‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 110 sur 397 · Miitth.. XVIII, 18: Joan., XX · texte numérisé non relu

Miitth.. XVIII, 18: Joan., XX

inouïe, nous sommes devenus plus méchants parce que Dieu s'est montré meilleur ^. Et afin que vous voyiez, Chrétiens, combien ce désordre est universel, permettezmoi d'appeler ici le témoignage de vos consciences. Je veux croire qu'il n'y a personne, en cette assemblée, que la grâce du jubilé, que l'exemple de la dévotion publique et la sainteté de ces derniers jours n'ait invité à la pénitence; et je vous considère aujourd'hui comme des hommes renouvelés par le Saint-Esprit. Dans cet heureux état où vous êtes, si quelqu'un vous disait de la part de Dieu, avec une autorité infaillible, que, si vous perdez une fois la grâce, en retombant dans les mêmes crimes que vous avez lavés par vos larmes, il n'y a plus pour vous aucune espérance, que le ciel vous sera fermé pour toujours, et que la miséricorde divine sera éternellement sourde à vos prières ; seriez-vous si ennemis de vous-mêmes que de vous précipiter volontairement dans une damnation assurée? Les plus déterminés trembleraient-ils pas, voyant leur perte si inévitable? Si donc nous retournons aux péchés que nous avons expiés par la pénitence (et qui n'y retournera pas?), c'est que l'espérance du pardon nous aura flattés, et que nous aurons présumé, comme des enfants libertins, de l'indulgence de notre Père, que nous avons tant de fois expérimentée. De sorte qu'il n'est rien de plus véritable que la cause la plus générale de tous nos péchés, c'est que nous n'avons jamais bien compris ce que je me propose aujourd'hui de vous faire entendre, que rien au monde n'est tant à craindre que de ne point profiter de la pénitence, et de déchoir, par de nouveaux crimes, de la grâce qu'elle nous avait obtenue.

Pour prouver solidement cette vérité, je remarque trois qualités dans la pénitence : c'est une réconciliation de l'homme avec Dieu, c'est un remède, c'est un sacrement. La pénitence nous réconcilie : de là vient que l'Apôtre dit : Je vous conjure au nom de Jésus, réconciliez-vous avec Dieu^. La pénitence est un remède pour nos maladies ; c'est ce qui fait dire au Sauveiu- des âmes :

1. Ce qui précède sera repri.spour 16G0. sur les Eechutes. l'avant-propos du sermon du III" 2. II Cor., v. 20.

dimanche de Carême, 29 février

Sermons de Bassuet. — IL 12

Je vous ai rendu la santé ; allez maintenant, et ne péchez plus ^. La pénitence est un sacrement ; et Jésus -Christ nous l'enseigne assez ^, lorsqu'il parle ainsi aux apôtres: Recevez le Saint-Esprit, leur dit-il ; ceux dont vous [remettrez^ les péchés, ils leur seront remis^. Par où nous voyons clairement que l'Esprit qui purge les péchés des hommes doit être communiqué aux fidèles par le ministère des saints apôtres ; et c'est ce que nous appelons sacrement, quand un ministère visible opère intérieurement le salut des âmes.

Mais, pour mieux comprendre ces trois qualités et la connexion qu'elles ont entre elles, concevez premièrement trois désordres que le péché produit dans les hommes. Le jDremier de tous les désordres, et qui est la source de tous les autres, c'est de les séparer de leur Créateur, et de rompre le nœud sacré de la société bienheureuse que Dieu avait voulu lier avec nous'^. Ce sont, nous dit-il, vos péchés qui ont mis la division entre vous et moi''. Et de là naît un second malheur : c'est que, l'âme étant séparée de Dieu, et ne buvant plus à cette fontaine de vie, qui seule est capable de la soutenir, aussitôt ses forces défaillent, elle est accablée de langueurs mortelles ; et c'est ce que ressentait le divin Psalmiste, lorsqu'il criait à Dieu du fond de son cœur : Mes forces, 6 mon Dieu, m^ont abandonné, la lumière de mes yeux n'est plus avec moi ^ ; guérissez-moi bientôt, ô Seigneur, parce que j'ai péché contre vous '. Mais le péché n'est pas seulement une maladie, c'est encore une profanation de nos âmes ; et la raison en est évidente : car, comiîie l'union avec Dieu les sanctifiait par une espèce de consécration, le péché au contraire les rend profanées. C'est une lèpre spirituelle, qui non seulement affaiblit les hommes par la maladie, mais les met au rang des choses immondes : et ce sont les trois maux que fait le péché. Il sépare premièrement l'âme d'avec Dieu, et, par cette funeste séparation, de saine elle devient languissante, et de sainte elle devient profanée.

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