LETTRES DB >LO&IA.H
motion contre les vers , attendu que ceux de Racine ne sont pas libres. Je compte sur le brave Gauvain pour repousser M. Boutidoux.
Adieu, mon cher compatriote; j'irai moimême TOUS remercier du plaisir que je yqjDS ai dû , dès que je serai sûr de vous trouver nu jour. En attendant , je vous répète que je vous aime de tout mon cœur, et vous embrasse de même.
liECEVEZ , mon très aimable confrère , les remercimens que je vous dois pour l'excellent ouvrage que vous avez bien voulu m'envoyer. Je Tai trouvé aussi bien pensé que bien écrit, aussi raisonnable qu'élégant, et je fais des vœux' bien sincères pour que tous nos compatriotes, en vous lisant, éprouvent ce que j'ai éprouvé. Je l'espère, et alors votre petit ouvrage leur vaudrait autant de bonheur qu'il vous aurait procuré de gloire. Ce sont deux belles et bonnes choses que le bonheur et la gloire. Continuez à les donner, dans votre assemblée , à notre pétulante nation.
Adieu, mon cher compatriote; je vous pré-
A M. DE BOISSY DOUGLAS. 49
viens que -tous êtes engagé à diner à Sceaux , avec M. et M™« Saint-Étienne , le dimanche d'après la Saint- Jean, 27 de juin. Je m'y prends d'avance , pour que vous ne soyez pas retenu ce jour-là chez quelque belle dame , et je vous embrasse de tout mon cœur comme je vous aime.
Ce samedi. Y-
JVloN cher et illustre compatriote,
J'ai un besoin pressant de votre justice et de votre amitié. Depuis deux ans je commande la garde nationale de Sceaux, et j'ose dire que je l'ai fait de manière à m'attirer l'estime et la reconnaissance de tous nos soldatscitoyens. Malheureusement je me trouvais à Paris le jour de la fuite du Roi ; les portes furent fermées , je ne pus me rendre ici. Le bon ordre qui a régné à Paris, le désir de savoir des nouvelles, et les peines qu'il fallait prendre pour avoir un passe-port , me firent retarder trois jours ; je ne vins ici que vendredi, jour de la Saint-Jean. Cette absence,
So LETTRES DE VLOKTkV
ma qualité de militaire et d'attaché à un ci* devant prince , les soupçons qu'inspire naturellenrent l'état où nous sommes , les circonstances du moment , tout enfin , réuni contre moi dans ces tristes circonstances , a fait naître de la fermentation et de la défiance dans une petite partie de ma troupe. Vous devez juger qu'avec ma sensibilité, cette position fait le malheur de ma vie , puisque je vois mon honneur et mon repos au moins compromis. Dans les temps où nous sommes, personne ne peut savoir où cela peut «'arrêter. Vous connaissez dès long-temps mes principes ; peut-être y a-t-il quelque mérite à ies avoir dits tout haut dès avant la révolution ; et depuis la révolution, ils n'ont jamais varié. Je vous réponds de la pureté de mon cœur, je vous en jure par mon honneur et par le vôtre . D'après cela, je demande à vous, mon cher compatriote, à vous qui me connaissez et m'estimez, j'ose le croire, depuis long-temps-} à vous, représentant du département où je âuis né, je vous demande de vouloir bien .écrire et/ signer ce que vous savez , ce que vous pensez, ce que vous jugez de moi. Je ne veux pas partir d'ici , je ne veux prendre
A M. DE BOISSY d'aKGLAS. 5i
aucune résolution que ma justification ne soit établie. Je me charge de TétabUr ; mais comme votre nom justement célèbre doit être d'un poids immense, opposé à ceux des calomniateurs ou des soupçonneurs imbéciles , je TOUS demande ce nom que j'ai toujours aimé, sans croire qu'il pût m'étre utile dans pareille circonstance. Si tous jugez à propos de faire signer par d'autres ce que je demande, M. du Séjour, M. Bailly, M. de Saint;-Étienne, ne refuseraient pas. Mais là dessus , je m'en rapporte à ce que votre prudence, Totre amitié , verront de mieux à faire.
Pardon , mille fois pardon de vous importuner dans de pareils instans. Mais je pense que votre cœ,ur est de ceux qui croient que dans tous les temps, un honnête homme, un compatriote , un ami , mérite l'attention d'un honnête homme et d'un ami. Je n'en dirai pas plus. J'ai l'âme brisée, en vérité ; après tout ce que j'ai fait ! après tous les intérêts sacrifiés ! je m'attendais peu à ce prix. Faut-il donc, dans la nature entière , ne . compter que sur vous seul? Je vous embrasse, et j'attends de vous les biens les plus chers , ma justification et mon repos. Si votre écrit ne suffisait pas ,
5 a LETTRES DE PLO&IAK
j'aurais encore recours à tous, que je révère
autant que j aime.
Sceaux, ce a6 juin 1791-
Il y aurait bien de l'amour-propre à moi, mon cher et illustre confrère, d'imaginer qu'au milieu des importantes occupations qui remplissent tos jours fortunés , mes pauvres héros maures et castillans ' eussent trouvé le moment de venir y ous faire leur cour. Ce n'est pas à un législateur, à im administrateur, à un procureur général syndic qu'il faut aller chanter des romances ou raconter des contes bleus. Vous avez vraiment d'autres choses à faire dans le département del'Ardéohe , quand ce ne serait que de jouir de la douce paix, de l'heureux repos que vos grands travaux nous ont procurés. J'ai cru qu'il fallait laisser paster les bénédictions , les actions de grâces , les cantiques de reconnaissance qui retentissent en votre honneur dans la France et dans toute l'Europe. Quand les échos de vos montagnes
' Gonzalre de Gordoae.
▲ jà, DE BoissT d'akglas. 53
les auront assez répétés , alors je pourrai hasarder de venir jouer de la flûte à la porte de Yotre maison, comme les bergers de Sicile allaient jouer du chalumeau sur le passage, jonché de fleurs des Platon et des Timoléon.
Cependant, d'après yotre bonté extrême, d'après la douce indulgence que vous ayez puisée au comité des recherches , d'après surtout votre demande, je prends la liberté de faire remettre chez M. d*Azémar> qui m'a promis de s'en charger, un exemplaire du grand Gonzalye de Cordoue. Notre ami commun , M. de La Harpe , a traité ce capitaine avec autant de sévérité que Gonzalve traitait nos capitaines français dans la guerre qu'il leur fit à Naples. La différence qu'il y a , c'est que Gonzalye nous ôta pour toujours ce beau royaume, et que M. de La Harpe ne m'a presque point ôté de lecteurs. Ma seconde édition va paraître, et mon ouvrage s'est fort bien vendu, malgré les circonstances peu favorables aux lettres, qui font rechercher avec plus de soin le Journal du Soir et le Logographe , que des récits de guerre et d'amour. Ce qui me fait pardonner à ces circonstances, c'est qu'elles me procurent le plaisir de lire
54 I.STTHES DE PLORlAll
yos beaux discours , tos beaux mémpires d'ad' ministration , que je trouve fort éloquens , et que j'ai le projet de mettre en yers ,un de ces joifirs , en y joignant de petits morceaux anacréontiques que je viens de faire , sur la force publique et la perception des impôts.
Je ne doute point, mon cher confrère (et cela sans aucune espèce de poésie ou de plaisanterie ) , que TOUS ne soyez infiniment utile au pays que tous habitez. Si tout le monde aTait Totre amour pour le bien et vos moyens de le faire , nous n'en serions pas où nous sommes ; mais on a perdu de vue la belle fable que faisait FonteneUe aTCC ses doigts , lorsqu'il parlait des Térités. De là , je trois , Tient tout le mal. C'est à tous de le réparer, ou du moins de l'empêcher de qroître ; j'applaudirai à TOS succès comme citoyen, comme confrère et comme ami.
Je passe doucement ma Tie au coin de mon feu , lisant Voltaire , regrettant Gauyain ^ , faisant des fables, et fuyant des sociétés qui sont
* Poëme de chevalerie auquel travaillait M« Boissy d*Angla8 avant la révolution ,. et qu'il n'a jamais $4Û.: il en. avait lu plusiencs cliiints à M. deFlorian.
A M. DE BOISST D*AKGLA.S. 55
devenues des arènes affreuses , où tout le monde hait la raison , où les vertus ne sont même plus louées, où l'humanité, la première des vertus , et la modération , la première des qualités , sont méprisées par tous les partis. Je me trouve fort bien de ma solitude , et si j*y recevais souvent de vos nouvelles , je l'aimerais encore plus.
Adieu , mon cher confrère , lisez Gonzalve ds^s vos momens perdus ; vous en serez peutêtre content. Vous le serez sùremtnt die l'histoire des Maures , peuple qui nous était absolument inconnu, et qui méritait au moins d'être autant célébré que certaines gens que je vois célèbres. La Harpe fait grand cas de cette histoire , et m'a dit avec repentir qu'il se portait fort mal quand il a lu mon livre. Portezvous bien , aimez-moi toujours , et ne m'appelez point aristocrate , comme certains de mes amis m'appellent démagogue.
Homo sum; nikil humani-a me atienum puto.
Je suis de plus votre bon confrère et ami.
Parie, ce 17 f^Tner 1792.
56 LBTTRB8 DC PLORIAIT
Sceaux-l'Unit^, i5 prairial an si.
J E TOUS remercie d'avance , mon cher et aimable confrère, du plaisir que tous me ferez en me venant voir dans ma solitude.
Ce sera un beau jour pour moi. Je vous connais trop pour n'être pas sûr que cette idée vous fera -^enir plus tôt.
Indépendamment du plaisir bien vrai que j'aurai à vous embrasser, je suis impatient de vous lire une hymne , pour laquelle j*ai besoin de vos conseils , de vos corrections , dé vos vers même, s'ils coulaient, encore de votre plume , comme jadis , aussi purs , aussi limpides que le ruisseau d'Annonay *. De plus grands objets vous occupent ; mais songez que mon hymne est à l'Amitié. Vous voyez bien qu'il faut vous la lire avant même qu'elle soit finie, et vous la dédier quand elle sera faite.
Je vous ferai part aussi du petit mémoire que je veux y joindre. Tout cela sera prêt
> Poème de M. Boissy d*Asglas, qui n'a pas été
publié.
A m:, de bûissy d'ahglas. Sy
demain. Veniez donc quand il tous plaira. Je vous embrasse, en attendant, aussi tendrement que vous méritez d*étre aimé.
aa prairial an ii.
Vous avez raison, mon aimable confrère^ je m'en rapporte entièrement à votre sage amitié ; je ne demande que d'être utile , j'aimerai à TOUS devoir ce bonbeur.
J'ai mis au net le plan de mon nouveau Cours d'bistoire pour l'éducation nationale ; je vous l'envoie. Il est bon que vous l'ayez , soit pour le lire , si on vous le demande, s&ît pour y jeter les yeux de la réflexion , et l'améliorer par vos conseils.
Une réflexion que j'ai oublié de vous faire , pour ceux qui vous demandent où j'en suis , c'est que venant de finir, après deux ans de travail, ma traduction de Don Quichotte, dont je renvoie une feuille à Paris aujourd'hui ; ayant donné mes fables en 179 a , Gonzalve et des Nouvelles en 1791 , il est assez simple que je ne sois pas très avancé. D'ailleurs j'ai fait mon poëme hébreu. £n cons-
58 X.BTT11BS DS FLO&TASr
cience on ne peut guère m'accuser de paresse. Mais j'insidte sur Don Quichotte, pour que l'on ne soit pas surpris de le yoir paraître dans six mois, quoique l'on m'eût donné autre chose à faire. C'est une remarque importante.
Je pei^iste toujours , mon cher con^^re en poésie , en philosophie , en amitié , à ne point quitter le séjour de la campagne. On he travailla bien que là; partout ailleurs on dépense. : les résultats sont différens.
Si on m'accorde ce que je demande, je me mets'sur-le-champ au travail ; si on ne me l'accorde pas, je me borne à rester au point où j'en suis. Voilà tout ce que je sollicite de ,vo(re infatigable et si douce amitié*
Salut et tendre fraternité.
A M. a>E JIOISSY D'AlTGiAS. Sg
Sceaux-l'Unit^i i6 messidor an ii.
JJiabxe! diable! mon cher confrère, voici tin très beau et très utile ouvrage. Je l'ai lu de suite, sans m'arréter, sans me douter qu'il avait plus de cent grandes pages. Je l'ai relu avec une attention plus sévère , j'ai retrouvé le même plaisir. C'est partout la réunion si douce de la vertu , de la raison , de l'amour de la patrie , de l'éloquence du cœur,^e la tendre sensibilité. Cette dernière surtout me semble caractériser votre livre. Toutes les fois que vous parlez du mariage , des funérailles , des souvenirs , des consolations qui restent à la pauvre humanité , on voit que voué êtes sur votre terrain , on sent que tout ce que vous dites coule d'une source abondante. Vous êtes un digne homme ; je le savais bien ; et vous êtes, de plus, éloquent avec du goût, chose moins méritoire , mais aussi rare.
Recevez mes remercîmens doux et sincères pour le plaisir que vous m'avez fait. J'en aimerais bien mieux ma fille aînée Galatée, si c'»était elle qui vous eût inspiré quelques idées de
6o XXTTRES DE PLOHIAV
yotre ouyrage. Je vous la léguerais en mon* rant, comme ce Grec, Eudamidas, je crois ^ légua sa fille à établir à son ami plus riche que lui. Je yous remercie de nouyeau, et yons prie tendrement de yenir me yoir le plus tôt qu'il yous sera possible; car, depuis que je yons ai lu , j*ai plus d'envie de yous embrasser. Nous causerons ensemble , mon cher confrère, beaucoup de y os onVrages, et un peu de l'intérêt que yous prenez aux miens. Je ne puis ressembler à Oyide que par les regrets que son cœur donnait aux amis qu'il ne yoyait plus. Votre présence les adoucira. Je yous embrasse de toute mon âme.
A M. DE BOISSY d'aKG].AS\ 6i
a^ messidor an ii.
JW-Oir cher confrère en Apollon, vous êtes instruit peut-être que je yais dans une maison d'arrêt, par Tordre du comité de salut public. J*ai beau fouiller et scruter jusques au fond de mon. coeur, je ne crains pas de yous dire , car le malheur ne peut être soupçonné d'orgueil , que ce cœur est pur comme le vôtre. Peut-être ai-je mal pris mon moment pour faire la demande de réquisition que votre zèle a sollicitée. Cette idée est superflue, avec une âme amicale comme la vôtre, pour vous engager à faire ce qui sera en votre pouvoir pour abréger ma captivité. Je vous le dis du profond de mon âme : si j'ai péché, c'est par ignorance. S'il est possible de faire abréger un châtiment plus grand pour les malheureux poètes que pour les autres , le comité exercera un acte de justice et de bienfaisance. Ces deux mots sont les plus beaux de toutes les langues ; et quand je songe à vous , je trouve que le plus doux est celui d'amitié.
63 LETTRES DE PLORlAlf
Sceaux-rUniUi 33 thermidorf an ii de Vère r^pabl.
lisGEYEZ, mon cher bienfaiteur, les tendres actions de grâces que je yous dois , pour Fintérét que yous ayez pris à mon sort, pour les démarches que yous ayez faites, pour la liberté, qui m'est bien plus douce en la rapportant à Yos soins. Elle est le premier des biens; mais le premier des plaisirs est la reconnaissance, et c'est yous qui me prouyez cette sentimentale yérité.
En-sortant de prison j'ai couru chez yous.
La loi me défendait de yous attendre, il falittit la loi pour m'empécfaer de jouir de ce bonheur. Accordez-le moi, mon ami, en yenant promptemeut me yoir. Venez dîner dans ma retraite , yenez me yoir reprendre mon luth , CQuyért -déjà de poussière, et sur lequel je yais chanter d'une yoix plus forte la liberté et l'amitié.
Adieu , mon bienfaiteur; yenez aussitôt que le noble métier que yous ayez pris d'être utile yous laissera un moment. Donnez-le-moi , ce moment. Je ne sentirai tout-à-fait ma liberté qu'en yous embrassant.
A: ir. DB BOISSY d'aNGLAS. 63
Sceanx-l'Unitë, i5 fructidor.
Vous portez, mon cher et aimable législateur, la peine du plaisir que tous trouyez à obliger, et celle du plaisir que je trouTC à me vanter de tous connaître. Le maire de cette commune , bon et digne citoyen , m*a demandé avec instance de tous importuner en faveur du cit. Osselet, qui tous remettra ce billet. Ce n'est pas une démarche ^ c'est un conseil que nous tous demandons pour le cit. Osselet. Il reyient de combattre les ennemis de la République ; il est sur le point d'y retourner ; mais sa santé, dans un état déplorable, lui fait craindre qu'elle ne serve pas son zèle. De plus, le cit. est époux, père, fils , et fort malade. Il a les certificats et les preuves de sa mauTaise santé. Nous vous prions , mon (cber confrère en Apollon, de vouloir bien lui dire à qui s'adresser, ce qu'il faut qu'il fasse, et les moyens de réussir. Votre cœur, heureux quand il fait du bien , ne vous rendra pas cette bonté pénible, et je vous, en remercie d'avance. Adieu, mon bon et cher confrère; Guil-
64 LBTTRXS DS «f . FLOAIA V , etC.
lanme-Tell ayance fort, et ayancerait mieiu sans quelques accès de fièyre, suite de mon été , ou précurseur de mon automne. Pai cette fièyre en yous écriyant, et je n'en sens pas moins tout le plaisir de yous dire que je yons aime.
Nota. Cette lettre est la dernière qu^écriTit M. de Florian , il était atteint de la maladie qui reniera anx lettres et à Tamitié , et il mourut peu de jours après.
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