SCÈNE III
ARGAN, BÉRALDE.
BÉRALDE.
Voulez- VOUS bien, mon frère, que je vous demande, avant toute chose, de ne vous point échauffer l'esprit dans notre conversation?
ARGAN
Voilà qui est fait.
BÉRALDE.
De répondre sans nulle aigreur aux choses que je pourrai vous dire?
ARGAN
Oui.
BÉRALDE.
Et de raisonner ensemble, sur les affaires dont nous avons à parler, avec un esprit détaché de toute passion .'
ARGAN
Mon Dieu ! oui. Voilà bien du préambule.
BÉRALDE.
D'où vient, mon frère, qu'ayant le bien que vous avez, et n'ayant d'enfants qu'une fille, car je ne compte pas la petite; d'où vient, dis-je, que vous parlez de la mettre dans un couvent?
ARGAN
D'où vient, mon frère, que je suis maître dans ma famille, pour faire ce que bon me semble.'
Votre femme ne manque pas de vous conseiller de vous défaire ainsi de vos deux filles; et je ne doute point que, par un esprit de charité, elle ne fût ravie de les voir toutes deux bonnes religieuses.
ARGAN
Oh çà! nous y voici. Voilà d'abord la pauvre femme «n jeu. C'est elle qui fait tout le mal, et tout le monde lui en veut.