Jbid. durcis est une heureuse addition
3. Bossuet après avoirmis d'abord Dans une première rédaction efEacée, le mot vengeance, l'a biffé pour y Bossuet passait immédiatement à substituer le mot colère, qu'il a éga- l'idée suivante : (( Cependant admilement effacé en écrivant en marge rez, ô enfants de Dieu, comme votre une seconde fois vengeance. Enfin il Père céleste dispose tout à votre a mis dans l'interligne colère. — avantage... »
comme votre Père céleste tourne tout à votre avantage, vous instruisant non seulement par paroles, mais encore par les choses mêmes ! Et certes, s'il punissait tous les crimes, s'il n'épargnait aucun criminel, qui ne croirait que toute sa colère serait épuisée dès ce siècle, et qu'il ne réserverait rien au siècle futur? Si donc il les attend, s'il les souffre, sa patience même vous avertit de la sévérité de ses jugements. Et quand il leur permet si souvent de réussir [p. 10] pendant cette vie, quand il souffre que le monde se réjouisse, quand il laisse monter les pécheurs jusques sur les trônes, c'est encore une instruction qu'il vous donne, mais une instruction importante. Si personne ne prospérait que les justes, les hommes, étant ordinairement attachés aux biens, ne serviraient Dieu que pour les prospérités temporelles ; et le service que nous lui rendrions, au lieu de nous rendre religieux, nous ferait avares ; au lieu de nous faire désirer le ciel, il nous captiverait dans les biens mortels.
Voyez, dit-il, mortels abusés, voyez l'état que je fais des biens après lesquels vous courez avec tant d'ardeur ; voyez à quel prix je les mets, et avec quelle facilité je les abandonne à mes ennemis : je dis, à mes ennemis les plus implacables, à ceux auxquels ma juste fureur prépare des torrents de flamme éternelle. Regardez les républiques de Rome et d'Athènes; elles ne connaîtront pas seulement mon nom adorable, elles serviront les idoles ; toutefois elles seront florissantes par les lettres, par les conquêtes et par l'abondance, par toute sorte de prospérités temporelles ; et le peuple qui me révère sera relégué en Judée, en un petit coin de l'Asie, environné des superbes monarchies des Orientaux infidèles. Voyez ce Néron, ce Domitien, ces deux monstres du genre humain, si durs par leur humeur sanguinaire, si efféminés par leurs infâmes délices, qui persécuteront mon Église par toute sorte de cruautés, qui oseront même se bâtir des temples pour braver la Divinité : ils seront les maîtres de l'univers. Dieu leur abandonne l'empire du monde, comme un présent de peu d'importance qu'il met dans les mains de ses ennemis.
Ha ! qu'il est ^ bien vrai, ô Seigneur, que vos pensées ne sont pas les pensées des hommes, et que vos voies ne sont pas nos voies ^ ! O vanité et grandeur humaine, triomphe d'un jour, superbe néant, que tu parais peu à ma vue, quand je te regarde par cet endroit. Ouvrons les yeux à cette lumière ; laissons, laissons réjouir le monde, et ne lui envions pas sa prospérité. Elle passe, et le monde passe ; elle fleurit avec quelque honneur dans la confusion de ce siècle. Viendra le temps du discernement : « Vous la dissiperez, ô Seigneur, comme un songe de ceux qui s'éveillent; et, pour confondre vos ennemis, vous détruirez leur image en votre cité, in civitate tua imaginem [ipsorum ad nîhilum rédiges^ ^. » Qu'est-ce à dire, vous détruirez leur image? C'est à dire vous détruirez leur félicité, qui n'est pas une félicité véritable, mais une ombre fragile de félicité ; vous la briserez ainsi que du verre, et vous la briserez en votre cité, in civitate tua, c'est-à-dire devant vos élus, afin que l'arrogance des enfants des hommes demeure éternellement confondue.
Par conséquent, ô juste, ô fidèle, recherche uniquement les biens véritables que Dieu ne donne qu'à ses serviteurs ; apprends à mépriser les biens apparents, qui, bien loin de nous faire heureux, sont souvent un commencement de supplice. Oui, cette félicité des enfants du siècle, lorsqu'ils nagent dans les plaisirs illicites, que tout leur rit, que tout leur succède^, cette paix, ce repos c^ue nous admirons, qui, selon l'expression du Prophète, « fait sortir l'iniquité de leur graisse, prodiit quasi ex adipe [iniquita.s eorum «] ^, qui les enfle, qui les enivre jusqu'à leur faire oublier la mort : c'est un supplice, c'est une vengeance que Dieu conunence d'exercer sur eux. Cette impunité, c'est une peine qui les précipite au sens réprouvé, qui les livre aux désirs de leur cœur, leur amassant ainsi un trésor de haine dans ce jour d'indignation, de vengeance et de fureur éternelle. N'est-ce pas assez pour nous écrier avec l'incomparable Augustin : « Nihil est înfeJicius felicitate
1. Var. : 0 voies de Dieu bien 3. Ps. LXXII, 20. contraires aux voies des hommes 1 4. C'est-à-dire leur réussit.