‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 192 sur 397 · Var. : de la chute de nos pre- '2. Gen.. m · texte numérisé non relu

Var. : de la chute de nos pre- '2. Gen.. m

iniers parents et du rétablissement â. Ancien i.viil, 18. Voir p. 2.

de leur espérance.

morts. En effet, ne jugez-vous pas que ce procédé extraordinaire nous fait voir assez clairement qu'il y a ici du mystère? Et c'est ce qui fait dire à ce grand évêque qu'elle est nommée ainsi en énigme, et comme figure de la sainte Vierge, qui, étant associée avec Jésus-Christ à la chaste génération des enfants de la nouvelle alliance, est devenue, par cette union, la vraie mère de tous [p. 2] les vivants, c'est-à-dire de tous les fidèles. Voilà ' une belle figure de la sainte maternité de l'incomparable Marie, que j'ai à vous prêcher aujourd'hui ; et j'en reconnais l'accomplissement à la croix de notre Sauveur et dans l'évangile de cette fête.

Car que voyons-nous au Calvaire, et qu'est-ce que notre évangile nous y représente ? Nous y voyons Jésus- Christ souffrant, et Marie percée de douleurs, et le disciple bien-aimé du Sauveur des âmes, qui, remis de ses premières terreurs, vient recueillir les derniers soupirs de son maître mourant pour l'amour des hommes. O saint et admirable spectacle ! Toutefois ce n'est pas là, Clu'étiens, ce qui doit aujourd'hui arrêter vos yeux. Mais considérez attentivement que c'est en cet état de souffrance que Jésus engendre le peuple nouveau ; et admirez que dans les douleurs de cet enfantement du Sauveur, dans le temps que nous naissons de ses plaies et qu'il nous donne la \ie par sa mort, il veut aussi que sa mère engendre, et il lui donne saint Jean pour son fils : Femme, lui dit-il, voilà votre fils. Et ne vous persuadez pas qu'il regarde saint Jean, en ce lieu, comme un homme particulier. Tous ses disciples l'ont abandonné, et son Père ne conduit au pied de sa croix que le bien-aimé de son cœur : tellement que, dans ce débris de son Église presque dissipée, saint Jean, qui est le seul qui lui reste, lui représente tous ses fidèles et toute l'universalité des enfants de Dieu^. C'est donc tout le peuple nouveau, c'est toute la société de l'Église

1. Yar. : C'est, ce que j'espère de dans le texte, et réciproquement, vous faire entendre par l'évangile Quand Deforis avait bien lu, lui, il de cette fête ; et vous reconnaîtrez fait une faute, pour faire autrement, aux pieds de la croix le bienheureux II s'exerce à ce jeu. qui n'est point accomplissement de cette excellente innocent, iiiême dans certains serfigure. nions dont le manuscrit n'existe

2. Yar. : et tous les enfants de la plus, croix. — Lâchât met la variante

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que Jésus recommande à la sainte Vierge, en la personne de ce cher disciple : et, par cette divine parole, elle devient non seulement mère de saint Jean, mais encore de tous les fidèles. Et par là, ne voyez-vous pas, selon la pensée de saint Épiphane, que la bienheureuse Marie est l'Eve de la nouvelle alliance et la mère de tous les vivants ^ ?

C'est, Fidèles, sur cette doctrine tout évangélique que j'établirai aujourd'hui la dévotion de la Vierge, pour laquelle nous sommes ici assemblés; et, pour expliquer clairement, et par une méthode facile, cette vérité importante, je réduis tout ce discours à deux points, que je vous prie d'imprimer en votre mémoire. Deux grandes choses étaient nécessaires pour faire naître le peuple nouveau et nous rendre enfants de Dieu par la grâce. Il fallait que nous fussions adoptés ; il fallait que nous fussions rachetés. Car, puisque nous sommes étrangers à Dieu, comment deviendrions-nous ses enfants, si sa bonté ne nous adoptait ? Et puisque le crime du premier homme nous avait vendus à Satan, comment serions-nous rendus au Père éternel, si le sang de son fils ne nous rachetait? [p. 3] Et donc, pour nous faire les enfants de Dieu, il faut nécessairement qu'un Dieu nous adopte, et il faut aussi qu'un Dieu nous rachète. Comment sommes-nous adoptés? Par l'amour du Père éternel. Comment sommes-nous rachetési? Par la mort et les souffrances du Fils. Le principe de notre adoption, c'est l'amour du Père éternel ; et la raison en est évidente : car, puisque ce n'est pas la nature qui nous donne à Dieu comme enfants, il s'ensuit manifestement que c'est son amour qui nous a choisis. Mais, si nous avons besoin de l'amour du Père pour devenir enfants d'adoption, les souffrances du Fils nous sont nécessaires parce que nous sommes enfants de rédemption ; et ainsi nous sommes nés tout ensemble de l'amour infini de l'un et des cruelles souffrances de l'autre.

Nouvelle Eve, divine iNIarie, quelle part avez-vous en ce grand ouvrage, et comment contribuez-vous à la

1. Var. : l'Eve de la nouvelle al- les élus. — Les éditeurs ont mêlé ici liance, unie spirituellement au nou- texte et variante, vel Adam pour être la mère de tous

chaste génération des enfants de Dieu? Chrétiens, voici le mystère, et afin cj^ue vous l'entendiez, il faut vous prouver, par les saintes Lettres, que le Père et le Fils l'ont associée, le premier à la fécondité de son amour, le second à celle de ses soufiPrances : tellement qu'elle est notre mère, premièrement par un amour maternel, secondement par ces souffrances fécondes qui déchirent son âme au Calvaire. C'est le partage de ce discours ; et, sans sortir de mon évangile, j'espère vous faire voir ces deux vérités accomplies aux pieds de la croix, et établir sur ce fondement une dévotion fructueuse pour la bienheureuse Marie ^.

Premier Point.

[P. 5] Jésus-Christ, notre Rédempteur, n'avait rien qui le touchât davantage que le désir miséricordieux de s'unir à notre nature et d'entrer en société avec nous. C'est pourciuoi il est né d'une race humaine, afin que nous devenions par la grâce une race divine .et spirituelle ; il se joint à nous par im double nœud, lorsqu'en se faisant fils d'Adam, il nous rend en même temps les enfants de Dieu ; et par cette ^ alliance redoublée, pendant que notre Père devient le sien, il veut que le sien devienne le nôtre ^. C'est ce qui lui fait dire dans son Évangile : « Ascendo ad Patrem meum et Patrem vcstrum * : Je retourne à mon Père et au vôtre ; » afin que nous comprenions par cette parole qu'il veut que tout lui soit commun avec nous, puisqu'il ne nous envie pas cet honneur d'être les enfants de son Père,

Or, Messieurs, cette même libéralité, qui fait qu'il nous donne son Père céleste, fait qu'il nous donne aussi sa divine mère : il veut qu'elle nous engendre selon l'esprit, comme elle l'a engendré selon la chair ; et qu'elle soit en même temps sa mère et la nôtre, pour être notre frère en toutes façons. C''est dans cette pieuse pensée, que vous recourez aujourd'hui à la sainte pro-

1. Le bas de la p. 3 et toute la p. 4 3. Yar. : redoublée, il veut que sont raturés, puis refaits p. 5. Voy. notre père devienne le sien et que ci-après. le sien devienne le nôtre.

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