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MIS

(21) en augmenter l'énergie. Les mouvemens sont tou : jours plus faibles dans Panimal décapité que dans celui qui ne l’est pas; à moins qu’on ne touche immédiatement le bout de la moëlle, car alors les mouvemens deviennent très-forts et même convulsifs. IL est vrai que cette faiblesse des mouvemenspeut aussi dépendre en parue de ce qu'après Ka dé capitation la moëlle est toujours dans uni état pa thologsique.

Ces rapports intimes entre le éerveau et la moëlle épinière aident à expliquer certains faits qui, aw premier abord, paraissent fort difficiles à concilier | avec mes expériences. Telle est la paralysie de tout un côté du corps, produite par des causes qui n’ont: affecté que le cerveau. Mais quand bien même où n'apercevrait aucun moven de les concilier , il n’en: demeurerait pas moins vrar, d’une part, qu'uneaffection bornée uniquement au cerveau peut ôter le sentiment et le mouvement volontaire à la moitié du corps..et de l’autre, que le sentiment et le mouxement volontaire peuvent subsister et être entre. tenus dans un animal décapité. Quelque opposés: que ces faits paraissent être, 1l faut se souvenir que deux faits bien constatés ne peuvent jamais s’exclure l’un lauire, et que la contradiction qu'oncroit y remarquer tient à ce qu'il y a entre eux. quelque intermédiaire, quelque point de contact. qui nous échappe.

L'unité du #01, dont nous avons la conscience,

est encore un fait qui semble répugner à la dissémination du principe de la vie dans ioute l’étendue du cerveau et de la moëlle épimiere. Mais 1l faut prendre garde que la connexion et l’harmonie de toutes les parues de la puissance nerveuse suffisent pour donner le sentiment de cette unité, sans que cette puissance soit concentrée dans un seul point. Qu’on suppose, si lon veut me permetire celle Comparaison grossière, qu’on suppose, dis-je, un assemblage de.roues qui s’engrènent les unes dans les autres; elles ne formeront toutes qu’un seul système, et aucune ne pourra faire un mouvement qu'il ne soit partagé par les autres (a). Mais que les engrenages viennent à être interrompus dans un ou plusieurs endroits, 1l en résultera plusieurs systèmes qui pourront avoir du mouvement indépendamment les uns des autres. De même si l’on opère des interruptions dans le siége de la puissance nerveuse ; on établit, par cela seul, plusieurs centres de sensations entiérement dis-

uncts. Mais ce qu’il importe d'observer , c’est que

(a) Une telle comparaison est non-seulement grossière , pour employer l’expression de l’auteur lui-même, mais encore elle est fausse. Vos rouages engrenés ne sentent pas , et c’est de sensibilité qu'il s’agit. Dans quelqu’étroite connexion que soient le mouvement et la sensibilité, il est pourtant

très-douteux que sentir ne soit que se mouvoir.

À Qi pe

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ces divers centres ne peuvent jamais avoir lieu que par des interruptions faites à dessein ou par accident, et que chacun d’eux suppose toujours la coexistence d’une portion du siége de la puissance nerveuse. Ce qui est bien différent de l’opinion sui vant laquelle on n’admet que dans l’état naturelil y a dans chaque organe un centre de sensation et une sorte de vie paruculière (a). Gette opinion , que repoussent les notions les plus saines et les faits les plus certains de la physiologie , avait acquis une grande faveur dans ces derniers temps , lorsque M. Cuvier s’en est déclaré l'adversaire ; il ne fallait pas moins que l’ascendant d’un homme aussi justement célébre pour en arrêter les progres.

Une autre question à laquelle je ne me suis point arrêté, c’est de savoir comment les nerfs transmettent l’action de la puissance nerveuse aux parties auxquelles ils se distribuent. Ne sont -1ls que de simples conducteurs, ou bien se fait-il en eux-mêmes une sécréuon de nature analogue à celle qui a lieu dans le cerveau et la moëlle épimière ? Les recherches de MM. Reïl et Prochaska avaient rendu cette dernière opinion très-vraisem-

blable; M. Nysien a montré depuis que dans les

(a) Cela ne fut dit que par métaphore, ou plutôt par esprit d'analyse. Îl est impossible de nier que la vie soit la même dans les reins et dans le cerveau.

paralysies les plus complètes l’irritabilité se conserve dansles membres paralysés, toutaussibienque dans ceux qui ne le sont pas. J’ai obtenu un résultat semblable d’une expérience que j'ai souvent répétée. Elle consiste à détruire la moëlle lombaire - dans un lapin âgé de moins de dix jours ; il faut te choisir de cet âge, pour que la circulauon no soit pas arrêtée , et qu'il puisse continuer de vivre. Quoique dans cette expérience, le train de derriére soit frappé de mort, et que ses nerfs ne puissent plus recevoir aucune influence de la moëlle épinière , lirritabilité s’y conserve, et lon péut pendant fort Iong-temps faire contracter les cuisses en irritant les nerfs sciatiques. Il paraît donc qu'il se fait dans toute l’étendué des nerfs une sécréuon d’un principe parücubher. Ge principe une fois produit subsiste par ui-même et après la cessation entière de la circulauon, de même que celui du cerveau et de la moëlle épinière, mais plus long-temps. J'avais pensé que c’était par l’iniermédiure du principe des nerfs que le cer Vear et la moëlle € épinière exerçaient leur action sur les

différentes parties du corps, sans translation deleur propre principe , mais par une sorte d’ébranlement de célui des nerfs, à peu près comme le son est transmis par l’air. Pour vérifier cette conjecture, il fallait trouver un nerf qui füt facile à isoler dans une certaine étendue et qui présidàt à quelque foncuon dont l’inter ruption fût subite et très- -pro-

AA Née)

noncée, aussitôt que le nerf cesserait de remplir

la sienne. J’ai choisi le nerf de la huitième paire, dans les jeunes chats. Nous verrons par la suite que la ligature ou la secuon de ces nerfs, dans ces animaux , produit subitement tous les symptômes d’une violente suffocauon. En les isolant dans la plus grande parue du cou, et en détruisant tous les vaisseaux qui s’y rendent, je devais espérer, si

ma conjecture était fondée , qu'aussiôt que le

pr incipe dont ils étaient imprégnés au moment de

la dissection serait épuisé, les petits chats devaient

éprouver la même suffocation que si ces nerfs

eussent été liés ou coupés. Mais c’est en vain que j'ai répété plusieurs fois cette expérience; le résultat n’a jamais répondu à mon attente; la respiration n'en à pas été dérangée d’une manière bien sensible, tandis que si une ou plusieurs heures

après avoir 1s0lé les nerfs, j’en faisais la section, #

la suflocation survenait tout-à-coup. Î Néanmoins } je”

ne renonce pas encore entièrement à ma conjecture ; car le cou a peu de longueur dans les chats, et encore ne peut-on pas isoler les nerfs vagues dans toute cette longueur. Il se pourrait que la sécrétion qui conunue de se faire près de la poitrine et prés de la tête, où les vaisseaux n’ont point été détruits, se répandii dans la portion disséquée..

Voilà ce que J'avais à ajouter sur les fonctions de la puissance nerveuse , et en particulier, sur

celle du cerveau, à ce que j’en ai dit dans mes

(26) Mémoires. L'idée générale que je me fais de cette puissance , c’est que son siége conslitue à lui seul l'individu, comme être vivant; tout le reste de T'organisation d’un animal ne sert qu’à mettre la puissance nerveuse en rapport avec les objets extérieurs , ou bien à lui préparer et à lui foûrnir les matériaux nécessaires à son entretien Cu à son renouvellement. Je ne vois dans l’échelle des animaux, que celle de toutes les combinaisons pos-

sibles d’organes, capables d'entretenir la puissance

nerveuse avec des qualités variables comme ces

combinaisons, mais au fond de même nature dans toutes. Parmi ces combinaisons , celles qui sont les plus simples et dans lesquelles les conditions nécessaires à l’entretien de la puissance nerveuse existent dans toutes les parties, sont suscepüubles d’être divisées par portions, et la vie peut conunuer dans chaque portion comme dans l’animal enüer, ou plutôt chaque portion devient un nouvel animal. Celles, au contraire, dans lesquelles ces conditions sont concentrées dans certaines parues ; n’admettent pas de semblables divisions avec le même succès ; la vie ne peut continuer dans les segmens qui se trouvent séparés de ces parues , que le temps que la puissance nerveuse peut subsister par elle-même sans être renouvelée.

Je me suis spécialement appliqué à bien faire connaître les résultats, sans n’arrêter à décrire

longuement des expériences et à en accumuler un

(27) grand nombre. Je n’at donné de détails que ceux qui m'ont paru nécessaires pour saisir la marche des phénomènes, et pour mettre les physiologistes à portée de les vérifier. Je me propose de publier par la suite les journaux de mes expériences avec tous les détails qu’ils renferment.

J'ai mis plus de soin à constater les faits que d’empressement à les publier. Néanmoins je crois convenable de fixer 1e1 les dates. Mes recherches sur les fœtus remontent à 1806. Ce ne fut qu’en 1808 que J'en communiquai les premiers résultats à la Société des professeurs de la Faculté de médecine de Paris ; j'y fis connaître mes premiers apercus sur la décapitation et sur les fonctions de la moëlle épinière. D’après l’inviiauon de M. Thouret, je démontrai publiquement devant la méme Société, les 2 et 16 mars 1809, que le principe de la vie du tronc réside dans la moëlle épimère; et je répétai ensuite les mêmes expériences le 16 avril suivant, devant MM. Chaussier et Duméril , que la Société avait nommés commissaires pour les examiner, et qui en firent leur rapport le 27 du même mois.

Îls’en fallait beaucoup que la matière fût épuisée. Je commençai bientôt après mes recherches sur les mouvemens du cœur. M. Magendie ne tarda pas à faire connaître par des expériences curieuses que c’est en agissant sur la moëlle épinère que le

poison des Indiens, connu sous le nom d’upas

( 28 }) tieuté, tué les animaux. M. Brodie, membre de la Société royale de Londres, a voulu savoir ce que devenait la température et les sécréuons dans les animaux qu’on entretient vivaus après les avoir décapités. J’ai répété les expériences de cet auteur en ce qui concerne la température. Il ne m'a pas semblé que les résuliats qu’il annonce soient aussi constans qu'il le dit. M. Brodie assure que les animaux décapités qu’oñ entretient vivans, se refroidissent autant que s'ils étaient morts. Il est vrai qu’ils se refroidissent considérablement. Mais j'ai toujours trouvé que les petits chats se refroi- dissent un peu moins qu’apres la mort. La différence a été dans mes expériences de 1 à 3 degrés centigrades. Elle est, en général, un peu moins

= grande dans les lapins. J’ai trouvé aussi que linsufflauon pulmonaire est une des principales causes du refroidissement; et qu’en général toutes les circonstances qui dénaturent ou qui génent la respiration , deviennent des causes de refroidissement. Ainsi il suffit de tenir un animal allongé sur le dos pour que sa température baisse. Il restait à savoir si, dans ces diverses circonsiances, la formation de l’acide carbonique dans les poumons est diminuée, et si elle l’est en proportion de la température, c’est ce dont je m'occupe maintenant. Mon ami, M. Thillaye fils, a eu la complaisance de s’associer à mes recherches. Les fu-

miéres de cet habile physicien, sa dextérité et sa

grande habitude dans les expériences, me rendent sa coopération singulièrement précieuse. Plusieurs causes avaient interrompu nos travaux et entre autres le manque de quelques instrumens dispendieux. M. le baron Corvisart , premier médecin de l'Empereur, informé que ces instrumens n’existaient pas dans le cabinet de physique de la Faculté de médecine, les y a fut placer à ses frais, par un mouvement spontané de sa munificence ordinaire, sous la condition que j'en pourrais disposer à mon gré, et il a bien voulu me confier le soin de les faire construire moi-même de la mamiére que je ie jugerais convenable. Il m'est bien doux de saisir cette occasion de lui en témoigner publiquement na vive reconnaissance.

Ces recherches terminées, je me propose de revoir et de publier mes premières expériences sur les fœtus: celles qui ont pour objet de déterminer le temps qu’un fœtus peut vivre sans respirer, après qu'il a cessé de communiquer avee sa mére.

Je désirais bien , avant de finir cet avani-propos, disculper un peu Îles physiologisies qui font des expériences sur les animaux vivans, des reproches de cruauté qu’on leur a si souvent adressés. Je ne prétends pas les justifier entièrement, je voudrais seulement faire entendre que la plupart de ceux qui leur font ces reproches pourraient bien euxmêmes en mériter de semblables. Par exemple ,

est-ce qu'ils ne vont pas, ou qu'ils n’ont jamais été

à la chasse? Et comment Le chasseur qui, pour son plaisir, mutile tant d'animaux, et souvent d’une manière si cruelle , serait-il plus humain que le physiologiste qui se voit forcé de les faire périr pour son instruction ? Que les droits que nous nous attribuons sur les animaux soient léoitimes ou non, il est certain que peu de personnes se font scrupule de détruire par toutes sortes de moyens ceux qui leur causent quelque incommodiié, füt-elle légère ; et que nous ne nourrissons la plupart de ceux qui nous entourent que pour les immoler à nos besoins, J'ai peine à comprendre comment nous aurions tort de les tuer pour nous instruire , quand nous éroyons avoir raison de les tuer pour nous en repaître , et sur-tout quand, par un raffinement de sourmandise , nous ne leur donnons la mort qu’après leur avoir fait subir des opérauons douloureuses et des tourmens de longue durée.

Je conviens qu’il serait barbare de faire souffrir en vain des animaux , si le but des expériences pouvait être atteint sans cela, Mais c’est malheureusement une chose impossible. Les expériences sur les animaux vivans sont un des plus grands flambeaux de la physiologie. Il y a l'infini entre Panimal mort et l’animal le plus faiblement vivant. Si le plus habile mécanicien ne peut connaître tout l'effet d’une machine qu'après l’avoir vue en acuon, comment le plus savant anatomiste pourrait-

1l deviner, par la seule étude des organes, le jeu

d’une machine aussi prodigieusement compliquée que l’est le corps animal. Pour en pénétrer les secreis, il ne suffit pas d'observer le jeu simultané de toutes les foncuons dans l’animal en santé, il est sur-tout important d'étudier les effets du déran- | sement ou de la cessation de telle ou telle foncton. C’est à déterminer par cette analyse [a foncon de tel ou tel organe, et sa corélauon avec les autres fonctions, que consiste tout l’art des expériences sur les animaux vivans. Mais pour parvenir à le faire avec quelque précision , on est dans l’indispensable nécessité de multiplier les victimes, à cause du grand nombre de circonstances et d’accidens qui peuvent rendre les résultats nuls ou incertains. Je dirais volontiers des expériences physiologiques, ce que lon a dit des bienfaits: Perdenda sunt multa, ut semel ponas bene. SENÈQUE.

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