‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 202 sur 397 · Uémoires. p · texte numérisé non relu

Uémoires. p

me sens moi-même étonné de la grandeur de mon entreprise. Quand je rappelle à mon souvenir tant de peuples que Paul a conquis, tant de travaux qu'il a surmontés, tant de mystères qu'il a découverts, tant d'exemples qu'il nous a laissés d'une charité consommée, ce sujet me paraît si vaste, si relevé, si majestueux, que mon esprit, se trouvant surpris, ne sait ni où s'arrêter dans cette étendue, ni que tenter dans cette hauteur, ni que choisir dans cette abondance ; et j 'ose bien me persuader qu'un ange même ne suffirait pas i)our louer cet homme du troisième ciel.

Mais ce qui m'étonne le plus, c'est que cet amour mêlé de respect que je sens pour le divin Paul, et duquel j'espérais de nouvelles forces dans un ouvrage qui tend à sa gloire, s'est tourné ici contre moi et a confondu longtemps mes pensées, parce que, dans la haute idée que j'avais conçue de l'Apôtre, je ne pouvais rien dire qui lui fût égal, et il ne me permettait rien qui fût audessous.

Que me reste-t-il donc. Chrétiens, après vous avoir confessé ma faiblesse et mon impuissance, sinon de recourir à Celui qui a inspiré à saint Paul les paroles que j'ai raj^portées : « Cum infirmor, tune potens siim : Je suis puissant lorsque je suis faible? » Après ces beaux mots de mon grand Apôtre, il ne m'est plus permis de me plaindre ; et je ne crains pas de dire avec lui, que « je me plais dans cette faiblesse, qui me promet un secours divin : Placée mihi in înfirmitatihus. » Mais, pour obtenir cette grâce, il nous faut encore recourir à celle dans laquelle le mystère ne s'est accompli qu'après qu'elle a reconnu qu'il passait ses forces ; c'est la bienheureuse Marie, c^ue nous saluerons en disant : Ave.

Parmi tant d'actions glorieuses et tant de choses extraordinaires qui se présentent ensemble à ma vue quand je considère l'histoire de l'incomparable docteur des Gentils, ne vous étonnez pas, Chrétiens, si, laissant à part ses miracles, et ses hautes ^ révélations, et cette sagesse toute divine et vraiment digne du troisième ciel,

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