Var. : posées
en exemple, que la gloire du souverain y soit engagée. Nous devons le premier à la loi, le second au public, le troisième au prince. Nous devons, dis-je, ce respect à la loi, de ne reconnaître aucune dispense qu'en faveur des personnes extraordinaires ; nous devons cette satisfaction au public, de ne le faire point sans exemple ; nous devons au souverain, auteur de la loi, et surtout à un souverain tel que Dieu, des égards très particuliers \ Mais quand ces trois choses concourent ensemble, on peut raisonnablement attendre une grâce. Considéronsles en la sainte ^ ierge.
Dites-moi, qu'appréhendez-vous, vous qui craignez de faire une exception en faveur de la bienheureuse Marie? Ce que l'on craint ordinairement, c'est la conséquence. Examinons si elle est à craindre en cette rencontre". Je crois que vous prévenez déjà ma pensée, et que vous jugez bien qu'on ne la doit craindre qu'où il y peut avoir de l'égalité. Mais y a-t-il une autre mère de Dieu, y a-t-il une autre vierge féconde, sur laquelle on puisse étendre les prérogatives de l'incomparable Marie? Qui ne sait que cette maternité glorieuse, que cette alliance éternelle qu'elle a contractée avec Dieu, la met en un rang tout singulier, qui ne souffre aucune comparaison ? Et, dans une telle inégalité, quelle conséquence pouvons-nous craindre?
Voulez-vous que nous passions aux exemples? Toutefois ne crovez pas, Chrétiens, que j'espère trouver dans les autres saints des exemples de la grandeur de Marie. Car, puisqu'elle est toute extraordinaire, ce serait se tromper de chercher ailleurs des privilèges semblables aux siens. Mais d'où tirerons-nous donc les exemples en faveur de la dispense que nous proposons? Il les faut nécessairement prendre d'elle-même"' ; et voici quelle est ma pensée.
Je remarque dans [p. 7] les histoires que, lorsque les grâces des souverains ont commencé de j^rendre un certain cours, elles y coulent avec profusion ; les bienfaits
1. Yar. : de regarder les intérêts 3. Var. : Mais. Chrétiens, où prende sa gloire. drai-je donc les exemples que j'ai
2. Var. : Voyons quelle peut être promis? Il les faut nécessairement cette conséqiie'nce. tirer d'elle-même.
s'attirent les uns les autres, et se servent d'exemple réciproquement. Dieu même nous dit dans son Évangile: Habenti dabitur ^ : qu'il aime à « donner à ceux qui possèdent ; )> c'est-à-dire que, selon l'ordre de ses libéralités, une grâce ne va jamais seule et qu'elle est le gage de beaucoup d'autres. Appliquons ceci à la sainte Vierge'. Si^ nous reconnaissions, Chrétiens, qu'elle eût été assujettie aux ordres communs, nous pourrions croire peut-être qu'elle aurait été conçue en iniquités, ainsi que les autres hommes. Mais si nous y remarquons, au contraire, une dispense ^ presque générale de toutes les lois ; si nous y voyons, selon la foi catholique, ou selon le sentiment des docteurs les plus approuvés ; si, dis-je, nous y voyons un enfantement sans douleiu:, une chair sans fragilité, des sens sans rébellion, une vie sans tache, une mort sans peine; si son époux n'est que son gardien ; son mariage, un voile sacré qui couvre et protège sa virginité ; son Fils bien-aimé, une fleur que son intégrité a poussée : si, lorsqu'elle le conçut, la nature étonnée et confuse crut C|ue toutes ses lois allaient être à jamais abolies, si le Saint-Esprit tint sa place, et les délices de la virginité, celle qui est ordinairement occupée par la convoitise ; en un mot, si tout est singulier en Marie, qui pourra croire qu'il n'y ait rien eu de surnaturel en la conception de cette princesse, et que ce soit le seul endroit de sa vie qui ne soit marqué par aucun miracle? Et n'ai-je pas beaucoup de raison, après l'exemple de tant de lois dont elle a été dispensée, de juger de celle-ci jiar les autres? Ainsi l'excellence de la personne et l'autorité des exemples favorisent la dispense que nous proposons.
Mais je l'appuie, en troisième lieu, sur ce que la gloire du souverain, c'est-à-dire de Jésus-Christ même, y est visiblement engagée. Je pourrais [p. 8] rapporter ici