‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 194 sur 397 · Var. : et il faut que nou« ap- 2. Ms. : corjjoris · texte numérisé non relu

Var. : et il faut que nou« ap- 2. Ms. : corjjoris

prenions cette vérité par la bouche 3. De sanct. Virginit., u. 6.

de saint Aujrnstin.

encore, pour lesquels je ressens encore les douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en \ous ^ : Filioli mei, [quos itcrinv parturio, donec formetur Christiis in vohis']}' Ne voyez-vous pas, Chrétiens, la fécondité merveilleuse de la charité de saint Paul? Car quels sont ces petits enfants que cet apôtre reconnaît pour siens, sinon ceux que la charité lui donner Et cjne signifient ces douleurs de l'enfantement de saint Paul, sinon les empressements de sa charité et la sainte inquiétude qui le travaille pour engendrer les fidèles en Notre-Seigneur ? Et par conséquent, concluons que la charité est féconde. C'est pourquoi la même Écriture, qui nous enseigne qu'elle a des enfants, lui attribue aussi, en divers endroits, toutes les qualités des mères.

Oui, cette charité maternelle qui se fait des enfants par sa tendresse, elle a des entrailles où elle les porte, elle a des mamelles c^u'elle leur présente, elle a un lait qu'elle leur donne; et c'est ce qui fait dire à saint Augustin que « la charité est une mère », et que la inême « charité est une nourrice : Caritas mater est ^ ; caritas niitrix est ^. » La charité est une mère qui porte tous ses enfants dans le cœur, et qui a pour eux ces entrailles tendres, ces entrailles de compassion que nous voyons si souvent dans les Écritures : Caritas mater est. [p. 7] Cette même charité est une nourrice, qui leur présente les chastes mamelles d'où distille «ce lait sans fraude» de la sainte mansuétude et de la sincérité chrétienne : ce Sine dolo lac, » comme parle l'apôtre saint Pierre^. Tellement qu'il est véritable qu'il y a deux fécondités, la première dans la nature, la seconde dans la charité. Or, cette vérité étant supposée, il me sera maintenaiït facile de vous faire voir clairement de quelle sorte la Vierge sacrée est unie au Père éternel dans la chaste génération des enfants du Nouveau Testament.

1. On lit ici cette différence dans encore les douleurs de l'ent'ante-

la première rédaction effacée : «Mes ment. » — (Cf. une première rédac-

petits enfants, que j'enfante encore : tion de ces pensées, ci-dessus, p. 7.)

Filioli mei. quoi' iteruin parturio; n "2. Gai.. IV. i;i.

mais je ne traduis pas assez forte- 3. Z'e catechiz. nidih.. cap. .W.

ment cette tendre expression de n. 23.

l'Apôtre: « Mes petits enfants, dit 4. AJ Murcell. Kp.. cxxxix, n. 3.

saint Paul, pour lesquels je ressens h. I Petr.. ii. 2.

.''ermon.* de Bossuet. — H. 2(1

306 SECOND SERMOX

Et premièrement remarquez que ces deux fécondités différentes, que nous avons vues dans les créatures, se trouvent en Dieu comme dans leur source. La nature de Dieu est féconde ; son amour et sa charité l'est aussi. Je dis que sa nature est féconde; et c'est elle qui lui donne ce Fils éternel qui est son imau,e vivante. Mais si sa fécondité naturelle a fait naître ce divin Fils dans l'éternité, son amour lui en donne d'autres qu'il adopte tous les jours dans le temps. C'est de là que nous sommes nés; et c'est à cause de cet amour que nous l'appelons notre Père. Par conséquent, le Père céleste nous paraît doublement fécond : il l'est premièrement par nature, et par là il engendre son Fils naturel ; il l'est secondement par amour, et c'est ce qui fait naître les adoptifs. Mais après que nous avons vu que ces deux fécondités différentes sont en Dieu comme dans leur source, voyons si nous pourrons découvrir qu'elles soient communiquées à Marie : je vous prie, renouvelez vos attentions.

Et déjà il semble ^ qu'elle participe, en quelque manière, à la fécondité naturelle, par laquelle Dieu engendre son Fils. Car d'où vient, ô très sainte Vierge, que vous êtes mère du Fils de Dieu même? Est-ce votre fécondité propre qui vous donne cette vertu? Non, dit-elle, c'est Dieu qui l'a fait, et c'est l'ouvrage de sa puissance : Fecit mihi magna qui potens est ^. Elle n'est donc pas mère de ce Fils par sa propre fécondité. Au contraire, ne voyons-nous pas^, Fidèles, qu'elle se condamne elle-même à une stérilité bienheureuse par cette ferme résolution de garder sa pureté virginale : « Quomodo fiet istucJ ^ ? Comment cela se pourra-t-il faire? » Puis-je bien concevoir un iils, moi qui ai résolu de demeurer vierge? Si donc elle confesse sa stérilité, de quelle sorte devient-elle mère, et encore mère du Fils du Très-Haut? Écoutez ce que lui dit l'ange : « Virtus Altissimi ohumhrahit tihî" : La vertu du Très-Haut [p. 8] vous couvrira toute. » Pénétrons le sens de cette parole. Sans doute le Saint-Esprit nous veut faire en-

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