I.ETTRIS NOUVSLLBt
ornement éclatant, vojraat. prétentieux. Prenant c* mot au figuré. Des Forge* reproche, ce tembte, i aa fcninM de trop rechercher ta société, de trop copier tel raaoiirei, le* prétention* des gens de qualité.
■ Le mariage fut câébré au Croisk, le jeudi S décembre 1743 ; l'évéque de Nantea était Chriitophe-Louii Turpin de Crissé de Sanzaj, dont il eal queaiïon dan* la Lettre n* VIII, ci-deasus p. 37 i 43.
* Noua ne mtoq* si cette ode alla aux Jeux Floraux, mail elle a été recueillie par l'auteur dans sea Œutirtt édit. de 17S9, 1, p. iii-ii5 ;etleesten vende huit piedsel compte i3 atrophea de 10 vers chaque. Elle est dédiée ■ A M. le C*" de M*", mi- • nistre et secrétaire d'État de la marine, ■ c'est-i-^ire, i H. le comte de Macbault.
* Il paraît qu'il s'était décidé à mettre son /fomme tUfpilitr en cinq actes, au lieu d'un seul. Cf. la Lettte précédeue et la suivante,
■ On a déjà pu remarquer p.* i53, au commeacement de cette lettre, une phrase où Des Forges tutoie Cbevaje ; on retrouve ce tutoiement dans un passage de le Lettre XIII, ci-deaaua, p. 61, et dans quelques autres de sa correspondance avec Chevaye, mais il est exceptionnel. Sans aucun doute, de vive voix, Chevaye et Des Forgea se tutoyaient ; dans leura commuraunications écrites, l'étiquette, le* convenances du temps leur imposaieut le mmt.
^mmm^
Lettre 6* au président Bouhier * La disgrâce de Des Forges aux Sables d'Olonne.
Au Croisic, ce i«t janvier 1744-
Pe luis de nouveau au Croisic, Monsieur, de la fia de février *, Vous savez, par I plusieurs traiu de ma vie, que je ne suis I point né pour être heureux. Cette vie n'a été qu'un enchaînement de disgrâces et de contradictions. Les grans m'ont joué ; et pour un rayon de lumière que la fortune m'a quelquefois laissé voir, elle a mille et mille fois entassé les nuages sur ma tête, et la foudre est tombée à mes piez.
J'étois, comme tous le Hvez, contrôleur du dixième dans le Poitou, emploi dur et peu convenable à mon humeur compatissante. Cependant, j'en adoucissois l'âcreté autant qu'il m'étoit possible. J'étoïs bien avec tout le monde, et cet agrément, joint à celui de faire quelque réserve", m'y retiendroit *Bibl. Nit. M. fr. 34.431, f 65,R'. Lettre autograplie.
UBTTRIft MKnrSt.LBt 1^7
encore, si je n^avois éié trahi par on mooatre abomi* nable. Quand j'arrivai à Poitiersi od je fus deux mois avant que les départemens eussent été distribuez', le sieur Perot^ receveur des tailles^ des Sables d^Olonne, gardon fort riche, écrivit à un secrétaire de rinteadance qu^ayant apris que j^étois contrôleur du dixième et me connoissant par la renommée, il eût extrêmement souhaité que je pusse avoir Télection des Sables d^Olonne, qu^il seroit charmé de vivre avec moi^ qu'il m^ofroit sa maison et sa tablet et quUl me procureroit tous les agrémens qui dépendroient de lui. Je fus flaté de cette proposition et demandai ce département à M. Tlntendant, qui m^avoit jusque-là témoigné beaucoup de préférence, et il raccorda. Arrivé que je suis aux Sables d^Olonne, Perot veut m^heberger chez lui, je le refuse, et il mecherche une pension voisine de sa maison, aux conditions que nous souperons tous les soirs ensemble.
J^accepte, et dès lors Ton commença à dire publiquement que Ton n^avoit jamais vu deux hommes plus unis. Mais si son inclination se manifestoit pour moi, je n^étois point en reste avec lui et je le prévenois en tout, dans les choses otx je pou« vois lui devenir utile.
Cette apparence d^amitié sincère m^engagea à lui faire confidence de tous mes secrets. J^avois fourni un mémoire à la cour pour faire condamner sévèrement au dixième nombre de personnes, et de la première distinction, intéressées dans un dessèche-
r58 DIS F0RGB8 MAILLARD
ment, et qui s^en disoient exemptes en vertu de privilèges. Mais ayant trouvé par la suite Tlntendant et le Direaeur fisivorables à cette société, et les associez m^ayant fisiit voir que je m^étois trompé dans mon estimation, je m'adoucis dans un nouveau mémoire. Croirlez-vous que Tabominable Perot, séduit par Tespoir d'un intérêt extrêmement modique, écrivit en cour par des voyes détournées que je m'étois laissé gagner et que je favorisois les associez? Ce qu'il y eut de malheureux pour moi, c'est que je lui confiois mes mémoires et que je lui en laissois, sans y penser, les brouillards. Cela le mit en état de s'arranger pour me perdre '. Il ne tint qu^à moi ensuite de revenir sur l'eau ; mais il me falloit trahir l'Intendant et vexera toute outrance nombre de personnes de considération, et je n'y voulus point entendre.
Dites-moi, Monsieur, si vous avez entendu parler d'un homme plus malheureux que moi ? Et n^avoûrez-vous pas que l'exécrable Perot a renouvelle la scène de Judas, si elle Ta jamais été? Remarquez que, pendant la durée du dixième, quand on eût taxé les associez à la rigueur, il ne lui fût pas revenu vingt livres de plus par an, et cela seulement tant que le dixième, comme je vien de le dire, eût été prolongé. Et moi j'avois prêté à ce scélérat quinze cens livres sans intérêt, ce qui formoit mon petit avoir et que j'avois amassé par mon œconomie dans les diférens emplois que j'avois occupés depuis plusieurs années. Voici comme la chose se passa.
LETTtŒS HOUTBLLBS iSg
Vous savez que, dans ces temps critiques, plus les receveurs des tailles font d^avances, plus leur remise est grasse*. L^hôpiul fit bannir mille écus à prendre à intérêt. Je sçus que Perotles avoit pris. J^allai souper chez lui à Tordinaire, et je lui dis :
— Mon ami, j'ai apris que vbus aviez emprunté mille écus, j^ai quinze cens livres qui sont à côté, je vous les ofre pour en foire votre profit.
— Mon ami, me répondit-il, nous empruntons dans ce temps autant que nous trouvons, parce que les rentes que nous payons sont bien au-dessous des remises que nous recevons pour pareilles sommes. J ^accepte vos quinze cens livres, à condition de vous en payer la rente.
— Non, mon cher, lui dis-je ; en ce cas, ce neseroit point un service que je vous rendrois. Vous les recevrez sans intérêt, ou vous ne les aurez pas.
Enfin, il les accepta. Il y avoit sept ou huit mois quMl les avoit entre les mains, quand il m^a trahi. Je comptois les lui laisser jusqu^à la fin du dixième, et jusqu^au temps que je n^en eusse point été pressé. Le misérable m^embrassoit en soupant tête à tête, tandis qu41 envoyoit porter à la poste des lettres contre moi.
Que dites-vous, mon illustre et cher ami, de la malice de ma destinée ? Je dépose mes douleurs dans votre sein , n^en êtes-vous pas atendri? Un homme comme ce Perot, qui a sept mille livres de rente o^ environ, trahir si lâchement un homme simple dont il se disoit le cœur, et dont il sçait que
l6o DBS rORGKS MAILLARD
le patrimoine est très-peu de diose F Ne fsut-i! pas qo^il soh un monstre ?
Quand je suis absent ', ma mère me donne deux cens livres par an, et je n'en puis poim atendre un jour plus de cinq cens livres, mats Dieu lui conserve de longs jours I Nous sommes neuf enfans, mes pdfes ont toujours vécu de leurs rentes comme gens de condition. Voilà pourquoi nous sommes si bornéa.
Voici le renouvellement des Fermes : pourrie^vous écrire à quelqu'un en ma faveur, et cela sans vous gêner? Un entrepôt de tabac me conviendroit bien, à cause de la vie tranquile qu'il procure, et qu'il me laisseroit des momens à donner aux Muses. Je crois que votre cœur n'est pas de ceux dont Pétrone a dit : Nomen amicitùt^ si qtu^enùs expedH^ hœret. J'entends toujours que cela ne coûtât pas uop à votre manière d'être parmi le monde que je vous prie de soliciter.
J'ai fait trois actes en vers d'une comédie *, dont il me reste deux acte» à fidre. Depuis de«x mois je n'y ai rien fait. Je ne me trouve pas l'esprit raomé sur le ton qu'il ftnt. Les Muses veulem «ne certaine alsi d'espr;t.
Vous ne doutez paa que q«e ce ne sois de toute no» âme que je vous souhaite une santé parfaits er interminable. Voudriez^vous me fisire le plaisir de de dire à M. Coquard que je lui souhaite santé et Ufesse et toujours ample déjeûné des lauriers die Met* poBiène. J'ai envie^ si cela ne nous fâche pas, d^ea*
LETTRES NOUVELLES lt>l
voyer au Mercure ou à Tauteur des Amusemens ma lettre prose et vers à vous *, sur la bonne aimée, en changeant quelque chose dans la prose.
J^ai rhoaneur d^étre, avec d^inexpiimablea^sentiraens d^amitié, d'esthne et de respeet, Monsieur, etc.
J^ai fait contre ce Peroc une phUippique furieuse. Mais quelque» réflexion» dMne prot^ité dont i) n^est pas digne m^ont emp&hé de la faire paroître '^. Je lui préui votre nouveau Recueil de po^ies^ dont je n'avoîs encore lu qu'une partie ; il le prêta à une dame^ et je n^ai pu le recouvrer, dont je suis fort £iché. Je voudrois bien être avec vous pour vous communiquer nombre d^ouvrages de prose et de vers qui n^ont point encore paru, et pour en faire un choix à votre goût. Mais je vois quUl ne sera pas facile de notis retrouver ensemble. J'atends avec impatience les nouvelles assurances de votre amitié et de l'état de votre saoté^ qui m'intéresse comme la mienne.
NOTfiS.
^ DepvM Iflbfin de ihvkr 1743.
^ Quelque* écoaonîeft.
s C'est-è-dire, avaai; qa^o» eût assise k chttufi de& «ontrôtevFB et» dtxtème le rassort oà ii deiait eziMiE.
^ L« tmlÊt' é^mt ua impôt éo répartition mis>aur les rq^ turiera.
i6a OBS roRGBs maillard
* Det Forges fut révoqué de son emploi vers la fia de janvier
1743, oeittinement avant le 8 février, car le 12 de ce mois, Bertrand écrivait de Nantes à Chevaye : « M. Des Forges « Maillard, votre ami et le mien, est ici depuis quatre jours. Il « est remercié, il doit sa disgrâce à un homme des Sables qu'il « regardoit comme le plus chaud de ses amis. » (Biblioth. de Nantes, lettre autographe.)
* Il s'agit de la remise frite aux receveurs sur le paiement det taillet, quand ]lilsT en versaient l'argent dans les caisses de l'État.
' Cett-è-diie, « quand je vis hors du Croisic ». Quand il y était, sa mère lui donnait le vivre et le couvert.
• V Homme singulier, dont il parle dans les deux lettres précédentes.
• Il s'agit d'une lettre, datée des Sables d'Olonne, 23 décembre
1742, où il adressait ses voeux à Bouhier pour l'année 1743. Cette lettre est décrite sous le n* 947 du Catalogue des autographes de M. de La Jarriette (Paris, Charavay. 1860, in-8% p. io5). Les dix dernières lignes, la signature et la date sont reproduites en| fac-similé dans les Poésies diverses de Des Forges Maillard, publiées à Paris en 1880 par l'éditeur Quanttn. Et le texte même de la lettre est imprimé dans le Mercure de France d^tioût i744f(p. 1736), avec quelques petits changements « dans la prose » et un autre plus important dans la date, qui, pour rajeunir la pièce, est devenue : « A. . . ce. . . janvier
*• En s'abstenant,^;ilrcéda aux conseils de son ami Bertrand, qui, dans une lettre écrite de Nantes à René Chevaye le 1 2 février
1743, dit en parlant de Des Forges : « Notre ami n'eût pas man- « que de tirer raison de cette lâcheté (la dénonciation de Perot), « si les loix delà guerre lui eussent permis d'attaquer un homme « qui n'a qu'un bras. Mais au défaut de l'épée, nous avons eu a recours à la plume, et il n'est plus question que de trouver un « imprimeur qui veuille mettre sous la presse une espèce d'ode a dithyrambique dans le goût d'Archiloque, qui est toute prête, a et qui réduira le traître à se pendre. J'ai fait cependant ce que a j'ai pu pour modéter les transports de notre ami ; je lui ai feit « sentir les conséquences d'une pièce de cette nature. Mais il est « si indigné qu'il n'écoute^ rien. » (Lettre autographe, à la biblio thèque de Nantes).
Lettre 7* au président Bouhier *
Au Croisic, ce 26 août 1744.
E ne serois pas plus glorieux, Monsieur, si Lysippe * revenoit au monde pour faire ma statue, que je ne Tai été en apprenant que Testampe de mon ponrait est entre vos mains, et que vous la voyez avec plaisir ^.
Je suis ordinairement dans ma retraite du Croisic, où Pamitié des puissans, plus forte en termes qu^en réalitez, m^abandonne. Cependant j^arrive de Clisson, où j^ai passé dix ou douze jours chez mon ancien ami, M. Chevaye, auditeur des Comptes, grand homme de lettres, grand homme d^esprit et grand homme de bien. Voilà, ce me semble, celui que l'on doit apeller le véritable Trismégiste. Vous devez avoir reçu quelques lettres de lui.
Je ne vous ai pas dit, Monsieur, que j^étois marié. Je ne savois comment m^ prendre pour vous conter cette catastrophe, plus sérieuse et plus grave encore à raporter et non moins périlleuse que celle don
*Bibl. Nat. Ms. fr. 24.421, f. 67 R*. Lettre autographe.
164 DES rORGKS MAtt.LAKn
Théramène fait le récit dans Phèdre. On dit que les mariages sont écrits au ciel. Tout est écrit après quMl est arrivé, à la bonne heure. Mais je dirai donc quUl y a dans la bibliothèque du ciel un livre bien singulier, car je pense qu^ii y faut sauter bien des articles avant de tomber sur un bon. Ce que j^assurerai, c^est que je ne me serois jamais défié que le mien dût se trouver d«m ce grand registAs.
Je vais à Vannes, Monsieur^ j^ deviens amoureux d'une femme de condition, jolie veuve, assez jeune, ayant extrêmement d^esprit et beaucoup de goût pour les lettres. Je Tépouse ; elle me promet monts et merveilles dans un contrat subtilement instrumente par un coquin de notaire. J'y perds moi-même ic petit comptant que f avois ramassé, pour trop croire, et parce que fe suis né avec un caractère de franchise et de bonne fbi qui me persuade qu'ion a le cœur faifcomme le mien, aussitôt qu^on me Ta dit. Pour surcroît de désagrément, je trouve des debtes étant marié, quand on m^avoit solennellement juré qu^on ne devoit rien ''. Je ne suis donc point aauellement fort au large, tnaîs j*espère me trouver par la suite dans une Bituaiion plus commode. Tout ce tracas et toutes ces tnenées ont absorbé Targent que j'avois soigneusement recueilli et ménagé pour faire le voyage de Paris. Voilà comme il me semble que le diable se mêle de distribuer Tordre de mes affaires tout à contre-poil et pour me foire enrager.
Le peu d^aparence qu^il y a. Monsieur, que je revoyc «tôt Paris, est caase qoe j^ai envoyé en Hol-
LCTTfteS NOUVKt.l.lM 1^3
lande un feccieil de pièces de poésie, consistant en trois longœsépltres philosophiques et sur le goût, soi* vies de quelques autres, de traduaions diodes d'Horace, et deux chapitres en prose tirez d*aii livre que pavois commencé et que f intitalois Hexaménm moral. Le titre de moral ne loi convient pas en tout, la morale y étant semée dejoyeiisetezet gaillardises. Ce recueil manviscrit a essuie un accident en passant les mers. La galiote holandoise où étoit la personne à qui f e Pavois confié a •été rencontrée par un corsaire anglois, qui Ta pillée avec autant de hardiesse à peu pn-és que si les deux nations avoient eu guerre déclarée. Les Anglois ont ouvert mon paquet , c'est tout ce que j'en ai sçu^ et je juge de là qu'ils n'en ont rien détourné.
Je réserve pour Paris un autre recueil qui commencera par plusieurs poésies chrétiennes, et dont toute la suite n'aura rien qui puisse faire grimacer les dévots. J'ai de plus fait un roman ^, qui pourroit faire deux justes volumes in-12, mais dont la liberté veut que J'atende encore jusqu'à voir si je ne dois plus avoir d'espérance dans les douteuses promesses de certains riches enfans de la terre.
Je me date, Monsieur^ et vous aves bien voulu me le faire comprendre, que vous m'obligeriez dans l'occasion. Ainsi, comme c'est Changuyon qui a imprimé votre poëme de Pétrone à Amsterdam, et que j'ai su par l'avertissement de l'imprimeur qu'il le tenoit des mains de M. d'Orvîlle, votre ami, professeur en belles-lettres, qui sans dôme aura pris soin
l66 DBS PORGK8 MAILLARD
de l'édition, me feriez-Toos le plaisir d^écrire à cet ami pour rengager à prendre mes manuscrits chez M. Guill. Barnabe de Labat, négociant renommé dans la capitale de la Hollande. Je ne vous aurois pas moins d^obligation de le prier de relire ce petit recueil, qui Tamusera sûrement, et de tâcher au surplus de me faire quelques conditions honnêtes avec M. Changuyon. Je ne suis pas intéressé; mais n'ayant ni le Diaionnaire de Bayle ni celui de Moréri, je serois content n'eussé«je que Tun des deux et de plus quelques exemplaires de mon livre, qu'il seroit facile de m'envoyer par les navires qui viennent à Nantes d'Amsterdam, et même au Croisic. Faites en sorte, Monsieur, que je joigne cette obligation à plusieurs que je vous ai.
J'ai l'honneur d*être avec les plus vrais sentimens d'estime, d'attachement et de respect, Monsieur, etc.
Des Forges Maillard.
NOTES
* Lytippe, célèbre statuaire grec, qui vivait vers l'an 35o avant Jésu8-Chri$t.
^ Cette lettre, très-écourtée et très-sensiblement modifiée, a été publiée sans date par Des Forges dans l'édition de ses Œuvres de 1759, t. Il, p. 21 3-2 18. Sauf les trois premières lignes du début, nous n'imprimons ici que les parties inédites de cette pièce. On ne trouve point d'ailleurs dans l'original le rapprochement pr6> tentieux entre M"* Des Forges et Eurydice, qui se lit p. 217, t. II de l'édition dw Œuvres de 1759.
LKTTXB NOUTItI,U
* Dm Forgoeut donc là une déception, mail le reuentiroent n'en dura pas et ne troubla point s^rieuMment l'harmonie du ménage ; nous le prouvons dam notre introduction. M, Honoré Bonhomme ■ donc eu abiolument tort de dire que le mariage de Des Forge* ■ fut loin d'être heureux. ■ (V. Poe$it» Mvtrtea de Des yorge* MaHlard, Quantin, Paria, iSSo, Notice biographique, p. XXXIII).
* Voir co qui est dit de ce roman dans la Lettre XXI ci-dessus.
Lettre 8* au président Bouhier *.
A Paris, ce ii janvier 1745.
|ons avez été surpris, Monsieur, de ma lenteuf à vous répondre^ et surtout dans un temps où favoU deux lettres à vous écrire^ Tune au sujet d& celle que vous avez reçue de M. ë^Orville d'Amsterdam, par rappon aux ouvrages qu'il a entre les mains, et Tautre pour vous souhaiter de tout mon cœur mainte et mainte heureuse année. Je vous fais ces mêmes souhaits à présent, et il n'importe que ce soit un peu tard, puisque mon cœur les faisoit pour vous le premier de l'an dès l'aurore. Je vais vous dire. Monsieur, les raisons qui ont arrêté ma réponse.
Après avoir reçu à Paris votre première lettre, dans laquelle vous me disiez. que vous n'en receviez point de M. d'Orville depuis plusieurs mois écoulez, je crus qu'il n'en falloit plus atendre. M. Bouguer, mon compatriote, ce célèbre mathématicien, arrivé
* Bibl. Nat. Mt. fr. 24.421, f. 63 R*. Lettre autographe.
depui« peu de temps (Pun voyage aa Pérou entrepris par les ordres du Roi, me dit que M. de la Condamine^, son confrère et son compagnon, étoit à Amsterdam. Comme jele connois aussi, je cms que je ne pouvois mieux faire qoe de lui écrire^ tant pour sçavoir ce que mes manuscrits pourroient être devenus que pour le prier de faire marché avec un libraire et de se donner des soins pour Timpression. Sur ces entrefaites, Monsieur, j^ai reçu votre dernière, dans laquelle vous m'aprenez que M. d^Orville vous a écrit. Mais m'^étant avancé à recourir à M. de ia Con« damine, il me convenoit, ce me semble, d^atendre sa réponse afin de vous en faire part : et je J'ai reçue.
Pour répondre d'aboixl à ce qui me concerne dans cefle de M. d^Orville, je m'étonn« qu'il n'ait pu me faire desconditions plus avantageuses avec leS'ChanguyoH pour l'impression d'un Recueiî où 11 n'y a que des clioses amusantes, comme on peut s^en convaincre en lisant le manuscrit. Vingt exemplaires sufi- Foiem à peine pour être distribuez aux amis à qui j'en dois. Cependant M. d'Orville est le maître ; mais je ne sois pas décidé absolument pour M. Changuyen, et «i l'on trouvoit meilleure composition ailkurs, comme <:hez du Sauzet, on pourroh s^y arrêter, en suposant toujours de beaux caractères et de beau papier.
Voîci la réponse de M. de la Condamine. (1 m'écrit qu'il a été dhez M. G. B. de Labat, qui lui a dk avoir remis mes manttscrits à M. d'Orville. Après quoi il est allé pour voir ce dernier, qu'il n'a pas trouvé au
aa
170 DBS PORGBS MAILLARD
logis ; il y est retourné et n^a point été plus heureux dans cette seconde visite. Je ne sai si M. d^Orvilie la lui aura rendue. En ce cas ils auroient pris ensembles des mesures. M. de la Condamine étant fort agissant, aujourd'hui à Amsterdam et demain à la Haye, M. d'Orville est toujours le maître, comme j'ai eu Phonneur de tous le dire, et je ne compte pas pour un médiocre avantage la peine qu'il prendra de revoir les épreuves. Mais quand Fauteur peut retirer quelque légère douceur pour prix de ses peines, il n^est pas condamnable pour tâcher d'en user. Enfin je m^en rapporte à l'intelligence de votre ami.
Il n'y a point ici de nouvelles littéraires, si ce n'est VHistoire de Louis XI par M. Duclos *, de l'Académie des Inscriptions. Laudatur ab his, culpatur ab illis. Pour mioi qui n'en ai vu que quelques pages, je trouve son style trop coupé pour l'histoire. Il a voulu imiter le président de Montesquieu ; mais il y a de la diférence entre écrire des réflexions sur l'histoire romaine et écrire une histoire dans toute sa longueur.
L'abbé Des Fontaines ' fait toujours rage^ et il se moque des défenses. Il écrit dans le stile de son cœur. Vous jugez de là quel fond on doit poser sur ses critiques. On a aussi imprimé une satire trèsvive contre l'Académie Françoise; elle est de l'abbé Cotin ^. On s'est un peu récrié contre la préférence que cette compagnie a donné à MM. de Bernis et Girard sur beaucoup d'autres. On ne m'a point paru fort satisfait de leurs complimens de réception.
Les théâtres fournissent toujours des colifichets^ et M. de la Chaussée s^obstine à faire pleurer où Ton devroit rire.
Comme je suivrai M. le président de Robien ' et qu^en conséquence je ne puis décider du temps de mon séjour, je vous prie d^adresser votre réponse à M. Titon du Tillet etc., isle saint- Louis, rue Poultière, à Paris. Je comptois lire quelque chose aux Comédiens italiens et françois, mais je doute que le temps me le permette. Donnez-moi, je vous prie, des nouvelles de votre santé, qui m^intéressent plus que toutes les autres.
J^ai rhonneur d^étre, avec d^éternels sentimens dVstime, de respect et de reconnaissance, Monsieur, etc.
Des Forqes Maillard.
Je compte envoyer quelques pièces à M. d^OrvilIe pour joindre au Recueil, si jVn trouve Poccasion.
NOTES
* Charles de la Condamine, astronome, membre de l'Académie Française et de l'Académie del Sciences, né à Paris en 1701, mort en 1774.
> Charles Duclos Pinot, écrivain de mérite, académicien né à Dinan en 1704, mort en 1772.
3 Guyot Desfontaines (Pierre-François), journaliste littéraire célèbre au dernier siècle, né à Rouen en i685, mort en
* C'était sans doute une réimpression de a satire de l'abbé Cotin intitulée la Ménagerie,
s Des Forges était alors, depuis environ trois mois, à Paris avec Robien, qui l'y avait mené danfr^sa chaise de poste.
Lettre 2« au président de Robien *.
Sur René Gentilhomme^ sieur de l*Espine,
poète croisicais.
Au Croisic, ce... avril 174S.
[\i lu avec grand plaisir, Monsieur, votre ancienne Histoire de Bretagne et je ne fais aucun doute que le public ne la reçoive de même quand il vous plaira de lui faire ce présent ; la conduite et le stile en sont admirables, et vos recherches curieuses feront les délices des amateurs de Tantiquité. Vous n'avez point travaillé, comme la olupart de ceux qui écrivent Thistbire, sur des mémoires équivoques ; vous êtes allé sur les lieux en personne, ou bien vous y avez envoyé des hommes de confiance et capables, qui en ont levé fidèlement les plans et qui ont exactement dessiné ce qui nous reste des plus anciens monumens des Romains et des Gaulois. Votre Histoire moderne, naturelle, etc., de la même province ne vous fera pas
* Mercure de France de 1745, Juîil 2' vqL p. ii3.
LETTRES NOUVELLES lyS
moioft d^honneur. C^est le jugement que j^ea puis porter sur ce que )^ai eu le temps d'en lire pendant le séjour que j'ai fait chez vous à Rennes à notre retour de Paris *.
Mais permettez^moi de vous dire, Monsieur, que j'ai trouvé qu'il manquoit quelque chose dans vos deux Histoires. Je n'y vois point d'époques qui nous fassent connoitre les grands hommes qui ont protégé les Muses, et mes propres recherches me font croire que c'est à vous que la première de ces époques mémorables devra sa naissance. Vous cultivez les belleslettres vous-même, et l'amitié que vous accordez à ceux qui s'y adonnent les encourage dans cette épineuse carrière. Vous avez même plus d'une fois tenté de jetter les fondemens d'une Académie dans cette province, où l'on peut dire que vous reproduisez les Bouhier et que vous faites revivre les l'Hospital, les de Thou et les Lamoignon.
Vous êtes dans le dessein, Monsieur, de faire dans votre Histoire un chapitre où vous comprendrez les Bretons qui se sont distingués dans les sciences et dans la littérature. Avant et depuis Abailard, le nombre n'en avoit point été fort considérable, mais le dernier siècle et celui-ci en ont produit plusieurs en tout genre. Notre petite ville du Croisic et les lieux circonvoisins en ont aussi vu naître quelquesuns, comme les pères Tournemine, Guilloré, l'abbé de Bellegarde, M. Bouguer, de l'Académie Royale des Sciences, qui par ses talens achevés suffiroit lui seul à l'illustration d'un royaume. J'ignorois toutefois
174 I>KS PORGKS MAILLARD
que ce port de mer eût aussi produit un poiïte, et mes compatriotes les plus anciens ne m^en avoient rien appris. Il est vrai qu^occupés de la navigation et du commerce de mer, ils glissoient légèrement sur celui de Tesprit, et que la littérature étoit même alors un pays perdu pour eux.
Le poète dont j^ai à vous entretenir, Monsieur, s^appelle René Gentilhomme, sieur de TEpine. J^ai découvert Testampe de son portrait chez un de mes concitoyens, qui dit avoir vu la signature de quelqu'un de son nom sur les registres de cette communauté'. La figure en buste est dans un ovale ; on lit autour : René Gentilhomme^ sieur de l'Espine, Croi" siquaiSf P*. Domestique de Monseigneur, frère du Roi, OEOT AIAONTOS, et au dessous, dans le même ovale: Du Pré ad vivum delinea. Daretscul. Parisiis. 1637 die 7». Aristander,,, Il y a quelque chose d'effacé en cet endroit ' A» jEt*. 27, natus 16 10 1 mense y. L'estampe est environnée des attributs du Parnasse et de la Guerre. On lit au bas les deux inscriptions que je vais vous transcrire, Tune en vers latins, et l'autre en vers françois. Les armes du poète sont au milieu avec ces mots : Mieux faire que dire. La manière d'écrire Croisiquais, au lieu de CroisiquoiSj s'accorde avec l'ancienne prononciation qui subsiste encore parmi le peuple. Il me semble aussi que P". veut dire Page et non premier qui s'écrit Pr.
LETTRES NOUVELLES ijS
Infiguram elegantissivd Ilustriss^ Et ingeni, viri R, Nobilis. Armorici, Régis F. Poétœy Epigratnma,
Aspicis effigiem vatis spirantis in aère, Qui junxit Geticae Delphica plectra Tubae.
Sic oculos, sic ille humeros, sic Nobilis ora : Unum defuerat, dulcius ille canit.
/. Leocheus Scotus Eloquentiœ et Philo, Professer.
Epigramme
Qu'on ne cherche plus Mars en Thrace, Ni dans Amathonte TAinour, Ni Phébus sur le mont Parnasse, Voici leur unique séjour.