Matth., XII
nouveaux péchés ; c'est un germe que le péché laisse, par lequel il espère revivre bientôt ; c'est un reste de racine qui fera bientôt repousser cette mauvaise herbe. Il paraît donc manifestement que le péché a une double malignité ; qu'il a de la malignité en lui-même, et qu'il en a aussi dans ses suites. Contre cette double malignité, ne fallait-il pas aussi, Chrétiens, que le remède de la pénitence reçût une double vertu ? Il fallait qu'elle effaçât le péché, il fallait qu'elle s'opposât à ses suites; qu'elle fût un remède pour le passé et une précaution pour l'avenir. Si nous sommes morts au péché, c'est pour n'y plus vivre; si l'on détruit en nous le corps du péché ^, c'est afin que nous ne retombions plus dans la servitude. Ainsi la pénitence doit guérir le mal ; mais elle le doit aussi prévenir.
Telle est la nature de ce remède, telles sont ses deux qualités, toutes deux également saintes, toutes deux également nécessaires. Il ne te sert de rien de le recevoir dans la première de ses qualités, si tu le violes dans la seconde. En effet, que penses-tu faire? tu es soigneux de laver tes péchés passés, et après tu te relâches et tu te reposes, tu négliges de prévenir les maux à venir. La pénitence se plaint de toi : J'ai, dit-elle, deux qualités ; je guéris et je préserve, je nettoie et je fortifie; je suis également établie, et pour ôter les péchés que tu as commis, et pour empêcher ceux qui pourraient naître. Tu m'honores en qualité de remède, tu me méprise[s] en qualité de préservatif ; ces deux fonctions sont inséparables : pour quelle raison me divises-tu ? Ou prendsmoi toute, ou , laisse-moi toute. Que répondrez-vous. Chrétiens? d'où vient que vous vous préparez à vous confesser? D'où vient que vous examinez votre conscience? d'où vient que vous faites effort pour vous exciter à la contrition? Ha! dites-vous, je ne veux point faire un sacrilège empêcliant ^ l'effet de la pénitence. C'est une fort bonne pensée : mais songez-vous que la pénitence a deux qualités? Vous croyez faire un sacrilège si vous empêchez son effet dans la vertu qu'elle a d'effacer les crimes ; pensez-vous que l'irrévérence soit