‹ ŒuvresChapitre 13 sur 35 · HP · texte numérisé non relu

HP

| nn :

les nerfs, demeurent en repos. C’est tout autre chose dans une grenouille décapitée : dans celle-ci, 1} n’est pas besoin, pour exciter des mouvemens, de toucher ni les muscles m les nerfs; 11 suffit de toucher un point de sa peau pour la déterminer à se mouvoir, et même elle se meut spontanément et sans aucune 1iriitauon. Les phénomènes que présente la cuisse de la grenouille , sont ce qu’on appelle ordinairement des phénomenes d’irritabi- Jité : on les observe constamment pendant un temps plus où moins long après la mort. Ceux qu’on remarque dans li grenouille décapitée sont dus à la vie, et supposent toujours l'existence du principe qui la consutue, c’est-à-dire , de ce principe duquel dépendent la faculté de sentir et celle de se mouvoir. En un mot > Ces phénomènes différent tellement entre eux, qu'il y a lieu d’être surpris | qu’on ait pu les confondre. La théorie de l’irritabilité ne changeait donc rien à l’état de la question, et les difficultés dont j'ai parlé continuaient de subsister dans leur enter ; dès que Haller et les auteurs de son école persistaient à placer dans le cerveau le foyer de la puissance nerveuse (1). Parmi les expériences de ces auteurs , 1] ÿ en avait une néanmoins qui était bien propre à les faire renoncer à cette opinion : c’est ———————— ——__—___

(1) Elém. physiol. Tom. IV, pag. 392-3.

celle par laquelle le célébre Fontana, après avoir décapité des lapins et des cochons d’ Inde, et prévenu l’hémorragie par la ligature des vaisseaux du cou, avait entretenu la vie dans ces animaux pendant uñ assez long espace de temps , en leur soufflant de l’air dans les poumons (r). Cette expérience prouvait clairement que, même dans les mammifères adultes, comme dans les repules, la vie du tronc ne dépend pas immédiatemeut dû cerveau. Il n’y avait, après cela ; qu’un pas à faire : c'était de se demander quelle était Ja véritable source de cetie vie, et de chercher la réponse à cette question dans de nouvelles expériences. Mais Fontana ne donna aucune suite à la sienne, parce qu’il croyait en connaître l’explication. Fortement imbu de la doctrine de Haller , qu’il étendait beaucoup plus loin que ce grand homme, c’est dans Pirritabilité qu'il plaçait la source et le principe de la vie et de tous les mouvemens animaux (2). L’insufflation pulmonaire n’était à ses yeux un moyen de prolonger la vie dans l’animal décapité ; que parce qu’elle contribuait à entretenir l’irritabilité | en entretenant la circulauon, laquelle était indé- :

pendante de la puissance nerveuse (3). Et c’est dans

(1) Traité sur le venin de la vipère, sur les poisons américains et sur quelques autres poisons végétaux. Florence ; 1781. Tom. TI, pag. 317. -

(2) Ibid. Tom. T, pag. 81, 90, 03, 289.

(3) Ibid, Tom. Il, pag. 169-171.

<e sens qu'il dit, en parlant de son expérience * que la respirauon pulmonaire et la circulation des humeurs dans les parties suffisent à tout. Loin. qu’il attribuât la vie dans ce cas à la puissance ner

veuse, son objet, en décapitant les animaux, était

de les faire mordre aussitôt après par des vipéres,

pour montrer que les nerfs ne jouent aucun rôle

dans les effets des morsures : preuve évidente qu 1] regardait la source de cette puissance comme tarie apres la décapitauon (1). On ne doit pas être surpris, d’après cela, qu'il assimile les morsures de

la vipère ; faites sur des animaux décapités SEX celles faites sur. une. simple cuisse détachée du

corps (2). | |

-:. Considérée sous ce point de vue, cette expé:

rience laissait donc tout aussi indécise qu’aupara-

vant la grande question du véritable siége du prin-

cipe de la vie , et elle ne paraissait être qu'une

confirmation de ce qu’on savait déjà. Aussi n’avait-

elle pas fait plus d'impression sur le publie qe Sur. son auteur (3),

(1) Traité sur le venin de É vipère, Tom. I, pag. 291-9.

(2) Ibid. Tom. I, pag. 317, premier er

(3) Je n’avais aucune connaissance de cette expérience, lorsqu’environ sept mois après que J’eus communiqué les miennes à la Société des professeurs de la Faculté de médecine de Paris, et deux mois après que Je les eus répétés publiquement devant cette Sogiété, M. Magendie, occupé alors

- (54) ed

Enfin, à mesure que la puissance nerveuse rentra dans les droits dont elle avait été dépouillée par l’irritabilité, les meilleurs esprits sentirent que c’étalt uniquement dans une nouvelle théorie de cette puissance qu'il fallait chercher la soluuon de toutes les difficultés. Plusieurs s’accordèrent à penser qu'il n’était plus possible d’en considérer lé cerveau comme le siége exclusif. Les faits connus paraissaient assez nombreux et assez décisifs pour cela. Mais lorsqu'il s’agit d’assigner à ce siége de nouvelles limites, il arriva ce qui à toujours lieu en pareil cas, lorsque les fais ne vont point assez directement au but pour avoir le caractére de preuves, et qu'ils conservent un ceriam vague qui permet diverses interprétauons. Chaque auteur eut son opinion, et étendit ou resserra le siége de la puissance nerveuse (1), suivant le point de vue sous lequel il envisagea les faits.

On ne pouyait guëre espérer d’obtenir une théorie satisfaisante en se bornant à combiner les faits connus. Il fallu de nouvelles expériences qui fussent propres à jeter un nouveau jour sur ces.

fais, et à les lier en remplissant les lacunes qu’ils

de son travail sur les poisons végétaux des Indiens, ayant eu occasion de consulter Fontana sur ce sujet, la découvrit et me l’indiqua.

(x) Voyez entr’autres les ouvrages de MM. Platner, Reil,,

Bichat, Proschaska, Scarpa, Gall.

(55) laissaient entr’ eux. Nous avons vu qu'une des plus srandes difficultés était dé concilier les faits observés dans les animaux à sang froid, avec ceux observés dans les animaux à sang chaud adulies. Nous avons vu aussi que les fœtus de ceux-ci se comportent d’une manière analogue à ce qui se passe dans les animaux à sang froid. C'était done dans ces fœtus qu'il fallait chercher le lien qui devait unir les phénomènes que présentent les ani-

maux à sang froid et les mammifères adulies,

| soumis aux mêmes expériences. FL y avait quelque

espoir de le trouver, d’une part, en étudiant toutes les circonstances de l’ analogie qu’on remarquerait dans ces expériences entre les repiiles et les fœtus

des mammifères, et de l’antre, en recherchant ce

que deviennent ces circonstances dans ces mêmes

fœtus, à mesure qu’ils avancent vers l’âge adulte. l'el était du moins le plan que la réflexion semblait

suggérer. C’est aussi celui que j'ai suivi. Mais je

dois avouer que c’est plutôt le hasard que la ré-

flexion qui m'en à fourmi la premiére idée.

SUN Ir y a quelques annéés qu’un cas paruculier accouchement , arrivé SOUS mes veux, me fit désirer de connaître combien de temps un fœtus à terme peut vivre sans respirer, à dater du moment

Où, par une cause quelconque , il a cessé dé com.

muniquer avec sa mère. Mais ce fut vainement que

(56) je cherchai à men éclaircir dans les auteurs. Je n’y trouvai que des opinions- contradictoires , appuyées, es unes, sur quelques faits inexacts ou trop légèrement observés ; les autres, sur des idées systématiques. Dés lors , je résolus de consulter moi-même la nature en me livrant à une suite d’expésiences sur les animaux. Et d’abord, comme lasséparauon du fœtus d’avec sa mère est souvent aécompagnée de diverses circonstances qui peuvent faire varier la durée de l'existence de ce fœtus, je réduisis toutes ces circonstances à trois chefs: 1°. celui où la mère et le fœtus peuvent être considérés comme en santé; 2°. celui où la mere a éprouvé des accidens; 3°. celui où le fœtus luiméme en éprouvé.

Or, parmi les accidens qui peuvent arriver au fœtus, j’eus spécialement à rechercher la cause de sa mort dans l'accouchement aruficiel par les pieds. On sait que dans les cas où les accoucheurs sont obligés de retourner l’enfant et de l’amener par les pieds, si le bassin de la mère présente en mêmeiemips une certaine étroitesse, l’enfant périt dans le plus grand nombre des cas. On auribue généralement sa mort au uraillement de la moélle Éépinière. Il est certain que les tr actions qu on exerce dans ce cas sont assez considérables, et qu’elles l'ont même été quelquefois, au point de le décoller et de laisser la tête dans la matrice. En examinant

et en soumettant à des expériances directes sur les

ES). / animaux, touies les circonstances du, cas dont ik. s’agit , je ne me bornat pas à déterminer la cause de la mort , lorsque le fœtus n’a pas été décollé; je voulus savoir encore comment et par quelle altération. des fonctions , la décollauon le fusait périr. Il est hors de doute que l’hémorragle contribue beaucoup à sa mort. Mais comme en général , ce n’est point à l’hémorragie qu’on s’en prend, et qu'on accuse plutôt Vanéantissement subit de toutes les fonctions du cerveau , il est évident qu’il fallait faire abstraction de l’hémorragie, ce qui est toujours plus Où MOINS pratca- ble en liant les vaisseaux du col, et que le vraï point de la question consistait à déterminer comment la cessation de toute influence cérébrale produit la mort dans le tronc. |

C'était sur les lapins que javais commencé mes expériences, sur lé temps que les fœtus, séparés de leur mére, peuvent vivre sans respirer; ce fut sur les mêmes animaux que je continuai mes recherches sur les phénomènes de la décapitauion. Je remarquai d’abord, qu'après la décapriation d’un lapin , la vie conunue dans le trone, etque le sen-. timent et les mouvemens volontaires \ subsistent pendant un temps, qui est sensiblement le même que quand on asphyxie un lapin de même âge. Ce temps varie suivant l’âge. En asphyxiant des lapins de différens âges, par exemple, de cinq en

cinq jours, depuis le: moment de la naissance jus-

nn

qu'à l’âge d’un mois, on observe constamment que: la durée du sentiment , des mouvemens volonares, en un mot, des signes de la vie, va toujours en diminuant à mesure que ces animaux avancent en âge. Ainsi, dans un lapin nouvellement né, le senument et les mouvemens volentaires ne s’éteignent qu’au bout d'environ quinze minutes d’asphyxie , tandis qu'ils s’éteignent en moins de deux minutes dans le lapin âgé de trente jours. Or, en décapitant de même des lapins de cinq en cinq jours , je trouvai que la durée de ces phénomènes décroissait d'âge en âge, suivant la même loi que dans l’asphyxie. Mais 11 y avait cette différence essenuelle entre l’animal décapité et l’animal asphyxié, que celui-ci fait des efforts pour respirer; chacun de ces efforts caractérisé par la contracuon du diaphragme et l’élévauon des côtes , est accompagné d’un bâillement. Ces bäillemens et ces mouvemens du thorax, qui vont en s’affaiblissant de plus en plus, à mesure que l’asphyxie se prolonge, sont les derniers signes de vie qu’on observe, et ils subsistent toujours plus ou moins, aprés la cessation de la sensibilité et des mouvemens volontaires. Dans l’animal décapité, au contraire, ious les mouvemens inspiratoires du thorax sont anéanus à l’instant méme de la décapitation; la tête seule conserve des bâillemens, lesquels sont entièrement semblables à ceux qui ont lieu dans lasphyxie. Si, au lieu de décapiter l’animal, on.

Jui coupe seulement la moëlle épinière entre l’occiput et la prémière vertebre , les phénomènes sont les mêmes qu'après la décapitation ; c’est - àdire, que tous les mouvemens inspiratoires du thorax cessent à l’instant, et que la tête conserve les bâäillemens de Pasphyxie. En un mot, soit après la décapitation, soit aprés la section de la moëlle épinière près l’occiput , les bâillemens sont les seuls restes des mouvemens inspiraloires ; ils sont les indices des vains efforts que fai la tête pour respirer : phénomène irés-remarquable, et dont je ferai un grand usage par la suite, en considérant constamment les bäillemens comme fes signes représentatifs des mouvemens inspiratoires (a).

Je conclus, du rapprochement de ces faits, que l’animal décapité n’est qu’asphyxié, et qu’il l’est, parce qu'il ne peut plus exécuter les mouvemens, nécessaires pour faire entrer l'air dans ses poumons (0). [1 y avait un moyen bien simple de vé-

nifier la justesse de cette conclusion, c’était de sup-

(a) Mouvemens inspiratoires.— Qui est-ce qui détermine ces efforts, sinon une impulsion intérieure, un instinct, un besoin, une vraie volonté instinctive ? Le besoin de respirer est-il alors senti par le cerveau? sent-il le poumon qu'il n’a plus comme , dans certains cas, il sent le pied ou la main qu’il n’a plus ? E. P.

(b) Ne peut plus, — Noici ce que dit Gaspard à Reies :

pléer la respirauon naturelle, en soufflant de Paix dans les poumons. J’en fis l'expérience , etle succès fut complet. Il n’est même pas nécessaire pour réussir d’avoir recours à l’insufflaon pulmonaire aussilôt après la décapitauon. 81 l’on aiiend pour la pratiquer que, le sentiment et les mouvemens volontaires aient cessé , on les voit bientôt renaître et parvenir à un degré très-prononcé; et si l’on interrompt alors l’insufflation, ils s’affaiblissent de rechef, disparaissent enfin tout-à-fait , et l'animal. sémble mort ; mais 1ls réparaissent de nouveau et avec la même intensité en recommençant l’insufflation. J'ai répété cette expérience avec le même succés sur les chiens, sur les chats et sur les cochons d'Inde. En un mot, on peut de cette maniere entretenir un animal décapité parfaitement vivant, et cela pendant un temps variable , suivant son espèce et son âge ; Et qui, dans les très-jeunes lapins, est au moins de plusieurs heures.

I] résultait évidemment de ces faits, que le prin: cipe du senument et des mouvemens volontaires ne réside pas dans le cerveau , comme le veut l’opinion la plus générale , ou que du moins il n’y ré-

side pas exclusivement. Mais alors quel. est le siése

[n TR 3 ' F « Cerebri influxu deficiente, thoracis motum et respira- » tionem statim deficere, debere consequens est, sine quâ

» dari vita non potest. » Elysius jucund. Quæstion. Campus.

Quæst, XXXI. 6. ESP:

(a) de ce principe ? en a-t-il un paruculier et circonscrit, où bien est-il disséminé dans towes les parties du ‘corps ? Les expériences suivantes me convainquireht bientôt que c’est uniquement dansla moëlle épinière qu’il réside. En effet, si dans un lapin décapité que l’on à ranimé et que l’on entretient vivant avec le plus grand succès par l'insufflauon pulmonare, on détruit la moëlle épinière en en--

:foncant un stylet de fer dans toute la longueur

du canal vertébral, tous les phéñomenes de la vie disparaissent à l’instant même, sans qu’il soit possible de les rappeler par aucun moyen; il ne reste que ceux de l’irritabilité, qui, comme on sait, subsistent toujours un certain temps après la mort. Si l’on prend un autre lapin, qu’au lieu de le décapiter , on fasse simplementune ouverture au canal vertébral pres l’occiput, et qu'avec une tige de fer introduite par cette ouverture, on détruise toute la moëlle épinière, quoique dans ce cas le cerveau demeure intact ainsi que ses communications ner veuses avec le tronc, la vie n’en disparaît pas

moins sur-le-champ et sans retour dans le tronc;

elle subsisie seulement dans la tête, comme lin-

diquent lesbäillemens. Enfin, si l’on divise un autre lapin transversalement en deux moitiés, chacune des deux moitiés, de même que la tête , dans l’expérience précédente, demeure vivante pendant un

nombre de minutes, variable suivant l’âge de l’a-

himal , et que j'indiquerai par la suite. 81, aussitôt

aprés la division, on détruit toute la moëlle épinière dans l’une quelconque de ces deux moitiés, la vie y cesse à l’instant, tandis qu’elle continue dans l’autre; et si dans celle-ci on détruit seulement une portion de la moëlle, toutes les parties qui recoivent leurs nerfs de cette portion, sont fr app de mort sur-le-champ, et le reste de cette même moitié demeure vivant.

Ces expériences prouvent non-seulement que la vie du tronc dépend de la moëlle épmière , Mais que celle de chaque parue dépend spécialement de la portion de cette moëlle dont elle reçoit ses nerfs. De plus, il est facile de démontrer que cette prérogative de la moëlle épimièré , d’être la source du sentiment et de tous les mouvemens volontaires du tronc, lui appartient exclusivement à tout autre organe , et qu'aucun des viscéres de la poiirine et de l’abdomen n’y a une part immédiate. Car, si on couvre la poitrine et l’abdomen d’un lapin, et qu'on arrache le cœur, les poumons, le diaphragme, les entrailles, en un mot tous les viscères de ces deux cavités, 1l reste vivant après après cette cruelle opération ; eu si, de plus, on lui coupe la tête , quoique réduit alors à son squelette, à sa moëlle épinière et à ses muscles, il est

encore vivant (a); mais si l’on détruit la moëlle

(a) Encore vivant. — Voyez dans la XX XII question du Campus Elysius de Gaspard à Reies , des exemples d'hommes

épinière en parue ou en totalité, il est aussitôt frappé d’une mort paruelle ou générale.

Il est donc certain que la vie du tronc n’a son principe immédiat m dans le cerveau ni dans au-

cun des viscères de la poitrine et de l’abdomen ; mais il ne l’est pas moins que tous ces viscères sont indispensables à son entretien. Or, en considérant sous quel rapport ils le sont, les faits énoncés plus haut prouvent évidemment que, quant au cerveau,

les phénomènes mécaniques de la respiralion ,

c’est-à-dire , les mouvemens par lesquels l’animal

fait entrer Pair ons ses poumons , dépendent : immédiatement de ce viscère. Ainsi >; C’est principalement en tant que l’entretuien de la vie dépend de

la respiration , qu’il dépend du’cerveau ; ce qui

donne lieu à une grande difficulté. Les nerfs dia-

phragmatiques, et tous les autres nerfs des muscles qui servent aux phénomènes mécaniques de la respiration , prennent naissance dans la moëile épinière, de la même manière que ceux de tous les autres muscles du tronc. Comment se fait-1l donc, qu'après la décapitation, les seuls mouvemens inspiratoires soient anéantis, et que les autres sub-

sistent? C’est là, à mon sens, un des grands mys-

et d'animaux qui, ayant eu le cœur arraché , ou blessé , percé de part en part, etc., ont encore vécu, marché, couru’, crié , etc.

1, (64) tères de la puissance nerveuse ; mystere qui sérddévoilé tôt ou tard, et dont la découverte jetera la plus vive lumière sur le mécanisme des fonctions de cetté merveilleuse puissance (1).

Mais quelle que soit la disposition organique ; en vertu de laquelle les phénomènes mécaniques de la respiration dépendent du cerveau, cette dépendance est certaine. Et il est certain encore que c’est par la moëlle épinière qu’ elle s'exerce. Gar, comme je lai déjà dit, si l’on coupe PES cette moëlle prés l’occiput, l’animal se trouve sensiblement dans le même cas que si on lui eût coupé la téte.

Ce n’est pas du cerveau tout entier que dépend la respiration , mais bien d’un endroit assez Cr. conscrit de la moëlle allongée , lequel est situé à | une petite distance du trou occipital et vers l’or1pine des nerfs de la huiuème pare (ou pneumogastriques ). Car, si l’on ouvre le crâne d’un jeune lapin , et que l’on fasse l’extracuon du cerveau,

par portions SUCCESSIVES , d’ avant en arr icre , en le

. 1) Quelques faits aperçus dans, le cours de mes expériences me portent à croire que le nerf accessoire de la huitième paire joue un rôle principal dans cette dépendance où la respiration se trouve être du cerveau. Ce nerf à une marche etune distribution singulières, lesquelles ser rapportent indubitablement à quelqu’usage que personne jusqu'ici

n° a encore pu faire connaître.

coupant par tranches, on peut enlever de cette mamère tout le cerveau proprement dit, et ensuite tout le cervelet et une parte de la moëlle allongée. Mais elle cesse subitement dorsqu’ On arrive à com- prendre dans une tranche l origine des nerfs de la huitième paire. |

On pourrait donc décapiter un animal de mamère qu'il continuât de vivre de ses propres forces et sans le secours de l’insufflation pulmonaire. Il suffirait, pour cela, de diriger l’instrument tranchant de telle sorte ; qu’en enlevant avec le crâne tout le reste du cerveau > On épargnât ce lieu de la moëlle allongée, dans lequel réside le premier mobile de la respirauon, et qu’on le laissât en contimuité de substance avec la moëlle épinière.

Mais 1l est évident que ce lieu ne peut entretenir la respiration qu’autant qu'il continue de ; jouir de la plénitude de sa fonction. Ce qui suppose qu’il reste à peu près dans l’état sain. Or, dans les animaux à sang chaud, le volume et le nombre des vaisseaux ouverts dans cette Opération occasion nent une hémorragie qui rend bientôt la circu- laüon de nul effet dans le moignon de la moëlle allongée ; à quoi il faut ajouter que, dans ces ani- Maux, jee grandes plaies ont sur les parties environnaxtes une influence vive et profonde, qui doit réduire promptement le moIgnon à un état pathologique, incompatible avec sa biens. Aussi cette

expérience n’a-t-elle de succès sur eux que lors I" Partre. 5

qu'ils sont fort jeunes, et pendant un temps qui w’excède guères une demi-heure, et qui est quelquefois plus court. Mas, du reste, ce succés n’est point équivoque. s

{1 n’en est pas ainsi dans les animaux à sang froid. Dans ces derniers, les mutilauons les plus considérables n’ont, le plus souvent, que des effets bornés : les hémorragies auxquelles elles donnent lieu sont médiocres et de peu de durée, et les plaies qui en résultent cicatrisent avec facilité. Une autre circonstance qui leur est paruculière , est la longueur prodigieuse des jeûnes qu'ils peuvent supporter. Aussi ces animaux ont-ils la faculté de survivre long-temps à la décapitation (a). L'observation en a été faite il y a plus d’un siècle, et depuis Redi, qui a vu des tortues vivre plus de six mois après qu'il leur avait arraché le cerveau, on avait bien des fois observé des faits analogues (1).

Mais , comme je l’ai dit précédemment, personne

(1) Peut-être cette observation avait-elle été faite sur les reptiles avant Redi. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle l’avait été fort anciennement sur les insectes. On savait, dès le temps d’Aristote, que ces derniers animaux peuvent vivre sans tête. ( Aristotelis opera omnia. 1654, Tome IT, page VOL : +)

(2) A la décapitation. — La tête elle-même peut continuér à vivre, témoins ces têtes de vipères qui, plusieurs jours après avoir été séparées chacune du reste de l'animal,

firent encore des blessures mortelles. E.P); ®/

C6 ) que Je sache n’en avait connu la théorie. On iguoæait où résidait le principe de cette vie qui paraissait si surprenante, et que l’on croyait n’appartenir qu’à cette ass d'animaux, On ignorait de même quelles étaient les foncuüons dont la conservation entretenait l'existence de ce principe. Enfin, il ne paraît pas qu’on ait fait attention que toute espèce de décapitation ne prodtit pas le même effet , et que la durée de la vie tent en grande parue à la maniere dont l’animal a été décapité. Après m'être ‘assuré que , dans ces animaux, la vie dépend aussi de Ja moëlle épinière, et de la même manière que dans ceux à sang chaud ,, il me parut indubitable, en leur appliquant les conséquences de mes expériences sur les lapins, qu’ils ne pouvaient yivre long-temps après la décapitation, qu’autant qu'ils conservaient la faculté de respirer; d’où je conclus, en supposant que chez eux cette faculté eût aussi son principe dans un endroit circonserit de la moëlle allongée , qu’une condition nécessaire pour les faire vivre ainsi, était d’épargner cet endroit en les décapriant , et que si on l’enlevait avec la tête ils ne survivraient que le temps durant lequel ils peuvent supporter l’asphyxie. C’est particuliérement sur les salamandres que j'ai cherché la vérificauon de ces conséquences ; j'en ai décapité un grand nombre ; plusieurs ont survécu trois Ou quatre mois à cette opération, et ne sont mortes

que d’imanition, à en juger par leur excessive raai- ” | FX

sreur au moment de leur mort. J'ai constamment remarqué que, dans celles-là, la décapitation faite sur le crâne était antérieure au trou occipital. Toutes celles, au contraire ; qui avaient été décapiiées plus loin et sur les premières vertèbres, ont vécu beaucoup moins long-temps. Je dois dire néanmoins que le temps qu’elles ont vécu a presque toujours été plus long que celui durant lequel elles peuvent supporter une enüëre privation d’air ; mais cela dépend de ce Lol respirent par la peau, comme je le prouverai dans une autre Cir-

constance ; et, par conséquent , 1l demeure vrai que , dans ce cas, elles ne vivent long-temps que parce qu’elles continuent de respirer.

Puisque l’insufflauon pulmonaire supplée à La respiration naturelle , et que les animaux décapités de manière à ce que la respiration naturelle conünue, peuvent vivre jusqu’à ce qu'ils meurent d’inanition , il semblerait que l’insufflauon pulmonaire pourrait faire vivre aussi long-temps un animal à sang chaud décapité d’une manière quelconque. Mais 1l faut observer que ce ne sont pas. seulement les phénomènes mécaniques dei la respirauon qui dépendent du cerveau , les fonctions proprés du poumon en dépendent aussi ‘par les nerfs de la huitième paire; et il paraît'que les uns et les autres dépendént de la même parue du cerveau; car, comme nous l’avons vu, le lieu où réside dans la moëlle allongée le premier mobile

Fr

des phénomènes mécaniques de la respiration, embrasse l’origine des nerfs de la huitième paire. Or,

On sait que la section de ces nerfs, seule et sans

aucune autre lésion, fait périr les animaux beaucoup plus promptement que l’abstinence. On voit donc qu’astraction faite des autres causes qui peuvent et doivent accélérer la mort dans un animal

a sang chaud, décapité , le maximum du temps

qu’on peut le faire vivre par l’insufflation pulmo-

naire , est celui qu'il pourrait vivre après la secon des nerfs de la huitième paire, et qu’un animal ne peut jamais vivre après la décapitation jusqu'à ce qu'il meure d’abstinence , qu’autant qu'il contunue de respirer de lui-même.

Sans entrer ici dans de plus longs détails, ce que je viens de dire suffit, je pense, pour établir que

la raison pour laquelle le cerveau est indispensable

à entretien de la vie, c’est qu’il recèle le premier mobile de la respiration. Je rechercherai ailleurs s’il n’exerce pas encore quelqu’autre influence sur la vie ; je dis sur la vie et non sur ses actes, car il est hors de doute que c’est du cerveau qu'émamanent les déterminations de la plupart de ceux-ci.

Quant aux viscères du bas-ventre et de la poiirine, 1lest évident que leur usage est borné à Ja formauon et à la circulation du sang. Geux:du basventre servent à préparer les matériaux propres à réparer les pertes que les différentes sécrétions font gontunmuellement éprouver à ce fluide, Les poumons

(go ) lui impriment le caractere artériel, et le ‘cœur le distribue dans toutes les parues. Il ne faut donc voir dans l’insufflation pulmonaire pratiquée sur les animaux décapités, qu’une condition nécessaire à là formation du sang artériel. Mais quel rapport , quelle connexion y a-t-il entre la vie et le sang artériel une fois formé et circulant dansles vaisseaux ? Il est certain que la vie n’est pas dans le sang, comme on l’a dit souvent, et que la circulation ne la constitue pas essentiellement (1), puisque le sentiment et les mouvemens volontaires subsisteut toujours, un temps quelconque , après l’arrachement du cœur, et en général après la cessation de la circulation. Mais il est certain aussi que cette vie qui subsiste encore lorsque le sang ne arcule plus, ou qu’il a perdu ses qualités ärtérielles , n’a jamais qu'une durée plus ou moins courte. Il paraît qu’on peut conclure de là que la vie résulte de l’impression du sang artériel sur le corps. Mais nous avons vu que le cerveau et la moëlle épimiére sont les sources du sentiment, du mouvement, en un mot de tout ce qui constitue la vie. On peut donc dire que la vie générale, que l’existence de Pindividu résulie d’une certaine impression du sang artériel | sur le cerveau et la moëlle épinière , impression

qui, une fois produite , a toujours une durée quel-

(à) Haller. Elém. phys. Tom. VIT, lib. XXX, p. 221.

conque , mais plus ou moins courte, suivant l’es-

pèce et l’âge de l'animal; en sorte que la vie ne

peut être entretenue que par le renouvellement conunuel de cette impression. Â peu près comme un corps mu en vertu d’une preihière impulsion ,

# : +2. \ A ne peut continuer de se mouvoir imdéfiniment ,

qu’autant que cette impulsion est répétée par in-

tervalles. S'il en est ainsi, toutes les fois que ce renouvellement est interrompu dans une poruon quelconque de la moëlle éprmière, la vie, apres avoir continué pendant un temps plus où moins

court, mais déterminé suivant l’espece et l’âge de

animal, dans les parties qui recoivent leurs nerfs

de cette portion de moëlle, doit s’y étendre enüérement. C’est en effet ce que l’on observe lorsqu’on lie l'aorte dans un lapin vers la parte postérieure de la poitrine ou l’aniérieure du ventre. Le sentiment et le mouvement subsistent d’abord dans le train de derrière, mais ils vont en s’affaiblissant de plus en plus, et disparaissent bientôt tout-à- (rt.

AE à 8

TEzs sont, en résumé , les principaux faits que je

fis connaître en 1809 - 1l en résultait que l’entreuen

de la vie dans une parue quelconque d’un animal dépendait ‘essentiellement de deux conditions , l’une l'intégrité de la poruon de moëlle épinière correspondante, et de ses communications ner-

veuses; l’autre la circulation du sang artériel dans cette partie; et par conséquent , qu’il était possible de faire vivre telle parue que l’on voudrait d’un animal aussi long-temps que l’on pourrait faire subsister ces deux conditions ; par exemple, que l’on pourrait faire vivre toutes seules les parues postérieures du corps d’un animal, après avoir frappé de mort les antérieures par la destruction de la moëlle épinière correspondante à ces dermères; ou bien les antérieures, après avoir de même frappé de mort les postérieures, ou bien enfin les parties moyennes, après avoir détruit les partes antérieures et postérieures de la moëlle. -

Il s'agissait de savoir si ces conséquences seraient confirmées par des expériences directes. Le premier animal sur lequel j’essayai de les vérifier fut un lapin âgé de vingt jours. Ayant introduit un stylet dans le canal vertébral de ce lapin, entre la dernière vertébre dorsale et la premiere lombaire, Je détruisis toute la portion lombaire de la moëlle épinière. Le train de derrière fut à l'instant privé de sentiment et de mouvement; mais tout le reste du corps était plein de vie, et la respiration continuait à peu pres comme auparavant. Cet état dura peu. Au bout d’une minute l’auimal parut éprouver de l'anxiété; 1l agitait ses pattes antérieures. À une minute et demie la respiration s’arrêta et fut remplacée bientôt apres par des bäillemens assez rares qu’accompagnaient de faibles mouvemens inspira

(73) toires du thorax , et qui cessèrent tout-à-fait à trois minutes et demie, époque à laquelle il n’existait plus ni sensibilité, ni aucun autre signe dé vie. Cette expérience répétée sur deux autres lapins de même âge eut la même issue. Dans l’un, la respiration s'arrêta à une minute, et il était mort à trois minutes ; elle s’arrêta dans l’autre un peu après une minute et demie, et 1l était mort à quaire minutes. J’essayai de prolonger l'existence de ce dernier, en soufflant de l’air dans les poumons. Je commencai l’insufflauion avant que la sensibilité et les bällemens fussent finis, mais ces phénomenes disparurent tout aussi promptement que si je n'avais rien fait. J’ai depuis répété plusieurs fois la même tentative dans des cas semblables, toujours inutilement: la mort est irrévocable.

. Un résultat si contraire à ce que j'attendais, me jeta dans une surprise qu’augmentait encore le rapprochement que j’en faisais avec ce qu’on observe dans des lapins de même âge, après la décapitation. À l’âge de vingt jours et bien au-delà, l'insufflation pulmonaire peut facilement entretenir la vie dans des lapins décapités. Comment arrivait-il done qu'ils pussent survivre à la perte de tout le cerveau, et que la destruction de la seule portion lombaire de moëlle épinière les fit périr si promptement et sans qu’il fût possible de prolonger leur existence d’un seul instant ? Aucune théorie

connue ne pouvait servir à rendre raison d’un fait

Le

aussi extraordinaire. D’un autre côté, je n’entrevoyais aucun moyen de le conciher avec les couséquences que j'avais déduites de mes expériences précédentes. Il fallait ou que j’eusse commis quelqu’erreur dans ces expériences, où que les conséquences que j’enavais déduites ne fussent pas justes, où bien enfin que la destruction, même paruelle , de la moëlle épinière. produisit subitement dans les fonctions essentielles à l’entretien de la vie, quelque dérangement inconnu jusqu'alors. J'avais répété , vérifié tant de fois mes prenuères expériences, qu'il ne pouvait me rester atéun doute sur leur exactitude. Quant aux conséquences que Jen avais déduites, elles n’éiaient, à proprement parler, que l’expression générale des faits que j'avais observés, ou du moins il ne m'était pas possible d’y voir autre chose. Je me réduisis donc à penser que la destruction d’une portion de la moëlle épi- ‘mère occasionne dans les fonctions essentielles à l'entretien de la vie quelque grande et subrte altérauon , qui devint aussitôt l’objet de mes recherches.

Je commençai par m'assurer si la destruction des deux portions dorsale et cervicale de la moëlle, pratiquée sur des lapins âgés encore de vingt jours , produirait le même effet que celle de la poruon lombaire.

Je détruisis la moëllé dorsale en introduisant entre la première vertèbre lombaire et la dernière

dorsale un stylet que j’enfonçai jusqu’à la dermière

Page 1