‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 220 sur 397 · I. L'absence du manuscrit est ici · texte numérisé non relu

I. L'absence du manuscrit est ici

par la crainte? C^est le fruit de cet illustre martyre; mais ce qui en a fait la perfection, c'est que l'invincible \'ictor, non content \ d'avoir si bien conduit au combat la milice du Fils de Dieu, a encore payé de sa personne, en mourant pour l'amour de lui dans des tourments sans exemple', et lui a sacrifié sa vie. C'est ainsi qu'il a surmonté le monde ; et ce qu'il prétend par cette victoire, c'est de faire triompher Jésus-Christ.

En effet, vous triomphez, ô Jésus, et \ ictor fait éclater aujourd'hui votre souveraine puissance sur les fausses divinités, sur vos élus, sur lui-même : sur les fausses divinités, en les détruisant devant vous : sur ceux que vous avez choisis, en les affermissant dans votre service ^ ; et enfin sur lui-même, en s'innnolant tout entier à votre gloire. C'est ce qu'a fait le grand saint Victor, c'est ce qui doit aujourd'hui vous servir d'exemple ; et Dieu veuille que je vous propose avec tant de force les victoires de ce saint martyr que vous soyez enflammés de la même ardeur de vaincre le monde !

Premier Point.

Quel est ce concours de peuple que je vois fondre de toutes parts en la place publique de Marseille? quel spectacle les y attire? quelle nouveauté les y mène? Mais quel est cet homme intrépide que je vois devant cette idole, et que l'on presse, par tant de menaces, de lui présenter de l'encens, sans pouvoir fléchir sa constance ni ébranler sa résolution? Sans doute, c'est cet illustre Victor, la fleur de la noblesse de Marseille, qui, étant pressé de se déclarer sur le sujet de la religion, a confessé hautement la foi chrétienne en présence de toute l'ai'mée dans laquelle il avait servi avec tant de gloire, et a renoncé volontairement à l'épée, au baudrier et aux autres marques de la milice, si considérables par tout l'enijiire, si convenables ;\ sa condition, pour porter les caractères de Jésus-Christ, c'est-à-dire des chaînes aux pieds et aux mains et des blessures dans

1. Var. : Notre -saint a fait quel- 2. Vav. : par des cruautés inuuïes.

({ue chose de plus glorieux, car non .'î. Var. : en les gagnant ou le^

content... conservant i>oui- votre service.

tout le corps déchiré cruellement par mille supplices. Car, depuis ce jour glorieux auquel notre invincible martyr préféra les opprobres de Jésus-Christ aux honneurs de la milice romaine, on n'a cessé de le tourmenter par des cruautés inouïes, sans lui donner aucune ^ relâche, et on lui prépare encore de plus grands tourments.

Mais avant que de l'exposer aux nouvelles peines qu'une fureur inventive a imaginées, les magistrats résolurent de lui présenter publiquement la statue' de leur Jupiter. Ils espéraient, Messieurs, que son corps étant épuisé par les souffrances passées, et son esprit troublé dans la crainte des maux à venir, dont l'on exposait à ses yeux le grand et terrible appareil, la faiblesse humaine abattue, pour détourner l'effort de cette tempête, laisserait échapper quelque petit signe d'adoration. C'en était assez pour les satisfaire ; et ils avaient raison '^ de se contenter des plus légères grimaces, sachant bien qu'un homme qui peut se résoudre à n'être chrétien qu'à demi cesse entièrement de l'être, et que, le cœur ne se pouvant partager entre la vérité et l'erreur, toute la foi est renversée par la moindre démonstration d'infidélité.

\ oilà donc notre saint martyr devant l'idole de ce Jupiter, père prétendu des dieux et des hommes. Tout le peuple se prosterne à terre ; et cette multitude aveuiile, qui ne craint pas les coups de la main de Dieu, tremble devant l'ouvrage de la main des hommes. Grand et admirable \ ictor, quelles furent alors vos pensées? Telles que le Saint-Esprit nous les représente dans le cœur du divin Apôtre : « Incitahatur spiriUis ejus in ipso, videns idololatriœ deditam civitotem'^ : Son esprit était pressé et violenté en lui-même, voyant cette multitude idolâtre. « Ce spectacle lui était plus dur cjue tous ses supplices. Tantôt il levait les yeux au ciel ; tantôt il les jetait sur ce peuple avec une tendre compassion de son aveuglement déplorable. Sont-ce là,

1. Edit. : aucun relâche. — Mais 2. Var. : de le produire publiiiue-

nous avons déjà vu que Bossuet t'ai- meut devant Tidole.

sait ce mot du féminin. Voy. t. I. •'!. Var. : ils étaient accoutumés.

p. 35*1, 573. Là aussi. Deforis avait 4. .Vct.. xvii. li;. mi? le masculin.

disait-il, ô Dieu vivant! sont-ce là les dieux que Ton vous oppose? (^uoi ! est-il possible qu'on se persuade que je puisse abaisser devant cette idole ce corps qui est destiné pour être votre victime, et que vous avez déjà consacré par tant de souffrances? I^à, plein de zèle et de jalousie pour la gloire du Dieu des armées, et saintement indigné qu'on le crût capable d'une lâcheté si honteuse, il tourne sur cette idole un regard sévère, et d'un coup de pied il la renverse devant tout ce peuple qui se prosternait à ses pieds: il la brise, il la foule aux pieds, et il surmonte le monde en détruisant les divinités qu'il élève contre le vrai Dieu, qui a fait le ciel et la terre. Une voix retentit^ de toutes parts: Qu'on venge l'injure des dieux immortels ! Mais pendant que les juges irrités exercent leur esprit cruel ~ à inventer de nouveaux supplices, et que Victor attend d'un visage égal la fin de leurs délibérations tragiques, rentrons en nous-mêmes. Messieurs, et tirons quelque instruction de cet acte de piété héroïque.

Ne nous persuadons pas que l'idolâtrie soit détruite, sous prétexte que nous ne voyons plus parmi nous ces idoles grossières et matérielles que l'antiquité aveugle adorait. Il y a une idolâtrie spirituelle, qui règne encore par toute la terre. Il y a des idoles cachées, que nous adorons en secret au fond de nos cœurs ; et ce que saint Paul a dit^ de l'avarice, que c'était un culte d'idoles, se doit dire de la même sorte de tous les autres péchés qui nous captivent sous leur tyrannie. De là vient ce beau mot de Tertullien, que « le crime de l'idolâtrie est tout le sujet du jugement : Totit causa judicii, idololatria^. » Quoi donc! est-il véritable que Dieu ne jugera que les idolâtres, et tous les autres jiécheurs jouiront-ils de l'impunité? Chrétiens, ne le croyez pas: ce n'est pas le dessein de ce grand honnne d'autoriser tous les autres crimes; mais c'est qu'il prétend qu'en l'idolâtrie tous les autres sont condamnés ; mais c'est qu'il estime que l'idolâtrie se trouve dans tous les crimes : qu'elle est comme un crime universel, dont tous les autres ne sont que des déi^endances. Il est ainsi. Chrétiens : nous

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