‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 144 sur 397 · Vit. S. Bernard., lib. I. cap. JII, manuscrit, n. G · texte numérisé non relu

Vit. S. Bernard., lib. I. cap. JII, manuscrit, n. G

rement dégoûté de son pain d'avoine et de ses légumes, il attendait que la faim les rendît aucunement ^ supportables. Il couchait sur la dure ; mais il y attirait le sommeil par la psalmodie de la nuit et par l'ouvrage de la journée : de sorte que, dans cet homme, les fonctions même naturelles étaient causées, non tant par la nature que par la vertu".

Quel homme plus libre que saint Bernard? Il n'a point [p. 9] de passions à contenter, il n'a point de fantaisie à satisfaire, et il n'a besoin que de Dieu, Les gens du monde, au lieu de modérer leurs convoitises, sont contraints de servir à celles d 'autrui. Saint Augustin, parlant à un grand seigneur : Qui dcbuistl refrenare^ cupiditates tuas, explere cogeris aliénas *... C'est à cette liberté que vous aspirez, c'est l'héritage que saint Bernard a laissé à toutes les maisons de son ordre.

[Troisième Point]

Mais voyez l'aveuglement du monde : comme si nous n'étions pas encore assez captifs par le péché et les convoitises, il s'est fait lui-même d'autres servitudes. Il a fait des lois, comme pour imiter Jésus-Christ, mais plutôt pour le contredire : Il ne faut pas souffrir les injures, on vous mépriserait; il faut avoir de l'honneur dans le monde, il faut se rendre nécessaire, il faut vivre pour le public et pour les affaires : Imperio reique vivendum c.sf *. A votre sexe, le temps de se parer, les visites, c'est une loi. La bienséance, une loi qui nous ôte tout le temps, qui fait qu'il se perd véritablement. Tout le temps se perd auquel on n'attache rien de plus immobile que lui ^. Le temps, précieux parce qu'il aboutit à l'éternité, on ne demande qu'à le passer : à peine avons-nous un moment à nous ; et celui que nous avons,

I. Edit. : (( iiu jieu siippoitiibles. ^) 4. Ad Boni/.. Ep. l'cxx, n. (i.

"2. On reconnaît dans le paragra- .'). Tertull., de Pallio, n. ï>.

phe qui précède un emprunt au 6. Tout ce passage avait été re-

Panégyrique de saint Bernard [XGh'à). manié par les éditeurs. Le rajeunis-

II est remarquable que les éditeurs sèment imaginé dans cette dernière

ont conservé ici quelques exprès- phrase est un vrai contresens : « et

sions qu'ils avaient retranchées dans on n'y attache...» On n'avait pas

ce panégyrique. (Cf. t. I. p. 407.) compris l'inversion.

.'!. Ms. : frenare.

d'une postulante berx.uîdine. 225

il semble qu'il soit dérobé. Cependant la mort vient avant que nous puissions a^ oir appris à vivre ; et alors que nous servira d'avoir mené une vie publique, puisque enfin il nous faudra faire une fin privée? — Mais que dira le monde ? — Eh ! pourquoi voulons-nous vivre pour les autres, puisque nous devons enfin mourir pour nous-mêmes? Nemo alii^ vivit, moiitunis sibi'.

Que si le monde a ses contraintes, que je vous estime [lieureusej, ma très chère Sœur, ciui, estimant trop votre liberté pour la soumettre aux lois de la terre, professez hautement de ne vouloir vous captiver que pour l'amour de celui qui, étant le maître de toutes choses, s'est rendu esclave pour l'amour de nous, afin de nous exempter de la servitude ! C'est dans cette voie étroite que l'âme est dilatée par le Saint-Esprit, pour recevoir l'abondance des grâces divines. Déposez donc, ma très chère Sœur, cet habit, cette vaine pompe et toute cette servitude du siècle : vous êtes libre à Jésus- Christ, son sang vous a mise en liberté : Ne vous rendez point esclaves'^ des Jiommcs'^.

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