Cassiod., Variar.. lib. VIII
[p. 9] Mon Sauveur, permettez-moi de le dire, on doutera de la vertu de votre sang. Il est juste certainement que ce sang précieux du fils de la Vierge exerce sur elle toute sa vertu, pour honorer le lieu d'où il est sorti. Car remarquez, s'il vous plaît. Messieurs, ce que dit très éloquemment un ancien évêque de France, c'est le grand Eucher de Lyon * : Marie a cela de commun avec tous les hommes, qu'elle est rachetée du sang de son Fils ; mais elle a cela de particulier, que ce sang a été tiré de son chaste corps : Profundcndum sanguinem pro mundi vita de corpore tuo acccpit, ac de te sumpsit quod etiam pro te solvat. Elle a cela de commun avec tous les fidèles, que Jésus lui donne son sang ; mais elle a cela de particulier, qu'il l'a premièrement reçu d'elle. Elle a cela de commun avec nous que ce sang se répand ' sur elle pour la sanctifier ; mais elle a cela de particulier qu'elle en est la source. Tellement que nous pouvons dire que la conception de Marie est comme la première origine du sang de Jésus. C'est de là que ce beau fleuve commence à se répandre, ce fleuve de grâces qui coule dans nos veines par les sacrements, et qui porte l'esprit de vie dans tout le corps de TËglise. Et de même que les fontaines, se souvenant toujours de leurs sources, portent leurs eaux en rejaillissant jusqu'à leur hauteur, qu'elles vont chercher au milieu de l'air ; ainsi ne craignons pas d'assurer que le sang de notre Sauveur fera remonter sa vertu jusqu'à la conception de sa mère, pour honorer le lieu d'où il est sorti ^ .
Ne cherchez donc plus. Chrétiens, ne cherchez plus le nom de Marie dans l'arrêt de mort qui a été prononcé contre tous les hommes. Il n'y est plus, il est effacé ; et comment? Par ce divin sang qui, ayant été puisé en son chaste sein, tient à gloire d'employer pour elle tout ce qu'il a'* de force en lui-même, contre cette funeste loi qui nous tue dès notre origine. D'où il est aisé de conclure qu'il n'est rien de plus favorable que la dispense dont nous parlons, puisque nous y voyons concourir
1. Sur ces Homélies attribuées à ;>. Yai-. : d'où il est premièrement saint Eucher, voy. ci-après, au se- découlé.
cond point, p. 25ô. 4. Var. : renferme — ramasse.