Édit. : la nature, cette bonne
quoi chacun s'empresse à lui rendre des hommages qu'il ne comprend pas. S'il paraît dans la natui-e quelque changement ou quelque prodige, on en tire incontinent des augures de sa bonne fortune ; comme si cette grande machine ne remuait que pour cet enfant ! Comme le temps présent ne lui est point favorable, jiarce qu'il ne lui donne lien qui le distingue de ceux de son âge, il faut consulter l'avenir et avoir recours nécessairement ù la science des pronostics. C'est ici que les astrologues, mêlant dans leurs vaines spéculations la curiosité et la flatterie, leur font des promesses liardies, dont ils donnent pour cautions des influences cachées. C'est dans ce même dessein que les orateurs tâchent de faire valoir l'art des conjectures; et ainsi l'ambition humaine ne pouvant se contenir dans cette simple modestie que la nature tâche de nous inspirer, elle s'enfle et se repaît de doutes et d'espérances.
Grâces à la miséricorde divine, nous sommes appelés aujourd'hui à la naissance d'une princesse qui ne demande point ces vains ornements. Gardons-nous bien, mes Sœurs, de célébrer sa nativité avec ces recherches téméraires dont les hommes se servent en de pareilles rencontres ; mais ])lutôt considérant que celle dont nous parlons est la mère du Sauveur Jésus, apprenons de son Ëvangile de quelle manière il désire que nous solennisions la naissance de ses élus, I^es parents de saint Jeanliaptiste nous en donnent un bel exemple : ils ne pénètrent pas les secrets de l'avenir avec une curiosité trop précipitée ; toutefois, adorant en eux-mêmes les conseils de la Providence, ils ne laissent pas de s'enquérir modestement entre eux quel sera un jour cet enfant : Qtiis, putas, puer iste crit ? Je me propose de faire aujourd'hui pour la mère de notre Maître, ce que je vois pratiqué pour son précurseur.
Ames saintes et religieuses, qui voyez cette incomparable princesse faire son entrée en ce monde, quel pensez-vous que sera cet enfant? Qiiis, putas, j^ucr iste crit ? Que me répondrez-vous à cette question, et moimême, que répondrai-je? Tirons la réponse du saint évangile que nous avons lu ce matin, dans la célébration
des divins mystères: De qua natus est*Jcsiis\ Viendra, viendra le temps, que Jésus, la Sagesse du Père, et Tunique Rédempteur de nos âmes", se revêtira d'une chair humaine dans les entrailles de cette fille" dont nousi honorons la naissance. C'est par cet éloge, mes Sœurs, f|u"il nous faut estimer sa «grandeur, et juger avec certitude quel sera un jour cet enfant. La Nativité de la sainte Vierge nous fait voir le temple vivant où se reposera le Dieu des armées lorsqu'il viendra visiter son peuple ; elle nous fait voir le commencement de ce grand et bienheureux jour que Jésus doit bientôt faire luire au monde. Nous aurons bientôt le salut, jmisque nous voyons déjà sur la terre celle fjui floit y attirer le Sauveur. La malédiction de notre nature connnence à se changer aujourd'hui en bénédiction et en grâce, puisque de la race d'Adam, qui était si justement condamnée, naît la bienheureuse Alarie, c'est-à-dire celle de toutes les créatures qui est tout ensemble la plus chère à Dieu et la plus libérale aux hommes ; ,cai- la grandeur de la sainte Vierge est une grandeur bienfaisante, une grandeur qui se commvmique et qui se i-épand ; et la suite de ce discours vous fera paraître que sa dignité de mère de Dieu la rend aussi mère des fidèles : de sorte qu'il n'y a rien, âmes chrétiennes, que nous ne puissions' justement attendre de la protection de cette princesse que le Ciel nous donne aujourd'hui pour être, après le Sauveur Jésus, le plus ferme appui de notre espérance; et c'est ce que je me propose de vous faire entendre par ce raisonnement invincible, dont les deux propositions principales feront le partage de ce discours. Afin qu'une personne soit en état de nous soulager par son assistance près de la majesté divine, il est absolument nécessaire que sa grandeur l'approche de Dieu, et que sa bonté l'approche de nous. Si sa grandeur ne l'approche de Dieu, elle ne pourra puiser dans la source où toutes les grâces sont renfermées ; si sa bonté ne l'a])proche de nous, nous n'aurons aucun bien par son influence. La grandeur est la main qui puise ; la Ijonté, la