SCÈNE II
OLITANDRE , entrant doucement , et écoutant sans se montrer ; ARMANDE, PHILAMINTE.
ARVANOE.
Je ne souffrirais point, si j'étais que de vous,
Que jamais d'Henriette il pût être l'époux.
On me ferait grand tort d'avoir quelque pensée
Que là-dessus je parle en filie intéressée,
Et que le lâche tour que l'on voit qu'il me fait
Jette au fond de mon cœur quelque dépit secret.
Contre de pareils coups l'Âme se fortifie
Du solide secours de la philosophie,
Et par elle on se peut mettre au-dessus de tout;
Mais vous traiter ainsi, c'est vous pousser à bout.
Il est de votre honneur d'être à ses vœux contraire;
Et c'est un homme enfin qui ne doit point vous plaire.
Jamais je n'ai connu, discourant entre nous,
Qu'il eût au fond du cœur de l'estime pour vous.
PHILAMINTE
Petit sot!
ARMANDE
Quelque bruit que votre gloire fasse.
Toujours à vous louer il a paru de glace.
PHILAMINTE
Le brutal 1
ARMANDE
Et vingt fois, comme ouvrages nouveaux , J'ai lu des vers de vous qu'il n*a point trouvés beaux.
PHILAMINTE
L'impertinent I
ARMANDE
Souvent nous en étions aux prises; Et vous ne croiriez point de combien de sottises...
CLITANDRE, à Armande.
Hé! doucement, de grâce. Un peu de charité, Madame, ou, tout au moins, un peu d'honnêteté.
560 LES FBMMES SAVANTES.
Quel mal vous ai-je fait ? el quelle est mon offense. Pour armer contre moi toute votre éloquence, Pour vouloir me détruire, et prendre tant de soin De me tendre odieux aux gens dont j'ai besoin? Parlez, dites, d'où vient ce courroux effroyable? Je veux bien que Madame en soit juge équitable.
ARMANDE
Si j'avais le courroux dont on veut m'accuser, Je trouverais assez de quoi l'autoriser. Vous en seriez trop digne ; et les premières flammes S'établissent des droits si sacrés sur les Âmes, Qu'il faut perdre fortune, et renoncer au jour, Plutôt que de brûler des feux d'un autre amour. Au changement des vœux nulle horreur ne s'égale; Et tout cœur infidèle est un monstre en morale.
CLITANDRE
Appelez-vous, Madame, une infidélité
Ce que m'a de votre Âme ordonné la fierté ?
Je ne fais qu'obéir aux lois qu'elle m'impose;
Et, si je vous offense, elle seule en est cause.
Vos charmes ont d'abord possédé tout mon cœur ;
Il a brûlé deux ans d'une constante ardeur ;
Il n'est soins empressés, devoirs, respects, services.
Dont il ne vous ait fait d'amoureux sacrifices.
Tous mes feux, tous mes soins ne peuvent rien' sur vous;
Je vous trouve contraire à mes vœux les plus doux :
Ce que vous refusez, je l'offre au choix d'une autre.
Voyez. Est-ce, Madame, ou ma faute, ou la vôtre?
Mon cœur court-il au change, ou si vous l'y poussez?
Est-ce moi qui vous quitte, ou vous qui me chassez?
AKMANDE.
Appelez-vous, Monsieur, être à vos vœux contraire, Que de leur arracher ce qu'ils ont de vulgaire, Et vouloir les réduire à cette pureté Où du parfait amour consiste la beauté ? Vous ne sauriez pour moi tenir votre pensée Du commerce des sens nette et débarrassée ; Et vous ne goûtez point, dans ses plus doux appas , Cette union des cœurs , où les corps n'entrent pas. Vous ne pouvez aimer que d'une amour grossière, Qu'avec tout l'attirail des nœuds de la matière; Et, pour nourrir les feux que chez vous on produit, Il faut un mariage , et tout ce qui s'ensuit. Ah ! quel étrange amour ! et que les belles âmes