‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 171 sur 397 · Edit. : (( glorieusement atta · texte numérisé non relu

Edit. : (( glorieusement atta

Si je Tenvisage dans l'intérieur de son âme, j'y remarque, dans une conduite très sage, une simplicité chrétienne. Étant humble dans ses actions et dans ses paroles, elle s'est toujours plus glorifiée d'être fille de saint Bernard que de tant de braves aïeux, de la race desquels elle est descendue. Elle passait la plus grande partie de son temps dans la méditation et dans la prière. Ni les affaires, ni les compagnies, n'étaient pas capables de lui ravir le temps qu'elle destinait aux choses divines. On la voyait entrer en son cabinet avec une contenance modeste ^ et une action [p. 10] toute retirée ; et là, elle répandait son cœur devant Dieu avec cette bienheureuse simplicité, qui est la marque la plus assurée des enfants de la nouvelle alliance. Sortie de ces pieux exercices, elle parlait souvent des choses divines avec une affection si sincère, qu'il était aisé de connaître que son âme versait sur ses lèvres ses sentiments les plus purs et les plus profonds. Jusque dans sa vieillesse la plus décrépite, elle souffrait les incommodités et les maladies sans chagrin, sans murmure, sans impatience ; louant Dieu parmi ses douleurs, non point par une contenance affectée, mais avec une modération qui paraissait bien avoir pour principe une conscience tranquille et un esprit satisfait de Dieu.

Parlerai-je de sa prudence si avisée dans la conduite de sa maison ? Chacun sait que sa sagesse et son économie en a beaucoup relevé le lustre. Mais je ne vois rien de plus remarquable que ce jugement si réglé avec lequel elle a gouverné les dames qui lui étaient confiées, toujours également éloignée et de cette rigueur farouche et de cette indulgence molle et relâchée: si bien que, comme elle avait pour elles une sévérité mêlée de douceur, elles lui ont toujours conservé une crainte accompagnée de tendresse, jusques au dernier moment de sa vie et dans l'extrême caducité de son âge.

[P. 11] L'innocence, la bonne foi, la candeur étaient ses compagnes inséparables ". Ni sa bouche, ni ses oreilles n'ont jamais été ouvertes à la médisance, parce que

1. Edit.: une contenance, une mo- desseins, elles ménageaient tons ses destie.Ms.: une contenance modestie. intérêts, elles régissaient toute sa ■2. Édit. : (( Elles conduisaient ses famille ». Tout ceci est barré.

D 'YOLANDE DE MONTERBY, 273

la sincérité de son cœur en chassait cette [jalousie] ^ secrète qui envenime presque tous les hommes contre leurs semblables. Elle savait donner de la retenue aux langues les moins modérées ; et l'on remarquait dans ses entretiens cette charité dont parle l'Apôtre", qui n'est ni jalouse ni ambitieuse, toujours si disposée à croire le bien, qu'elle ne peut pas même soupçonner le mal.

Vous dirai-je avec quel zèle elle soulageait les pauvres membres de Jésus-Christ ? Toutes les personnes qui l'ont fréquentée savent qu'on peut dire sans flatterie qu'elle était naturellement libéz'ale, même dans son extrême vieillesse, quoique cet âge ordinairement soit souillé des ordures de l'avarice. Mais cette inclination généreuse s'était particulièrement appliquée aux pauvres. Ses charités s'étendaient bien loin sur les personnes malades et nécessiteuses : elle partageait souvent avec elles ce qu'on lui préparait pour sa nourriture ; [p. 12] et dans ces saints empressements de la charité qui travaillait son âme innocente d'une inquiétude pieuse pour les membres affligés du Sauveur des âmes, on- admirait particulièrement son humilité, non moins soigneuse de cacher le bien que sa charité de le faire ^ . Je ne m 'étonne plus. Chrétiens, qu'une vie si religieuse ait été couronnée d'une fin si sainte^.

Page 1