Matth., xxin. ^^2. 2. Joan.. viii
ayant mis à bout sa miséricorde, nous tomberons inévitablement dans les mains de sa rigoureuse justice !
Prévenons, Fidèles, un si grand malheur: c'est pour cela que Dieu nous envoie cette grâce extraordinaire du saint jubilé, afm que nous rentrions en nous-mêmes. Si nous ajoutons le mépris d'une telle grâce à celui de tous ses autres bienfaits, Dieu s'irritera d'autant plus que la libéralité méprisée aura été plus considérable. Sa haine s'allumera avec plus d'aigreur, si nous rompons le sacré lien de cette réconciliation solennelle ; nos mauvaises inclinations reprendront de nouvelles forces, après qu'elles auront résisté à un remède si efficace ; nos cœurs s'endurciront davantage, si cette grâce extraordinaire ne les amollit ; et il vengera d'autant plus rigoureusement la sainteté de ses sacrements profanés, après qu'il aura voulu les accompagner d'une rémission si imiverselle.
Corrigeons donc enfin notre vie passée ; recevons le remède de la pénitence dans l'une et dans l'autre de ses qualités : qu'elle efface les fautes passées, qu'elle prévienne les maux à venir. Recevons-la comme un remède qui purge et comme un préservatif qui prévient. La disposition pour la recevoir comme remède des péchés pas [ses], c'est une véritable douleur de les avoir commis ; la disposition pour la recevoir en qualité de précaution, c'est une crainte filiale d'y retourner, et une fuite des occasions dans lesquelles nous savons par expérience que notre intégrité a déjà tant de fois fait naufrage. Renouvelons-nous si bien dans la vie présente que nous allions jouir avec Dieu de ce grand et éternel renouvellement qu'il a prédestiné à ses serviteurs pour la gloire de la grâce de Jésus-Christ, son Fils bien-aimé, qui, avec lui et le Saint-Esprit, vit et règne aux siècles des siècles. Amen.
Sermons de Bossuet. — II.