Edit.: i( que Charhas mciter ef/.t) n
tout ce qui naît pour Jésus naît aussi pour nous. Voyons naître pour nous, avec cette ^ ierge, une source de charité qui ne tarit point, une source toujours vive, toujours abondante. Buvons à cette source, mes Sœurs; jouissons de cet amour maternel : il est plein de douceur, mais ce n'est pas d'une douceur molle.
Que ' nos esprits ne s'arrêtent pas à une vaine spéculation ; méditons ce qu'exige de nous la maternité de Marie, et de quelle sorte nous devons vivre pour être véritablement ses enfants. Ceux qui sont ses véritables enfants ne sont pas ces chrétiens délicats qui ne peuvent souffrir les afflictions, et qui tremblent au seul nom de la pénitence. O Marie ! ce ne sont pas là vos enfants : vous les voulez plus forts et plus généreux ; et ces forts et ces généreux, vous les trouvez aux pieds de la croix. Appuyons par l'Écriture divine cette vérité importante, et posons pour premier principe que les fidèles sont à Marie, en tant que Jésus-Christ les lui a donnés ; parce qu'étant achetés au prix de son sang, il n'y a que lui seul qui peut nous" donner. Or, recherchant dans son Évangile où Jésus nous a donnés à Marie, je trouve qu'il nous a donnés étant sur la croix. Où est-ce qu'il a dit à son cher disciple : O disciple, voilà votre mère ^f Où est-ce qu'il a dit à !Marie : O femme, voilà votre fils? N'est-ce pas du haut de la croix? C'est là donc qu'en la pyersonne de son bien-aimé, il donne tous les fidèles à sa sainte mère ; c'est là que nous devenons ses enfants.
Et d'où vient que notre Sauveur a voulu attendre cette heure dernière pour nous donner à Marie comme ses enfants? En voici la véritable raison : c'est qu'il veut lui donner pour nous des entrailles et un cœur de mère. Et comment cela? direz-vous. Admirez, mes Soeurs, le secret de Dieu : Marie était aux pieds de la croix ; elle voyait ce cher Fils tout couvert de plaies, étendant ses bras à un peuple incrédule et impitoyable ^ ; son sang qui débordait de tous côtés par ses veines
1. La phrase précédente étant une déré comme une simple variante,
addition interlinéaire, destinée à 2. Nous est ici régime direct,
faire une transition, le mot Maif, 3. Joau., xix, 27.
qui commençait celle-ci, et que con- 4. Rom., X, 21. servent les éditeurs, doit être consi-
cruellement déchirées : qui pourrait vous dire quelle était l'émotion du sang maternel? Ha! jamais elle ne sentit mieux qu'elle était mère : toutes les souffrances de son Fils le lui faisaient sentir au vif. Que fera ici le Sauveur? Vous allez voir, mes Sœurs, qu'il sait parfaitement le secret d'émouvoir les affections.
Quand l'âme est une f [ois] prévenue de quelque passion violente, elle reçoit aisément les mêmes impressions pour tous les autres qui se présentent. Par exemple, vous êtes possédé d'un mouvement de colère ; il sera difficile que ceux (jui approchent de vous n'en ressentent quelques effets : et de là vient que, dans les séditions populaires, un homme qui saura ménager avec art les esprits de la populace irritée, lui fera aisément tourner sa fureur contre ceux auxquels on pensait le moins. Il en est de même des autres passions; parce que Tâme étant déjà excitée, il ne reste plus f[u'à l'appliquer sur d'autres objets : à quoi son propre mouvement la rend extrêmement disposée. C'est pourquoi le Sauveur Jésus, qui voulait que sa mère fût aussi la nôtre, afin d'être notre frère en toute façon, considérant du haut de sa croix combien son âme était attendrie, comme si c'eût été là qu'il l'eût attendue, il prit son temps de lui dire, lui montrant saint Jean : O femiuc, voilà votre fils \ Ce sont " ses mots, et voici son sens : O femme affligée, à qui un amour infortuné fait éprouver maintenant jusque» où peut aller la tendresse et la compassion d'une mère ! cette même affection maternelle, qui se réveille si vivement en votre âme pour moi ', ayez-la pour Jean, mon disciple et mon bien-aimé ; ayez-la ix)ur tous mes fidèles, c^ue je vous reconmiande en sa personne, parce qu'ils sont tous mes disciples et mes bien-aimés. Ce sont ces paroles, mes Sœurs, qui imprimèrent au cœur de Marie une tendresse de mère poui- tous les fidèles, comme pour ses véritables enfants : car est -il rien de plus effi-