LETTRE A M. L. C, D. S. E
Du château d*Anet , le 3 mai I779«\
J E suis cliarg'*, mon cher pasteur, au nom de tous les habitans d'Anet y.de vous adresser det plaintes sur votre départ précipité. Nous sommes tous fâchés contre vous. Le peu de jours que vous avez passés ici va rendre moint agréables ceux que nous devons y passer encore ; et à présent que vous n y êtes plus , nous aimerions mieu^ que vous n'y fus3icz pas venu : car le plaisir ressemble à ce livre de l'Apocalypse qui était si doux dans la bouche, et si amer quand il était mangé.
Depuis votre départ, les bergers de nos bois Aux WDs du chalumeau n accordent plus leur voix f On n entend plus chanter la tendre Philomèle ; Le printemps est fini ; déjà la fleur nouvelle , Qui de l'amant de Flore annonçait le retour, Se £me et Va mourir sans avoir vu le jour.
Si j'osais vous parler de notre prince, je vous dirais qu'il n'est pas le moins chaj^rin de votre absence ; et cela seul vous rend inexcusable.'
Quoi ! vous quittez sans monuure D'Anet le charmant séjour,
ftlolangef .' I B
ï34 LETTRE A M. L. C. D. S. E.
Ce vallon où la nature Epuisa tes trésors pour contenter Tamour 1 Vous fuyez» sans regret un prince qui vous aime, Qui sait fixer ici le volage bonbeuT)
Et veut déposer sa grandeur
Pour être chéri pour lui-même ; 'Qui se plait à manpier chaque jour d'un Lien&iti
Et dont l'esprit toujours aimable Egaie avec douceur les propos de la table, Et sait parler de tout, hors du bien qu'il a Eût.
Heureusement pour yous, mou cber pas< teur, nous sayons yotrè secret; et, quoique nous y perdions , il faut vous en aimer davantage :
Là voix des malheureux vous appelle à Paris : Vous y courez leur tendre une main secourable ;
Et , quittant pour eux vos amis , Vous aimez encor mieux êtile utile qu'aimable.
Je finis ma lettré , car je l'avais commencée avec le projet de vous faire des reproches , et je ne sais comment il arrive que je ne puis vous parler que de mon respectueux et très tendre attacliemcnt.i •