‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 109 sur 397 · Ms. fr. 12822, f. 3-13. dévotion. Dix lignes interpolées · texte numérisé non relu

Ms. fr. 12822, f. 3-13. dévotion. Dix lignes interpolées

2. Édit. : des esprits célestes, nos Cf. p. 66, 67. gémissements font leiu- joie... de la

Que reste-t-il donc maintenant à faire, sinon de vous dire avec l'Apôtre : Nous, qui sommes morts au péché, pourrons-nous bien désormais y vivre ? nous, qui avons réjoui le ciel, pourrons-nous après cela réjouir l'enfer, et rendre inutile une pénitence qui a déjà pu porter ses fruits jusques dans la Jérusalem bienheureuse? Comprenez, pécheurs convertis, que vos larmes pénètrent le ciel, puisqu'elles y vont réjouir les anges : voyez combien les pleurs de la pénitence sont fructueux à ceux qui les versent, puisqu'ils le sont même aux intelligences célestes \ Et puisque ces sublimes esprits prennent tant de part à notre bonheur, et qu'ils veulent bien se joindre avec nous " par une société si étroite ; joignonsnous aussi avec eux, et disons tous ensemble, avec Gabriel, l'un de leurs bienlieureux compagnons : Ave, gratia plena.

Après que la grâce du saint baptême, nous ayant heureusement délivrés de la damnation du premier Adam, avait si abondamment répandu sur nous^ les bénédictions du nouveau ; après que cette seconde naissance, qui nous a ressuscites en Xotre-Seigneur, avait consacré pour toujours nos corps et nos âmes à une sainte nouveauté de vie, il fallait certainement. Chrétiens, que les hommes, régénérés par une si grande bonté de leur Créateur, honorassent la miséricorde divine en conservant soigneusement ses bienfaits, et gardassent éternellement l'innocence que le Saint-Esprit leur avait rendue. Car, puisque nous apprenons de l'Apôtre que cette eau salutaire et vivifiante qui nous a lavés au baptême, a détruit en nous le corps du péché, « pour nous exempter à jamais de sa servitude : Ut ultra non serciamus peccato ■* ; » y avait-il rien de plus nécessaire que de nous maintenir dans la liberté que le sang de Jésus-Christ nous avait acquise? et nous étant rengagés volontairement dans un si honteux esclavage après la sainteté du baptême, aurions-nous pas bien

1. Edit. : Entendons dans notre TEvangile, mais de saint Paul, évangile quelle abondante satisfac- 2. Var. : se lier à nous,

tion... — Nouvelle interpolation, 3. Var. : avait répandu sur noue

d'autant plus maladroite que le si abondamment, texte du discours est tiré, non de 4. Eom., vi. 6.

justement mérité que Dieu punît notre ingratitude par une entière soustraction de ses grâces ?

Oui, sans doute, nous méritions, ayant violé le baptême, qu'on ne nous laissât plus aucune ressource ; mais cette bonté, qui n'a point de bornes, a traité plus favorablement la faiblesse humaine : elle a regardé d'un œil de pitié l'extrême fragilité de notre nature, et voyant que notre vie n'était autre chose qu'une continuelle tentation, elle a ouvert la porte de la pénitence, comme un second asile aux pécheurs, et une nouvelle espérance après le naufrage. Et encore que Dieu ait prévu que les hommes toujours ingrats abuseraient de la pénitence comme ils avaient fait du baptême, sa miséricorde ne s'est pas lassée ; Jésus-Christ, qui a voulu que la pénitence nous tînt lieu, en quelque sorte, d'un second baptême, a mis entre ces deux sacrements cette différence notable, que le premier, nous étant donné comme la nativité du fidèle, ne peut être reçu qu'une fois, parce qu'il n'y a qu'une naissance en esprit comme il n'y en a qu'une en la chair ; et qu'au contraire, le sacrement de la pénitence est mis entre les mains de l'Église comme une clef salutaire, par laquelle elle peut ouvrir le ciel aux pécheurs autant de fois qu'ils se convertissent. Je n'excepte rien, dit notre Sauveur : tout ce que vous pardonnerez sur la terre, leur sera remis devant Dieu ^ : pour nous faire voir par cette parole que son Père n'est jamais si inexorable qu'il ne puisse être apaisé par la pénitence. Voilà comme la miséricorde divine ne cesse jamais de bienfaire aux hommes ; mais, comme si notre malice avait entrepris d'abuser de tous ses bienfaits, nous tournons à notre ruine tout ce qu'on nous présente pour notre salut.

Qui ne voit par expérience que c'est la facilité du pardon qui nous endurcit dans le crime? Le remède de la pénitence, qui devait l'arracher jusqu'à la racine, ne sert qu'à le rendre plus audacieux par l'espérance de l'impunité. I>es rebelles enfants d'Adam ont cru qu'on leur prolongeait le temps de pécher, parce qu'on leur en donnait pour se repentir ; et par une insolence

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