I Cor
qui est infirme pour détruire ee qui est puissant. Par conséquent, que lui reste-t-il, sinon de consacrer au Sauveur une faiblesse soumise et obéissante, et de confesser son infirmité, afin d'être le digne ministre de ce Dieu qui, étant si fort par nature, s'est fait infirme pour notre salut? Voilà donc la raison solide pour laquelle il se considère comme un instrument inutile, qui n'a de vertu ni de force qu'à cause de la main qui l'emploie ; et. c'est pour cela. Chrétiens, qu'il triomphe dans son impuissance, et qu'en avouant qu'il est faible, il ose dire qu'il est tout-puissant : Cum enim infirmer, tune potens sum.
Mais pour nous nous convaincre par expérience de la vérité qu'il nous prêche, il faut voir ce grand homme dans trois fonctions importantes du ministère qui lui est commis. Car ce n'est pas mon dessein. Messieurs, de considérer aujourd'hui saint Paul dans sa vie particulière : je me propose de le regarder dans les emplois de l'apostolat, et je les réduis à trois chefs : la prédication, les combats, le gouvernement ecclésiastique.
Entendez ceci. Chrétiens, et voyez la liaison nécessaire de ces trois obligations dont le charge son apostolat. Car il fallait premièrement établir l'Ëglise, et c'est ce qu'a fait la pj-édication. Mais dautant que ' cette Église naissante devait être dès son berceau attaquée " par toute la terre, en même temps qu'on l'établissait, il fallait se préparer à combattre. Et parce qu'un si grand établissement se dissiperait de lui-même si les esprits n'étaient bien conduits, après avoir si bien soutenu l'Éulise contre ceux qui l'attaquaient au dehors, il fallait la maintenir au dedans par le bon ordre de la discipline. De sorte que la prédication devait précéder, parce que la foi commence par l'ouïe ; après, les combats devaient suivre, car aussitôt que l'Évangile parut, les persécutions s'élevèrent : enfin le gouvernement ec-
]. Dautant If UK. \)Arce que. y Auge- reux de l'autre.)) C'est ainsi i)ne las reprochait aux imprimeurs de Corneille a dit :
son temps d'y mettre une apOStro- ,.( d'autant queVhonneur m'est plus cher que
phe, parce que J autant que avait un [le jour.
sens différent et indiquait une COm- Dautant plus maintenant je te dois de retour.
paraison : a D'autant que je suis (f.e Cûf.Uhw.i
lieitrenx d'un côté, je suis malheu- 2 Var. : i^ersécutée.
clésiastique devait assurer les conquêtes, en tenant les peuples conquis dans l'obéissance par une police ^ toute divine.
C'est, mes Fi'ères, à ces trois choses que se rapportent tous les travaux de l'Apôtre; et nous le pouvons aisément connaître par le récit qu'il en fait lui-même dans ce merveilleux chapitre xi*^ de la seconde aux Corinthiens. Il raconte premièrement ses fatigues et ses voyages laborieux ; et n'est-ce pas la prédication qui les lui faisait entreprendre pour porter par toute la terre l'Évangile du Fils de Dieu? Il raconte aussi ses périls et tant de cruelles ' persécutions qui ont éprouvé sa constance ; et voilà quels sont ses combats. Enfin, il ajoute à toutes ses peines les inquiétudes qui le travaillent dans le soin de conduire toutes les Églises : Sol- Ucitudo omnium Ecclesiarum ^ ; et c'est ce qui regarde le gouvernement.
Ainsi vous voyez en peu de paroles tout ce qui occupe l'esprit de saint Paul : il prêche, il combat, il gouverne; et (Messieurs, le pourrez-vous croire?) il est faible dans tous ces emplois. Et premièrement, il est assuré que saint Paul est faible en prêchant, puisque sa prédication n'est pas appuyée ni sur la force de l'éloquence, ni sur ces doctes raisonnements que la philosophie a rendus plausibles : Non in persuasihilibus humanœ sapîentiœ verhis'^. Secondement, il n'est pas moins clair qu'il est faible dans les combats, puisque, lorsque tout le monde l'attaque, il ne résiste à ses ennemis qu'en s'abandonnant à leur violence : ^^stimati sumus sicitt oves occisionis ^ : il est donc faible en ces deux états. Mais peut-être que parmi ^es frères, où la grâce de l'apostolat et l'autorité du gouvernement lui donnent un rang considérable, ce grand homme paraîtra plus fort? Non, Fidèles, ne le croyez pas; c'est là que vous le verrez plus infirme. Il se souvient qu'il est le disciple de Celui qui a dit dans son Évangile qu'il n'est pas venu pour être servi, mais afin de servir lui-même ® ;