‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 169 sur 397 · Ms. : bonne. 3. Première rédaction effacée · texte numérisé non relu

Ms. : bonne. 3. Première rédaction effacée

2. In Joan., tract, xxxii. n. 9. — » qu'il ne sert de rien que les pages Texte : Quid est longum. que j'avais écrites. »

D 'YOLANDE DE MONTERBY. 269

[P. 5] Je vous ai représenté, Chrétiens, deux opinions différentes qui partagent les sentiments de tous les mortels. Les uns, en petit nombre, méprisent la vie ; les autres estiment que leur plus grand bien, c'est de la pouvoir longtemps conserver. Mais peut-être que nous accorderons aisément ces deux propositions si contraires par une troisième maxime, qui nous apprendra d'estimer la vie, non par sa longueur, mais par son usage; et qui nous fera confesser qu'il n'est rien plus dangereux qu'une longue vie, quand elle n'est remplie que de vaines entreprises ou même d'actions criminelles; comme aussi il n'est rien plus précieux, quand elle est utilement ménagée pour l'éternité. Et c'est pour cette seule raison que je bénirai mille et mille fois la sage et honorable vieillesse d'Yolande de Monterby ; puisque, dès ses années les plus tendres jusqu'à Textrémité de sa vie, qu'elle a finie en Jésus-Christ après un grand âge, la crainte de Dieu a été son guide, la prière son occupation, la pénitence son exercice, la charité sa pratique la plus ordinaire, le ciel tout son amour et son espérance.

Désabusons-nous, Chrétiens, des vaines et téméraires préoccupations, dont notre raison est toute obscurcie par l'illusion de nos sens : apprenons à juger des choses par les véritables principes ; nous avouerons franchement, à l'exemple de cette abbesse, que nous devons dorénavant mesurer la vie par les actions, non par les années, [p. 6] C'est ce que vous comprendrez sans difficulté par ce raisonnement invincible.

Nous pouvons regarder le temps en deux considérations différentes : nous le pouvons considérer premièrement en tant qu'il se mesure en lui-même par heures, par jours, par mois, par années ; et dans cette considération, je soutiens que le temps n'est rien, parce qu'il n'a ni forme ni subsistance ; que tout son être n'est que de couler, c'est-à-dire que tout son être n'est que de périr, et partant que tout son être n'est rien.

C'est ce qui fait dire au Psahniste, retiré profondément en lui-même, dans la considération du néant de l'homme : « Ecce mensurahiles posuisti dies : Vous

avez, dit-il ^, établi le cours de ma vie pour être mesuré par le temps; n et c'est ce qui lui fait dire aussitôt après : « FA suhstantia mea tanquam nihilum ante te : Et ma substance est comme rien devant vous, » parce que tout mon être dépendant du temps, dont la nature est de n'être jamais que dans un moment qui s'enfuit d'une course précipitée et irrévocable, il s'ensuit que ma substance n'est rien, étant inséparablement attachée à cette vapeur légère et volage, qui ne se forme qu'en se dissipant, et qui entraîne perpétuellement mon être avec elle [p. 7] d'une manière si étrange et si nécessaire, que, si je ne suis le temps, je me perds, parce que ma vie demeure arrêtée ; et d'autre part, si je suis le temps, qui se perd et coule toujours, je me perds nécessairement avec lui : Ecce mensurahUes posidsti dies meos ^, [et substantia mea tanquam nihilum ante te] ; d'où passant plus outre, il conclut : « In imagine pertransit homo ^ : I/homme passe comme ces vaines images » que la fantaisie forme en elle-même dans l'illusion de nos songes, sans corps, sans solidité et sans consistance.

Mais élevons plus haut nos esprits ; et après avoir regardé le temps dans cette perpétuelle dissipation, considérons-le maintenant en un autre sens : en tant qu'il aboutit à l'éternité ; car cette présence immuable de l'éternité, toujours fixe, toujours permanente, enfermant en l'infinité de son étendue toutes les différences des temps, il s'ensuit manifestement que le temps peut entrer en quelque sorte dans l'éternité : et il a plu à notre grand Dieu, pour consoler les misérables mortels de la perte continuelle qu'ils font de leur être par le vol irréparable du temps, que ce même temps qui se perd fût un passage à l'éternité qui demeure. Et de cette distinction importante du temps considéré en lui-même, et du temps par rapport à [p. 8] l'éternité, je tire cette conséquence infaillible : si le temps n'est rien par lui-même, il s'ensuit que tout le temps est perdu auquel nous n'aurons point attaché quelque chose de plus immuable que lui, quelque chose qui puisse passer à la bienheureuse éternité. Ce principe étant supposé, arrêtons un peu notre

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