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d’un temps plus ou moins long. Distinction qu'il importe de ne jamais perdre de vue. La mort qui survient subitement étant due évidemment à l’acuon immédiate de la moëlle épinière sur les puissances conservatrices de la vie, offre une question simple, et qui se prête à des expériences directes , tandis que celle qui n'arrive qu'au bout d’un certam laps de temps dépend d’un enchainement , d’une complication de causes qu il n’est pas de mon objet d'examiner 1c1 (a). |
La desirucuon de la moëlle dorsale n’est pas
toujours mortelle non plus dans les très-jeunes
, (a) D’examiner ici.— Il résulterait de là, 1°. Que des expériences faites par différens physiologistes, peuvent paraître contradictoires, uniquement parce qu’elles ont été faites sur des animaux de même espèce, mais de différens âges.
20, Que les rapports des diverses parties du système nerveux entre elles, et avec la totalité de lorganisation, rapport de dépendance, d'union, de nécessité réciproque, etc, changent avec le temps.
. Un jeune animal se forme par centres distincts. Ces centres commencent par vivre l’un sans Pautre; puis, avec l’âge, ils ne peuvent vivre l’un sans l’autre. Les sympathies qui les lient deviennent toujours plus étroites, et quand cette vie commune est assez formée ; il peut suffire qu’une partie soit légèrement irritée, pincée , agitée, pour entrainer la mort de toutes les autres. \
Voyez : de Morb. nerv. BOERRHAAVE,
lapins. Plusieurs y survivent encore à l’âge de dix jours. Mais elles les tue constamment à l’âge de quinze jours et au-delà. |
Quant à la destrucuon de la moëlle cervicale, la plupart en meurent dés le premuer jour de leur naissance. À la vérité, jusqu’à l’âge de dix jours l'insufflaon pulmonaire peut prolonger la vie de quelques-uns ; mais en général ce n’est quie pour un temps assez court, el les signes de vie qu'ils donnent sont faibles.
Enfin la destruction simultanée des trois portions est constamment mortelle à tous les âges ; la tête qui, dans ce cas, reste seule vivante et conserve des bâillemens, ne l’est que pendant un temps déterminé, et qu’il est impossible de prolonger.
Tous ces faits concourent à prouver qu’une portion quelconque de la moëlle épinière exerce sur la vie deux modes d’action bien distincts. Par l’un , elle constitue essentiellement la vie dans toutes les parties auxquelles elle fournit des nerfs. Par l’autre elle contribue à l’entretenir dans toutes celles qui recoivent les leurs du reste de la moëlle (a). Par exemple, quand on détruit la
(a) Du reste de la moëlle. Il y a donc énergie propre. — Et énergie d'emprunt.
Cette énergie d'emprunt finit par être la plus forte et la
plus nécessaire. HP:
(79) moëlle lombaire dans un lapin de vingt jours , c’est en vertu du premier mode d’action que la vie est anéante instantanément dans le train de derrière, et c’est en vertu du second qu’elle ne subsiste qu'environ trois minutes dans le reste du corps. Le premier mode d’action est constant dans toutes les espèces et à tous les âges, Nous venons de voir que le second varie suivant l’âge, de telle sorte que la vie générale est dans une dépendance plus grande de la même portion de moëlle quand l’ammal est un peu avancé en âge, que quand il est fort jeune. Je puis ajouter qu’il y a aussi une différence à cet égard, suivant les espèces
Toute la question était donc de savoir en quoi consiste ce genre d'action que chaque portion de moëlle exerce sur la vie des autres parties. Or, mes expériences précédentes m'ayant conduit à n’admetire que les deux conditions indiquées ci-dessus, comme indispensables pour l’entretien de la vie dans une partie quelconque du corps, Savoir l’intégrité de la moëlle correspondante et la continuaon de la circulation, il était difficile de comprendre comment la destruction d’une portion de moëlle pouvait porter atteinte à l’une ou à l’autre de ces deux conditions.
Une considération semblait mettre hors de tout soupçon celle de ces conditions qui concerne l’iniégrité de la portion de moëlle non détruite; c’est
que s1 la destruction de la moëlle lombaire dans
( 80 ) un lapin de vingt jours, par exemple, nuisait à lintéorité du reste de la moëlle, au point d’en faire cesser les fonctions presque.subitement, le même effet devrait avoir lieu à tous les âges, et nous avons vu qu'iln’en est pas ainsi. Une expérience directe achevait de lever tous les doutes à cet égard. Gette expérience consiste à couper transversalement la moëlle épinière entre la dermère vertébre dorsale et la première lombaire dans un lapin âgé de vingt joursau moins. Apres cette opérauon, le sentiment et les mouvemens volontaires continuent d’avoir lieu, même dans le train de derrière. Mais il n’y a plus aucun rapport de sentiment ni de mouvement entre les parties antérieures et les parties postérieures à la secuon de la moëlle ; c’est-à-dire que si l’on pince la queue ou bien une des pattes postérieures, tout le train de derrière s’agite , mais celui de devant n’en paraît rien ressenür , et il ne bouge pas. Réciproquement , si l’on pince une oreille ou une des pattes de devant, les parues antérieures s’agitent, mais les postérieures demeurent tranquilles. En un mot, la section de la moëlle a évidemment établi, dans le même animal, deux centres de sensations bien distincts et indépendans lun de l’autre; l’on pourrait méme dire deux centres de volonté , si les mouvemens que fait le train de derriére , quand onle pince (a), supposent
(a) Quand on le pince. Il est bien difficile, en effet,
la volonté de se soustraire au corps qui le blessé. L'isolement qui a lieu entre les parties antérieures et les postérieures sous le rapport des fonctions animales, estaussi complet que si, au lieu de couper simplement la moëlle épiniére, on eûl coupé transversalement tout Le corps de l'animal au même endroit. Aussi lorsque quinze Où vingt minutes après la section de la moëlle, l'animal étant toujours bien vivant, on vient à en détruire le seg- mentpostérieur, c’est-à- dire la portion lombaire ; si l’on éviie de toucher avec le stylet l’ extrémité du segment antérieur, le train de derrière éprouve de fortes convulsions pendant cette destruction : tandis que celui de devant reste immobile et n’en paraît nullement affecté; ce qui n’empéche pas que la vie ne s’y éteisne encore entiérement aw bout d’environ trois minutes. Il est évident que, dans cette expérience, la destruction de la portion lombaire de la moëlle tue l'animal, quoiqu’elle n'affecte, en aucune manière, les portions anté-
rieures (a). |
RE
d’ exclure de là une volonté analogue à celle qui fait retirer le doigt d'une flamme qui le brûle.
pre" (a) Les portions antérieures, — Voilà le singulier, Cette portion inférieure, en soutenant l’action de la supérieure ; agit visiblement Se d'elle-même.
Ÿ aurait-il donc une atmosphère nerveuse, comme je le
JT Piôrte, 6
( 82 ) É il restait à examiner la deuxième condition j c’est-à- dire, si la circulation générale est dér rangée ou arrêtée par la destrucuon de la moëlle épinière. Si elle l était ; ce ne pouvait être que parce que les moUVEMENS , ou du moins les forces du cœur, ont Jeur principe dans cette moëlle, ce qui devenait fort embarassant par l'opposition qui. en résultat avec la théorie la nueux établie en apparence et la plus génér alement recue sur les causes de la circulauon du sang. |
Cette théorie 7 comme on sait, eSL celle de Haller. Elle consiste à admettre que les mouyemens du cœur sont indépendans de la puissance nerveuse : et qu'ils ont leur principe dans l’irritabilité , propricté essenuicllement inhérente # atousles muscles, mais que le cœur possède : à un degré plus éminent qu'aucun autre. L'ir ritabilité donne seulement au cœur la faculté de se contracter avec une {or ce convenable ; il faut de plus une cause qui mette cette faculté en action, ‘un stimulus dont la présence ou l'absence détermine ou fasse cesser les contracüons. Ce stimulus est le contact du sang sur les surfaces internes des cavités du cœur. Lorsque les deux oreillettes sont pleines de sang, leurs fibres,
irritées par la présence de ce liquide , Se contractent
crois depuis long-temps , et comme Lobstein me semble l'établir dans son dernier ouvrage? td Re P:
et le forcent d’entrer dans les ventricules , lesquels, Ar riLés à leur tour par ce méme sang , se contractent de mére et le ‘chassent dans les arières. Le rel4chemient succédant à la contraction après l’expulsion du sümulus , les orcillettes sont aussitôt rernplies par de nouveau sang qu'y versent les veines; il en résulte üne fotivélle contracüon, laquelle, faisant encore passer le sumulus des oréillettes dans lés ventricules, en détermine une autre dans ceux-ci. Les mêmes causes se réproduisant sans cesse de la mênie ‘fanière, les mouvemens alter maüfs des oreillettes et des ventricules du cœur ÿ et par suite la circulation continuent toute la vie. Telle est la théorie adoptée dépuis plus d’un denri- Siècle, ét qui règne'encore dans les livres et dans les écoles’, malgré les fréquentes attaques qu’elle’a essuyées.
Ainené ainsi directément par mes expériences, à révoquer en doute l’exacuitüde d’une théorie si Supérieure à tout ce qu on avait imaginé précédemment pour expliquer la constance ét le rhyime admirable des mouvemens du cœur, je m'appliquai à en éxaminer les fondemens'avec'pl us d'attention que je n'avais fait jusqu'alors, et J'entrevis bientôt que ce n’était pas sans raison qu'élle avait été si vivement attaquée à différentes époques.
Je craindrais de dontier trop d’étendüe à ce mémoire, en rapportant et en discutant ici les faits sur lesquels repose eette théorie. Je me bor-
nerai à en indiquer deux , que je choisis de préférence ; non-seulement parce qu’ils sont de ceux qu'on a le plus fait valoir, mais encore parce qu'ils ne m'obligent à aucune digression, et que les preuves qu’on en à déduites peuvent être. apprécices d’après le simple exposé de mes expériences. Le premier de ces faits, c’est que les mouvemens du cœur ne dépendent pas du cerveau. Haller a beaucoup insisté sur ce fur, et il a cherché à en multiplier les preuves (1). Il est certain que le cerveau, étant considéré par cet illustre auteur et par tous ceux qui l’ont suivi, comme la source unique dela puissance nerveuse, prouver que les mouvemens du cœur ne dépendent pas du cerveau, C'était prouver qu'ils ne dépendent pas de cette puissance. Mais il est évident que cette preuve tombe d'elle-même , dès qu'il est bien reconnu que le cerveau n’est pas la source unique de la puissance nerveuse.
Le second fait est celui-ci: Si l’on arrache le cœur d'un animal vivant et qu’on le pose sur une table, quoique par cet arrachement 1l se trouve entièrement soustrait à, l’acuon de la puissance nerveuse, ses mouvemens de diastole et de systole
n’en continuent pas MOINS ; EL quelquefois même
pendant fort long-temps. Ge fait est vrai. Mais 1l
s’agit de savoir si ces mouvyemens sont capables mm (1) Elém, pbysiol. Tom. I, lib. LV, sect. 11