ACTE IV, SCÈNE IL
Sont bien loin de brûler de ces terrestres flammes!
Les sens n'ont point de part à toutes leurs ardeurs;
Et ce beau feu ne veut marier que les cœurs.
Comme une chose indigne, il laisse là le reste ;
C'est un feu pur et net comme le feu céleste.
On ne pousse avec lui que d'honnêtes soupirs,
Et l'on ne penche point vers les sales désirs.
Rien d'impur ne se mêle au but qu'on se propose :
On aime pour aimer, et non pour autre chose ;
Ce n'est qu'à l'esprit seul que vont tous les transports.
Et l'on ne s'aperçoit jamais qu'on ait un corps.
CLITANDRE
Pour moi, par un malheur, je m'aperçois, Madame ,
Que j'ai, ne vous déplaise, un corps tout comme une âme;
Je sens qu'il y tient trop pouf le laisser à part :
De ces détachements je ne connais point l'art ;
Le ciel m'a dénié cette philosophie.
Et mon àme et mon corps marchent de compagnie.
Il n'est rien de plus beau, comme vous avez dit,
Que ces vœux épurés qui ne vont qu'à l'esprit.
Ces unions de cœurs, et ces tendres pensées ,
Du commerce des sens si bien débarrassées ;
Mais ces amours pour moi sont trop subtilisés :
Je suis un peu grossier, comme vous m'accusez;
J'aime avec tout moi-même, et l'amour qu'on me donne
En veut, je le confesse, à toute la personne.
Ce n'est pas là matière à de grands châtiments ;
Et, sans faire de tort à vos bons sentiments.
Je vois que, dans le monde, on suit fort ma méthode,
Et que le mariage est assez à la mode,
Passe pour un lien assez honnête et doux ,
Pour avoir désirç de me voir votre époux.
Sans que la liberté d'une telle pensée
Ait dû vous donner lieu d'en paraître oiFensée.
ARMÀNDE.
Eh bien ! Monsieur, eh bien ! puisque, sans m'écouter. Vos sentiments brutaux veulent se contenter; Puisque, pour vous réduire à des ardeurs fidèles. Il faut des nœuds de chair, des chaînes corporelles, Si ma mère le veut, je résous mon esprit A consentir pour vous à ce dont il s'agit.