Rom.. VI. 3. 4. — Uefori.< : In pnltlei
Mais, puisque nous sommes sur cette matière, et d'ailleurs que la providence divine semble avoir suscité saint François de Paule afin de renouveler en son siècle l'esprit de pénitence presciue entièrement éteint par la mollesse des hommes ; il sera, ce me semble, à propos, avant que de vous raconter ^ ses austérités, de vous dire en peu de mots les raisons qui peuvent l'avoir oblioé à une manière de vivre si laborieuse ; et tout ensemble de vous faire voir qu'un chrétien est un pénitent, qui ne doit point donner d'autres bornes à ses mortifications que celles qui termineront le cours de sa vie. En voici la raison solide, que je tire de saint Augustin, dans une excellente homélie qu'il a faite de la pénitence". Il y a deux sortes de chrétiens : les uns ont perdu la candeur de l'innocence baptismale, et les autres l'ont conservée ; quoique, à notre grande honte, le nombre de ces derniers soit si petit dans le monde, qu'à peine doivent-ils être comptés. Or les uns et les autres sont obligés à la pénitence jusqu'au dernier soupir; et partant, la vie chrétienne est une pénitence continuelle.
Car, pour nous autres misérables pécheurs, qui nous sommes dépouillés de Jésus-Christ, dont nous avions été revêtus par le saint baptême, et qui, nonobstant tant de confessions réitérées, retournons toujours à nos mêmes crimes, quelles larmes assez amères et quelles douleurs assez véhémentes peuvent égaler notre ingratitude ? N'avons-nous pas juste sujet de craindre que la bonté de Dieu, si indignement ^ méprisée, ne se tourne en une fureur implacable? Que si sa juste vengeance est si grande contre les gentils, qui ne sont jamais entrés dans son alliance, sa colère ne sera-t-elle pas d'autant plus redoutable pour nous, qu'il est plus sensible à un père d'avoir des enfants perfides que d'avoir de mauvais serviteurs? Donc, si la justice divine est si fort enflammée contre nous, puisqu'il est impossible que nous lui puissions résister, que reste-t-il à faire autre chose sinon de prendre son parti contre nous-mêmes, et de venger par nos propres mains les mystères de Jésus violés, et son sang profané, et son Saint-Esprit affligé, comme parlent