‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 141 sur 397 · Ps. Li, 0. ciition de sa volonté principale, qui · texte numérisé non relu

Ps. Li, 0. ciition de sa volonté principale, qui

■J. Var. : empêche lui-même l'exé- est d'être heureux.

La fausse liberté, c'est de vouloir faire sa volonté propre ; mais notre liberté véritable, c'est que notre volonté soit soumise à Dieu : car, puisque nous sommes nés sous la sujétion de Dieu, notre liberté n'est pas une indépendance. Cette affectation de l'indépendance, c'est la liberté de Satan et de ses rebelles complices, qui ont voulu s'élever eux-mêmes contre l'autorité souveraine, lyoin de nous une liberté si funeste, qui a précipité ces esprits superbes dans une servitude éternelle ! Pour nous, songeons tellement que nous sommes libres, que nous n'oubliions pas que nous sommes des créatures, et des créatures raisonnables, que Dieu a faites à sa ressemblance. Puisque notre liberté est la liberté d'une créature, il faut nécessairement qu'elle soit soumise, et qu'il y ait de la servitude mêlée. Mais il y a une servitude honteuse, qui est la destruction de la liberté ; et une servitude honorable, qui en est la perfection. S'abaisser au-dessous de sa dignité naturelle, c'est une servitude honteuse : c'est ainsi que font les pécheurs ; c'est pourquoi ils ne sont pas libres. S'abaisser au-dessous de Celui-là seul qui est seul naturellement souverain, c'est une servitude honorable, qui est digne d'un homme libre, et qui fait l'accomplissement de la liberté. En est-on moins libre, pour obéir à la raison et à la Raison souveraine, c'est-à-dire à Dieu? N'est-ce pas, au contraire, une dépendance vraiment heureuse, qui, nous assujettissant à Dieu seul, nous rend maîtres de nousmêmes et de toutes choses?

C'est ainsi que le Sauveur voulut être libre : il était libre certainement, car il était Fils et non pas esclave ; mais il mit l'usage de sa liberté à être obéissant à son Père. Comme c'est la liberté qu'il a recherchée, c'est aussi celle qu'il nous a promise : Votis serez, dit-il, vraiment libres, quand le Fils vous aura délivrés ; vous aurez une liberté véritable, quand le FiJs vous l'aura donnée. Et quelle liberté vous donnera-t-il, sinon celle qu'il a voulu [e] pour lui-même? c'est-à-dire d'être dépendant de Dieu seul, dont il est si doux de dépendre, et le service duquel ^ vaut mieux qu'un royaume ; parce

1. Syntaxe tombée en désuétude. On dirait aujourd'hui : et dont le service..

d'une postulante bernardine. 221

que cette même soumission, qui nous met au-dessous de Dieu, nous met en même temps au-dessus de tout. C'est pourquoi je ne puis m 'empêcher, ma Sœur, de louer votre résolution généreuse, en ce que vous avez voulu être libre, non point à la mode du monde, mais à la mode du Sauveur des âmes ; non de la liberté dangereuse que l'esprit de l'homme se donne à lui-même, mais de celle que Jésus promet à ses serviteurs.

I-,es enfants du siècle croient être libres, parce qu'ils errent deçà et delà dans le monde, éternellement travaillés de soins sui)erflus, et ils appellent leur égarement une liberté ; à peu près comme des [p. 7] enfants qui se pensent libres, lorsque, échappés de la maison paternelle, ils courent sans savoir où ils vont : telle est la liberté des pécheurs.

C'est vous, c'est vous, Mesdames, qui jouissez d'une liberté véritable, parce que vous ne vous contraignez que pour servir Dieu. Et qu'on ne pense pas que cette contrainte diminue tant soit peu votre liberté ; au contraire, c'en est la perfection. Car d'où vient que vous vous mettez dans cette salutaire contrainte, sinon pour vous imposer à vous-mêmes une heureuse nécessité de ne pécher pas? Et cette sainte nécessité de ne pécher pas, n'est-ce pas la liberté véritable? Ne croyons pas, mes Sœurs, que ce soit une liberté de pouvoir pécher ; ou, s'il y a de la liberté à pouvoir pécher, disons avec saint Augustin que c'est une liberté égarée, une liberté qui se perd. La première liberté, dit saint Augustin \ c'est de pouvoir ne pécher pas : la seconde et la plus parfaite, c'est de ne pouvoir plus pécher. C'est la liberté des saints anges et de toute la société des élus, que la félicité éternelle met dans la nécessité de ne pécher plus; c'est la liberté de la céleste Jérusalem. Cette nécessité, c'est leur béatitude, et jamais nous ne serons plus. libres que quand nous ne pourrons plus servir au péché. C'est la liberté de Dieu même, qui peut tout, et ne peut pécher. C'est à cette liberté qu'on tend dans les cloîtres, lorsque, par tant de saintes contrain-

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