Ps. cxviii
ritable, qu'autant que la grandeur de Dieu l'éloigné de nous, autant sa bonté l'en approche.
Mais elle exige une condition nécessaire, c'est que nous soyons innocents. Sommes-nous abandonnés au péché, aussitôt elle se retire ; et voyez un effet étrange. La bonté s'étant retirée, je ne vois plus ce qui m'approche de Dieu, je ne vois que ce qui m'éloigne ; la crainte et l'étonnement me saisissent, et je ne sais plus par où approcher. Comme un homme de condition médiocre qui avait accès à la Cour par une personne de crédit qui le lui donnait ; il parlait et était écouté, et les entrées lui étaient ouvertes \ Tout d'un coup son protecteur se retire, et on ne le connaît plus ; tous les passages sont inaccessibles ; et de sa bonne fortune passée il ne lui reste' que l'étonnement de se voir si fort éloigné. Il en est ainsi arrivé à l'homme. Tant qu'il conserva l'innocence. Dieu lui parlait, il parlait à Dieu avec une sainte familiarité. Mais comment s'en approchait-il, direz-vous, puisque la distance était infinie? Ha! c'est que la bonté descendait à lui et l'introduisait à la majesté"*. Maintenant cette bonté étant offensée^, elle se retire [en] elle-même. Que [p. 6] fera-t-il, et où ira-t-il? Il ne voit plus ce qui l'approchait ; il découvre seulement de loin une lumière qui l 'éblouit et une majesté qui l'étonné. Bonté, où êtesvous? Bonté, qu'êtes-vous devenue? Ha! son crime l'a éloignée. Sa vue se perd dans l'espace immense par lequel il se sent séparé de Dieu : et dans l'étonnement où il est, en voyant cette hauteur qui n'a point de bornes^, il croit qu'il est perdu s'il approche, il croit Cjue sa petitesse sera accablée par le poids de cette majesté infinie. Voilà ^ quelle est la première cause qui nous empêche d'approcher de Dieu : c'est la grandeur et la majesté. C'est pourquoi les philosophes platoniciens, comme remarque saint Augustin ' , disaient que la nature divine n'était pas accessible aux hommes, et que nos vœux ne