‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 104 sur 397 · Deforis : « En attendant, il se 6. Apolog · texte numérisé non relu

Deforis : « En attendant, il se 6. Apolog

c'est le propre de la faiblesse, qui ^ est contrainte de s'empresser dans l'exécution de ses desseins, parce qu'elle dépend des occasions, et que ces occasions sont certains moments dont la fuite précipitée cause aussi de la précipitation à ceux qui les cherchent. Mais Dieu, qui est l'arbitre de tous les temps, qui sait que rien ne peut échapper ses mains, il ne précipite pas ses conseils^ ; jamais il ne pi'évient le temps résolu, il ne s'impatiente pas : il se rit des prospérités de ses ennemis ; « parce que, dit le Roi-prophète, il sait bien où il les attend : il voit de loin le jour qu'il leur a marqué pour en prendre une rigoureuse vengeance : Qnoniam prospicit quod vcnict dies ejiis^. » Mais, en attendant ce grand jour, voyez comme il distribue* les biens et les maux avec une équité merveilleuse, tirée de la nature même des uns et des autres.

Je distingue deux sortes de biens et de maux. Il y a les biens et les maux mêlés, qui dépendent de l'usage que nous en faisons. Par exemple, la maladie est un mal qui peut tourner en bien par la patience, comme la santé est un bien qui peut dégénérer ^ en mal, en favorisant la débauche; c'est ce que j'appelle les biens et les maux mêlés, qui participent de la nature du bien et du mal, selon l'usage où on les applique. Mais il y a outre cela le bien souverain, qui jamais ne peut être mal, comme la félicité éternelle; et il 3' a aussi certains maux extrêmes, qui ne peuvent tourner en bien à ceux qui les souffrent, comme les supplices des réprouvés. Cette distinction '' étant supposée, je dis que ces biens et ces maux suprêmes, si je puis parler de la sorte, appartiennent au discernement général, [p. 9] où les bons seront séparés pour jamais de la société des impies ; et que ces biens et ces maux mêlés se distribuent avec équité dans le mélange des choses présentes.

Car il fallait que la Providence destinât certains biens aux justes, où les méchants n'eussent point de part ; et,

1. Jci, et plus bas. avant « cause I). 4. Yar. : Mais voyez comme, en un renvoi. L'auteur, choqué des ré- attendant cette dernière journée, pétitions, songe à abréger. Mais sa Dieu distribue.

phrase n'est pas faite. 5. Var. ; être changé.

2. Var. : ses ouvrages. (!. Var. : Cette division. :(. Ps. XXXVI, 13.

Sermons (le Boïsuet. — II. II

de même, qu'elle préparât aux méchants des peines, dont les bons ne fussent jamais tourmentés. De là vient ce discernement éternel qui se fera dans le jugement. Et, avant ce temps limité, tout ce qu'il y a de biens et de maux devait être commun aux uns et aux autres, c'est-à-dire à l'impie aussi bien qu'au juste; parce que les élus et les réprouvés étant en quelque façon confondus durant tout le cours de ce siècle, la justice et la miséricorde divine sont aussi par conséquent tempérées. C'est ce qui fait dire au Prophète que « le calice qui est dans les mains de Dieu est plein de vm pur et de vin mêlé : Calix in manu Domini [yini meri plenus mixto^. »] Ce passage est très remarquable, et nous y voyons bien représentée toute l'économie de la Providence. Il y a premièrement le vin pur, c'est-à-dire la joie céleste, qui n'est altérée par aucun mélange de mal: c'est une joie toute pure, vini meri. Il y aussi le mélange ; et c'est ce que ce siècle doit boire, ainsi que nous l'avons expliqué, parce qu'il n'y a que des biens et des maux mêlés, plenus miMo. Et enfin il y a la lie, fœx ejus non est exinanita ; et c'est ce que boiront les pécheurs, bibent omnes ". Ces pécheurs sui'pris dans leurs crimes, ces pécheurs éternellement séparés des justes, ils boiront toute la lie, toute l'amertume de la vengeance divine.

Tremblez, tremblez, pécheurs endurcis, devant la colère ^ qui vous poursuit ! Car si, dans le mélange du siècle présent, où Dieu en s'irritant se modère, où sa justice est toujours mêlée de miséricorde, où il frappe d'un bras qui se retient, nous ne pouvons quelquefois supporter ses coups, où en serez-vous, misérables, si vous êtes un jour contraints de porter le poids intolérable de sa colère, quand elle agira de toutes ses forces et qu'il n'y aura plus aucune douceur qui tempère son amertume? Et vous, admirez, ô enfants de Dieu,

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