‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 151 sur 397 · Bossuet écrit toujours à cette li. Marc, xiv, oo · texte numérisé non relu

Bossuet écrit toujours à cette li. Marc, xiv, oo

é])oqiie : hureux, et non heiirenx. 4. Luc. XXH. 44.

■1. Hebr.. il. IC. 17.

puisque cet amour filial était raccomplissement nécessaire de sa bienheureuse Incarnation ' ?

Et ne me dites pas que ce grand amour étant une suite de l'Incarnation, le Fils de Dieu n'a pu en être touché qu'après s'être revêtu d'une chair humaine. Car, ■ pour vous découvrir les secrets conseils de la providence divine en faveur de l'incomparable Marie, remarquez une belle doctrine de Tertullien, au II livre contre Marcion. C'est là que ce grand homme enseigne aux fidèles que, depuis que le Fils de Dieu eut résolu de s'unir à notre nature, dès lors il a pris plaisir de converser avec les hommes et de prendre les sentiments humains. C'est pour cela, dit Tertullien, qu'il est souvent descendu du ciel, et que, dès l'Ancien Testament, il parlait en forme humaine aux patriarches et aux prophètes. Il considère ces apparitions différentes comme des préparatifs de l'Incarnation ; de cette sorte, dit-il, il s'accoutumait et il apprenait, pour ainsi dire, à être homme : « il se plaisait d'exercer, dès l'origine du monde, ce qu'il devait être enfin dans la plénitude des temps : Ediscens jani inde a primàrdio ^ hotninem, qiiod erat fiitiirus in fine '\ »

Et si, dès l'origine du monde, avant qu'il eût pris une chair humaine, il se plaisait déjà de se revêtir de la forme et des sentiments humains, tant il était passionné pour notre nature, ne croyons pas, mes Sœurs, qu'il ait attendu sa venue au monde, pour prendre des sentiments de fils pour Marie. Dès le premier joui' qu'elle naît au monde, il la regarde comme sa mère, parce qu'elle l'est en effet, selon l'ordre des décrets divins. Il regarde en elle ce sang dont sa chair doit être formée, et il le considère déjà comme sien ; il s'en met, pour ainsi dire, en possession en le consacrant par son Esprit- Saint : ainsi son alliance avec Marie commence à la nativité de cette princesse, et avec l'alliance l'amour, et avec l'amour la munificence. Car, mes Sœurs, il est impossible qu'un Dieu aime et ne donne pas; et le' commencement de ce discours vous a fait connaître que

1. Xote ïnterlhicaire. (jii'ou. lie vrage de toute-puissance, a) (Idée à

peut introduire dans le texte, sans dévelojjper.)

rompre l'enchaînement des pensées : 2. Bossuet a répété ici les mots

(( Le mystère de l'Incarnation et jam inde.

tout ce qui le rej^arde est un ou- 3. Adr. Munion.. lib. ir. n. 27.

rien n'est plus libéral que l'amour de Dieu, et que c'est lui qui ouvre le trésor des grâces. Combien donc illustre, combien glorieuse est votre sainte nativité, ô divine, ô très admirable Marie ! quelle abondance de dons célestes est aujourd'hui répandue sur vous! Il me semble que je vois les anges qui contemplent avec respect le palais qui est déjà marqué pour leiu- maître par un caractère divin que le Saint-Esprit y imprime. Mais je vois le Fils de Dieu, le Verbe éternel, qui vient luimême consacrer son temple et l'enrichir de trésors célestes, avec une profusion qui n'a point de bornes : parce qu'il veut, ô bénit enfant dans lequel noti'e bénédiction prend son origine ! il veut que vous naissiez digne de lui, et qu'il vous serve d'avoir un fils qui soit l'auteur de votre naissance. Quel esprit ne se perdrait pas dans la contemplation de tant de merveilles ! quelle conception assez relevée pourrait égaler cet honneur, cette majesté de mère de Dieu !

Mais pouviez-vous croire, mes Sœurs, que tous les fidèles peuvent prendre part à la gloire d'un si beau titre? Nous pouvons participer en quelque façon à la dignité de mère de Dieu. Rejetons loin de nous les discours humains, les raisonnements naturels ; écoutons parler Jésus-Christ lui-même : Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux deux, celui-là est mon frère, ma sœur et ma mère ^ ; c'est-à-dire, ô divin Sauveur, que vous ne reconnaissez aucune alliance qui vous soit plus considérable que celle qui est établie par l'oliéissance à la volonté du Père céleste : c'est là ce qui approche les hommes de vous. Il dépend de toi, ô Fidèle, il dépend de toi de choisir à quel titre tu appartiendras " au Sauveur des âmes. Jésus-Christ nous aime si fort qu'il ne refuse avec nous aucun titre d'affinité ni aucun degré d'alliance : fais la volonté de son Père, et tu peux lui être ce que tu voudras. Si le titre de frère te plaît, Jésus-Christ te l'offre : si tu admire [s] la dignité de s<i mère, toute grande, tout éminente qu'elle est, il ne t'exclut pas même d"un si grand honneur : Ille meus frater, et soror et nuiter est. Tu peux participer en

1. Matth.. XII. .")0. •-'. Var. : de (jnelle sorte tu seras uni.

quelque façon à l'amour qu'il a pour sa mère : Omnia vestra sunt ^ : Marie est à nous ; tout est à nous, puisque Jésus-Christ même est à nous. O mes Sœurs, que nous sommes riches ! Mais à ces richesses spirituelles nous voulons joindre l'amour des biens de la terre, et nous faisons évanouir les trésors céles-tes " !

Mais écoute la loi qu'il t'impose : pour être élevé à de si beaux titres, il ne faut pas faire notre volonté, mais la volonté du Père céleste. Puisque le nœud de celte alliance, c'est de faire la volonté de son Père, celui qui fait sa volonté propre, il n'est rien au Sauveur Jésus. Faisons la volonté de son Père, et nous toucherons de près à Jésus. Or la volonté de son Père est que nous ne nous plaisions point à nous-mêmes : car « Jésus n'a point cherché sa volonté propre; Christus non sibi placuif ^ ; » mais il l'a soumise à son Père, obéissant jusques à ia mort. Marie n'a point cherché sa volonté propre ; mais, contre son inclination naturelle, elle a offert à la croix son Fils bien-aimé. Elle n'a pas été menée au Thabor ix)ur }■ voir la gloire de son cher Jésus ; mais elle a été conduite au Calvaire pour y voir son ignominie, et lîi sacrifier sa volonté propre à la volonté du Père éternel. Sacrifions la nôtre, mes Sœurs, n'écoutons jamais nos désirs ; écoutons la voix de l'obéissance, et alors Marie sera notre mère : c'est notre seconde partie, par laquelle j'achèverai ce discours. C'est assez arrêter ^ les yeux sur cette haute dignité de mère de Dieu ; je me sens ébloui d'un si grand éclat, et je suis contraint de baisser la vue. Mais de même que nos faibles yeux, éblouis de la clarté du soleil dans l'ardeur de son midi, l'attendent quelquefois pour le regarder plus à. leur aise lorsqu'il penche sur son couchant, dans lequel il semble à nos sens qu'il descende plus près de la terre ; ainsi étant étonné, ô Vierge admirable, d'avoir osé vous considérer "^ dans la qualité éminente de mère

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