‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 134 sur 397 · S. Aug., de hoiu) VvL. u · texte numérisé non relu

S. Aug., de hoiu) VvL. u

ministres de cette mystéï'ieuse génération des enfants de la nouvelle alliance. C'est notre honneur, mais c'est notre crainte : l'une et l'autre génération demande une pureté angélique; l'une et l'autre produit le Fils de Dieu. Notre mauvaise vie n'empêche pas que la grâce ne passe par nos mains au peuple fidèle. Les mystères que nous traitons sont si saints, qu'ils ne peuvent perdre leur vertu, même dans des mains sacrilèges ; mais la condamnation demeure sur noxis. Comme celui qui viole le sacré baptême, quoi qu'il fasse, il ne le peut perdre : ce caractère, imprimé par le Saint-Esprit, ne peut être effacé par les mains des hommes : « il pare le soldat et convainc le déserteur : Ornât militem, convincit desertorem ^ » : ainsi les mystères que nous traitons ne perdent pas leur force dans les mains des prêtres, quoique ces mains soient souvent impures. Mais, comme des mystères profanés portent toujours quelque malédiction avec eux, n'étant pas juste qu'elle passe au peuple, elle s'accumule sur le ministre, comme la paix retourne à nous, quand on ne la reçoit pas". Autant qu'il est en nous, nous les maudissons, autant qu'il est en nous, nous leur donnons des mystères vides de grâces, mais des mystères pleins de malédictions, parce que nous les leur donnons profanés.

Évitons cette condamnation, donnons au Saint-Esprit des organes purs ; ne contraignons point cet Esprit sacré de se servir de mains sacrilèges : autrement, il se vengera. Il se servira de nous, puisqu'il l'a dit, pour la sanctification des autres, tout indignes que nous soyons d'un tel ministère ; mais autant de bénédictions que nous donnerons sur le peuple, [autant] de malédictions contre nous. Imitons la pureté de Marie, qui nous représente si bien celle de l'Église, dont nous avons l'honneur d'être les ministres.

Second Point.

Il me reste maintenant à vous proposer la partie la plus mystérieuse de notre évangile. Vous avez déjà vu que la Loi est figurée dans Elisabeth, l'Église chrétienne

1. s. Aug., in Pu. XXXIX, n. 1. 2. Matth.. X, 13 : Luc, x, (j.

en la sainte Vierge ; il faut maintenant qu'elles se rencontrent. Déjà vous voyez qu'elles sont cousines, pour montrer que la loi ancienne et la loi nouvelle se touchent de près, qu'elles sont parentes, qu'elles viennent toutes deux de race céleste. Mais ce n'est pas assez qu'elles soient parentes, il faut encore qu'elles s'embrassent : et quand Jésus a accompli les prophéties, c^uand il a été immolé, en lui la loi ancienne et la loi nouvelle ne se sont-elles pas embrassées? Et voyez cela très clairement en la personne de saint Jean-Baptiste. Saint Jean, dit saint Augustin, est comme le point du jour, qui n'est ni la nuit ni le jour, mais qui fait la liaison de l'un et de l'autre ^. Il joint la Synagogue à l'Église ; il est comme l'envoyé de la Synagogue à Jésus, afin de reconnaître le Libérateur. Il est aussi l'envoyé de Dieu, pour montrer Jésus à la Synagogue. Jésus a tendu les mains à Jean, quand il a reçu son baptême ; Jean a tendu les mains à Jésus, quand il a dit : ce Ecce Agnv» Dei' : Voilà l'Agneau de Dieu. » C'est pourquoi Jésus vient à Jean, et Marie à Elisabeth. Il prévient : le propre de la grâce est de prévenir.

La grâce ne nous est pas donnée à cause que nous avons fait des bonnes œuvres, mais afin que nous les fassions ; elle est tellement accordée à nos bons désirs, qu'elle prévient même nos bons désirs. La grâce s'étend dans toute la vie ; et, dans tout le cours de la vie, elle est toujours grâce. Le bon usage de la grâce en attire d'autres; mais ce ne laisse pas d'être toujours grâce : gratiam pro gratia^. Ce ruisseau retient toujours dans son cours le beau nom qu'il a pris dans son origine : ce Ipsa gratia vieretur augeri, ut aucta mercatur perfici*. La grâce mérite d'être augmentée, pour qu'elle mérite ensuite d'être perfectionnée''. » Mais jamais elle ne se montre mieux ce qu'elle est, c'est-à-dire grâce, que lorsqu'elle vient à nous sans être appelée : c'est

1. Jn Juan., tract, xiv. — /« X/i- tnuliictioii et les auti-er^ (ja^on lira. tai Juan. Bapt.. Senn. ccxc. dans la suite soient de la main de

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