 1l était impossible que la théorie rendit raison de ces faits.

Les expériences de Haller sur l’irritabilité promirent plutôt qu’elles ne donnérent une solution satisfaisante. Ces expériences tendaient à établir qu'il existe une vie intérieure , indépendante de la puissance nerveuse. Long-temps avant Haller on avait disungué les foncuons dent nous avons Ja conscience et que nous pouvons régir à notre gré, telles que les fonctions intellectuelles (a), les mouvemens volontaires, etc, de celles qui s’exercent à notre insu, et sur lesquelles notre volonté n’a

ucun empire, comme la circulation, la nutri-

veau, ni moëlle épinière. ( Woy. la 48°. lettre de Morgagni. ) |

Le placenta a-t-il des nerfs? d’où lui viendraient -ils ? cependant le placenta est une masse organisée et vivante.

(a) Les fonctions intellectuelles. — Est-il exact de dire que nous pouvons régir À notre gré nos fonctions intellectuelles? Si, parmi ces fonctions , nous comprenons Ja volonté, peut-on dire que nous sommes maîtres de vouloir® ne serait-ce pas dire que la volonté est volontaire? et ce langage est-il soutenable? ne serait-ce pas placer hors de la volonté une autre volonté, et au-delà de celle-ci une autre encore , ainsi de suite à l’infini ?

üou, les secréuons , etc. On avait désigné les premières sous le nom de fonctions animales ; extérieures , etc; et les secondes sous celui de fonctions vitales naturelles, intérieures, etc. Mais les foncüons de ces deux ordres étaient également soumises à la puissance nerveuse. La seule différence qu’on mitenire elles, à cetégard , ‘était dans le moded’acon de cette puissance. Suivant les uns, les nerfs étaient organisés de manière à rendre cette action plus facile et plus régulière dans les unes que dans les autres (1); suivant d’autres, les fonctions vitales ou iniérier *s avaient leur premier mobile dans le cervelet, et les fonctious animales avaient le leur dans le cerveau proprement dit (2). On voit assez que cetie distinction des fonctions expliquée de l’une ou de l’auire de ces manières ne faisait qu'augmenter les difficuliés.

Mais on les crut résolues, du moins en grande partie, lorsque Haller (3) eut fait admettre que la cause du mouvement animal est dans la fibre musculare elle-même ; que cette fibre, pour entrer en contraction, n’a besoin que d’un stimulus qui Py détermine ; que, dans les muscles soumis à la

volonté , ce LE est constamment la puissance

200202 RTE PONT NON

(1) Borelli, de motu animalium, 1743. p. 89-92.

(2) Willis, opera omnia. 1682, Tom. I, de cerebri anatome, pag. 5o. |

(3) Mémoires sur les part. sensib. etirrit.

nerveuse ; etque, dans ceux qui n’y’sont pas soumis, 1l est de nature diverse et tout-àa-fuit étranger à cette puissance. On concevait, en effet, que les fonctions intérieures étant indépendantes de Ia puissance nerveuse, tandis que les foncuons ammales en dépendaient immédiatement , celles - ei pouvaient cesser , et la puissance nerveuse être anéautie, sans que les premières cessassent en même temps. On'concevait même qu'elles devaient continuer aussi long-temps qu’elles pouvaient se passer du concours des fonctions sou mises à la puissance nerveuse , et spécialement des mouvemens respiratoires qui sont, de toutes ces foncuions, celles dont la suspension menace le plus promptement la vie générale. Enfin, les fœtus des mammiferes n’ayant aucun besoin de respirer dans le sein de leur mère, et Les animaux à sang froid ayant la faculté de supporter une irès-longue privation d’air,

et de conserver long -temps leur irritabilité , on concevait que les uns et les autres pouvaient vivre fort long - temps sans lé secours de la puissance nerveuse.

Nous examinerons par la suite s’il est vrai que les fonctions intérieures soient indépendantes de la puissance nerveuse. Supposons pour le moment qu’elles le soient en effet, l’explicauon que nous venons de rapporter serait encore fort loin de satisfaire à tous les phénomènes que présentent les ani-

maux acéphales ou décapités. Car ce ne sont pas

( 49 ) | *soilégiut les fonctions i intérieures qui subsistent dans les cas dont il s agit : une parue des fonctions animales subsistent parcillement » puisque les mou. vemens volontaires ont lieu. Et ce serait étendre les prérogotives . et l’'irritabilité bien au - delà de leurs véritablus bornes, que de leur attribuer ces mouvemens. Ce serait même aller directement contre la théorie de Pirritabilité , laquelle veut

: qu'ils ne puissent être exCités spontanément que par la puissance nerveuse, Néanmoins ; le besoin d’ expliquer des phénomènes embarrassans a jeté dans cette exagération plusieurs auteurs recom= mandables, entre autres Charles Bonnet (1), et,

comme nous le verrons bientôt > Félix Fontana (.

nn mme;

(1) Considérations sur les corps organisés. 1779. 2°, part. P: 106. — Palingénésie, t. 1, P. 83—092.

(a) En examinant de près ces idées dé Haller, on voit que tout se réduit À une dispute de mots. Dans les muscles mus par la volonté , il ya une condition sans laquelle le mou vement ne saurait avoir lieu. Outre le tissu cellufaire qui en soutient la trame, outre le sang dont il est pénétré, et d’où s’exhalent de l’eau, de l’albumine, de la graisse, etc , le inuscle est essentiellement composé d’une matière: fibreuse et contractile. Mais ce genre d’organisation, cette condition ne produit pas le mouvement; elle l’exécute, parce qu’elle le reçoit. La vraie cause zmpulsive se trouve dans l'influence | nerveuse. Cette influence s'exerce par le nerf, à qui elle est transmise par les gros centres nerveux. “:

Peut- elle s’exercer par la portion de nerfs qui reste dans

Je" Pañtie. | À

Il est bien vrai que les muscles des mouvemens volontaires conservent la faculté de se contracter, après qu'ils ont cessé, ou de communiquer avec le foyer de la puissance nerveuse, ou d’en recevoir l'impulsion ; mais jamais ils ne se contractent spontanément dans ces cas. C’est toujours par l’application immédiate d’un sumulus, soit à leurs nerfs, soit à leur propre substancé. Par exemple, si, après avoir détaché une cuisse d’une grenouille vivanie, on irrite, soit un des nerfs, soit un des . muscles de cette cuisse , on fait contracier , dans le premier cas, tous les muscles qui reçoivent des filets du nerf irrité ; dans le second, le seul muscle irrité. Fous les autres muscles qu’on n’a point

touchés immédiitement ou dont on n’a point irrité RS

le muscle après la section? Toutes les expériences sont affirmatives à cet égard.

Cabanis, qui a traité ce point de doctrine, fait voir qu’il est impossible de toucher une fibre, sans toucher un nerf. Lorsqu'on croit agir sur l’irritabilité toute seule, on agit très-réellement sur la sensibilité.

il suivrait de là qu'avec un seul instrument qui est ce système nerveux, et avec des extrémités de nerfs diversement terminés, la nature suffit à tout, au moins dans les animaux des classes supérieures. À la vérité, pour que le système nerveux jouisse de toute son activité , pour qu’il la commu nique, la conserve, la répare, etc, il faut quil soit pénétré

par du sang.

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