LA D
étincelles, à peine a-t-il fait pressentir tout ce qu’on pouvait attendre de lui, que moiris heureux que Bichat, il succombe aussi à la fleur de l’âge, emportant avec lui dans la tombe la déchirante pensée d’une pre imparfaite et d’un génie désormais inutile.
Ah! pourquoi de tels hommes ont-ils si peu vécu pour le siècle qu’ils honoraient? pourquoi n’ont-ils pu se connaître ? Ils étaient dignes l’un de l’autre, ils se seraient aimés, et cette noble amitié aurait encore vu naître d’autres fruits d'illustration. Mais , nouveaux Prométhées, des téméraires semblaient prêts à ravir au ciel le secret de l'existence, et la nature jalouse les a frappés de mort.
Legallois avait fait quelque chose pour la célébrité. Il était membre d’un grand nombre de réunions savantes ; ses anciens maîtres , les professeurs de Ecole de Paris, l’avaient appelé, depuis plusieurs années, à l'honneur de siéger dans le sein de leur Société : cependant il n’avait jusque-là rien fait pour la fortune. Son patrimoine avait été entièrement épuisé à fournir à ses études et aux frais de ses expériences , etil ne possédait que des places honorifiqnes. Les fonctions de méde- - cin en chef de l’hospice et de la prison de Bicêtre vinrent à vaquer sur ces entrefaites, Le conseil général d’administration des hospices porta à l’unanimité Legallois comme pre- 0 candidat sur la liste qui devait être présentée au mianistre de l’intérieur, mais la place était déjà donnée dans son intention. [l demanda une deuxième liste : Legallois y fut encore présenté en tête, et le ministre se vit forcé à le nommer'au préjudice de la faveur.
Les travaux scientifiques de Legallois ne l’empêchaient point de se consacrer au soulagement de l’indigence ; un seul fait suffira pour faire l'éloge de son caractère et de son dé- sintéressement. Avec un esprit et des talens qui pouvaient autoriser de justes espérances de fortune , pauvre lui-même,
il ne voulut jamais être, il ne fut jamais que le médecin des
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pauvres. La place de Bicêtre, en le chargeant d’un nouveau ministère de bienfaisance, le contraignit de cesser celui qu’il remplissait , depuis dix années, près le bureau de charité du 12°. arrondissement, et ce fut seulement alors qu’il y renonça.
Après avoir passé dans un état peu aisé Ja moitié d’une vie laborieuse, il commençait à jouir du fruit dé ses longs travaux; il vivait enfin pour sa famille et pour luimême. KRetiré dans son hospice, il se plaisait à embellir la retraite agréable qu’il s’y était ménagée. Il ne sortait de Bicêtre qu’autant que l’exigeait sa clientelle, devenue nombreuse. Il s’attachait spécialement à diriger dans leurs études les élèves que l'administration lui avait confiés ; il les guidait au lit du malade, les suivait à l’amphithéâtre , y restait avec eux des heures entières ; là, penché sur le cadavre, il / avait toujours quelque fait nouveau à leur détailler.
Ces soins, qu'ilappelait ses plaisirs, ne lui faisaient point négliger ses premières occupations : il venait de fournir le: bel article Cœur au Dictionnaire des sciences médicales ; il avait écrit deux Mémoires sur la chaleur animale, en réponse: à celuitdont un membre de la Société royale de Londres, M. Brodie, avait puisé le sujet dans les expériences sur le principe de la vie. Legallois s’occupait de la rédaction d’un. troisième Mémoire sur la chaleur animale ; il se proposait” ensuite de revoir et de publier les journaux de ses expériences, d'achever son grand travail sur les fœtus , et de recueillir les nombreuses observations que lui fournissaient ses infirmeries , lorsqu'il fut ravi aux sciences et à sa famille.
Dans les premiers jours de février de l’année 1814, il est pris, pendant sa visite, d’un tremblement général qui ne lui permet point d'achever. On le ramène chez lui, il se con damne lui-même, et il expire six jours après, à l’âge de quarante-quatre ans.
Je voudrais pouvoir exprimer tout ce qu’eurent d’affreux.