‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 235 sur 397 · Première rédaction : Puisque la sur la terre · texte numérisé non relu

Première rédaction : Puisque la sur la terre

divine Thérèse a mené une vie ce- 4. Var. : notre conversation,

leste, puisque son àme. purifiée par 5. Première rédaction : Mais com-

les chastes feux de la charité, sem- me la vie de sainte Thérè.^^e a été la

Ijlait être prescjue dégagée de tout véritable pratique de cette excel-

ce qu'il y a de terrestre en l'homme. lente doctrine que saint Paul nous

Semions de Bossuet. — II. 2t

jo me propose aujourd'hui de vous en montrer la pratique dans la vie admirable de sainte Thérèse, je tâcherai avant toutes choses de rechercher jusqu'au principe cette excellente doctrine. Et pour cela, je vous prie d'entendre qu'encore que l'Église qui règne au ciel et celle qui gémit sur la terre, semblent être entièrement séparées, il y a ^ néanmoins un lien sacré, par lequel elles sont unies. Ce lien, ^lessieurs, c'est la charité, qui se trouve dans ce lieu d'exil aussi bien que dans la céleste patrie ; qui réjouit " les saints qui triomphent, et anime ^ ceux qui combattent ; qui, se réj^andant du ciel en la terre, et des anges sur les mortels, fait que la terre devient un ciel et que les hommes deviennent des anges. Car, ô sainte Jérusalem, heureuse Église* des premiers-nés, dont les noms sont écrits au ciel, quoique l'Église, votre chère sœur, qui vit et combat sur la terre, n'ose pas se comparer à vous, elle ne laisse pas d'assurer qu'un saint amour vous unit ensemble. Il est vrai qu'elle cherche et que vous possédez, qu'elle travaille et que vous vous reposez, qu'elle espère et que vous jouissez. Mais, parmi tant de différences par lesquelles vous êtes si fort éloignées, il y a dn moins ceci de commun, que ce '" qu'aiment les esprits

a enseignée, il faut aujom-d'hui pé- pas. Chrétiens, (jiie ces âmes, pleines

nétrer le fond de cette vérité tout de Dieu et rassasiées de son abon-

évangélique, et rechercher j)ar les dance. chantent des cantiques de

Ecritures pour quelle cause le grand joie pendant que nous gémissons.

.\pôtre établit les chrétiens dans le «[u'elles se réjouissent de 'leur liberté

ciel, même pendant leur pèlerinage. tandis que nous déplorons notre

1. Yar. : il a plu à la Providence servitude. Mais quoique les états (pril y eût néanmoins un lien sacré soient divers, nous ne respirons tous par lequel elles fussent unies. Et (pie le même amour : et p;irmi leurs quel est ce lien. Messieurs, sinon chants d"allégresse et nos tristes gél'esprit de la charité, qui se trouve...'/ missements, on entend résonner par-

2. Var. : enflamme. tout ces paroles dn sacré Psalmiste : ."!. Yar. : échauffe. .l/ihi aiifoii aiJhwri're Dcohonum cM. I. Yar. : chaste Église. ( Ps. LXX il. "28.) C'est pourquoi l'aô. Première rédaction : Il y a du ))ôtre saint Paul, nous voyant unis

moins ceci de commun, que ce que avec eux par ces chastes mouve-

vous aimez dans le ciel, elle l'aime ments de l'amour de Dieu, il ne

aussi sur la terre. Jésus est votre jieut se résoudre à dire que nous

vie, Jésus est la nôtre; et ce divin soyons encore en ce monde : « Notre

fleuve de charité dont vos âmes sont demem-e, dit-il, est aux cieux : .Vo-

inondées, a été aussi « répandu sur ^tni conrir^iilio iii cœlis est. »

nous par le Saint-Esprit qui nous a Et ne vous persuadez pas que le

été donné, o D'où est-il aisédecom- poids de ce coi-ps moi-tel empêche

prendre la société qui nous lie avec cette union bienheureuse : car, mes

les esprits bienheureux. Je n'ignore Frères, ce divin Esprit, qui est l'an-

PANÉGYRIQl K DE SAINTE THÉRÈSE 371

bienheureux, c'est ce qu'aiment aussi les hommes mortels. Jésus est leur vie, Jésus est la nôtre ; et parmi leurs chants d'allégresse et nos tristes gémissements, on entend résonner partout ces paroles du sacré Psalraiste : « Mihî aidera adhœrere Deo honiini est : Mon bien est de m'unir îi Dieu. » C'est ce que disent les saints dans le ciel, c'est ce que les fidèles répondent en terre ; si bien que, s'unissant saintement avec ces esprits immortels par cet admirable cantique que l'amour de Dieu leur inspire, ils se mêlent dès cette vie à la troupe desbienheureux, et ils peuvent dire avec l'Apôtre : « Notre conversation est dans les cieux : Xostra convcrsatio ht cœlh est. » Telle est la force de la charité, qu'elle fait que le saint Apôtre ne craint pas de nous établir dans le paradis, même durant ce pèlerinage, et ose bien placer des mortels dans le séjour d'immortalité. Car il faut ici remarquer une merveilleuse doctrine, qui fera le sujet de tout ce discours : c'est, mes Frères, que cet Esprit- Saint, qui est l'auteur de la charité, qui la fait descendre du ciel en la terre, a voulu aussi lui donner des ailes pour retourner au lieu de son origine.

En effet, il est véritable, le mouvement de la charité \ c'est de tendre toujours aux choses célestes: ni le poids de ce corps mortel, ni les liens de la chair et du sang- ne sont pas capables de la retenir ; elle a troj) de moyens de s'en détacher et de s'élever au-dessus. Elle a" premièrement l'espérance, elle a secondement des

teur de la charité, ijiii lins|jire aux que. jouissant déjà ]iar avance du

hommes mortels aussi liien (ju^aux Ijonheur qui lui est ))romis. malgré

esprits célestes, lui a aussi voulu les misères de cet exil elle peut dire

donner trois secours pour secouer le avec l'Apôtre que « son esj)érance

poids de la chair, sous lequel elle la rend heureuse. Spe yamlentvs d

serait accablée... (Rom., xii, 12): et c'est' sa première

1. Var. des anciennes éditions: action, resjjérance qui la réjouit jiar (( La charité, don du ciel à la tewe. une possession anticipée. Et de là Espérance et désirs, dons de la terre naissent les désirs ardents ;' parce au ciel. Promesse, échelle par la- que, parmi les douceurs divines que quelle elle monte. Parole, descendue son espérance lui donne, elle ti-ouve du ciel, y lattire notre espérance des liens qui l'attachent, elle sent comme une chaîne divine. » — list- uue chair qui lui pèse et quirenice ici le reste d'une esquisse primi- pêche d'aller à Dieu. Que fera-t-elley tive, ou bien serait-ce un fragment qu'entreprendra-t-elley C'est là que de sommah-e ? l'âme fait un second effort et que,

2. Première i-édaction : Et pi-e- tâchant de rompi-e ses chaînes par mièrement. Chrétiens, les promesses la violence de .ses désirs, elle s'écrie de Dieu l'animent de telle sorte encore avec saint Paul: « CV;>/o </;,sv

tlésirs ardents, elle a troisièmement l'amour des souffrances. « Mais qui pourra entendre ces choses ? Quis sapiens, et inteJliget Ista^} » Qui pourra comprendre ces trois mouvements, par lesquels une âme enflammée et touchée de l'amour de Dieu se déprend de ce corps tle mort ? Elle se voit au milieu des biens périssables^ mais elle passe bientôt au-dessus par la force de son espérance : espérance si ferme et si vigoureuse, qu' « elle s'avance, dit saint Paul" au dedans du voile : Spem inccdcntem iisque ad intcriora veJaininis » ; c'est-à-dire qu'elle perce les cieux pour pénétrer jusqu'au sanctuaire, où « Jésus, notre avant-coureur, est entré pour nous : Pnecursor pro nobis introhit Jcsus ^. »

Voyez, mes Frères, le vol de cette âme que l'amour de Dieu a blessée. Elle est déjà au ciel par son espérance ; mais, hélas ! elle n'y est pas encore en effet : les liens de ce corps l'arrêtent. C'est alors que la charité lui inspire des désirs pressants, par lesquels elle s'efforce de rompre ses chaînes, en disant avec saint Paul i « Desiderium hahcns dissolvi et esse cum Christo^ : Ha! que ne suis-je bientôt délivrée, afin d'être avec Jésus- Christ! » Ce n'est pas assez des désirs; et la charité, qui les pousse, étant irritée contre cette chair qui la tient si longtemps captive, semble la vouloir détruire elle-même par un généreux amour des souffrances. C'est par ces trois divins mouvements que Thérèse s'élève au-dessus du monde. Ils sont grands, ils sont relevés ; et peut-être auriez-vous peine de les retenir, ou d'en ])ien comprendre la connexion, si je ne les répétais encore une fois en les appliquant à notre sainte. Enflammée de l'amour de Dieu, elle le cherche par son espérance : c'est le premier pas qu'elle fait ; que si l'espérance est trop lente, elle y court, elle s'y élance par des désirs ardents et impétueux : tel est son second mouve-

solri cf l'Sfc ciim Chr'ifiti : Que je donc en peu de paroles toute la vie

voudrais être bientôt avec Jésus- de sainte Tliértse. enflammée de

Christ! )) Elle ne se contente pas Tamonr de Dieu, etc.

des désirs: elle s'irrite conti-e cette 1. Osée. XI \". 10. — Edit. : hwc.

chair qui la tient si lonc^temps cap- i. Hebr., vi. ]!•.

tive, et, touchée' d'une sainte haine, i'>. Ihiâ.. '20.

elle la vent, ce semble, détruire elle- 4. Phil.. i. '2".. — Edit. : ' "yj/ii dh-

méme par de longues mortifications fulri ...

et i)ar l'amour de la pénitence. Yoilà

ment ; et enfin son flernier effort, c'est que les désirs ne suffisant pas ' pour briser les liens de sa chair mortelle, elle lui livre une sainte guerre ; elle tâche, ce semble, de s'en décharger par de longues mortifications et par de continuelles souffrances, afin qu'étant libre et dégagée, et ne tenant presque plus au corps, elle puisse dire avec vérité ces paroles" du saint Apôtre : « Nostra autcm conversatio in cœlis est : Notre conversation est dans les cieux. » Ce sont, Messieurs, ces trois actions de la charité de Thérèse qui partageront ce discours. Je commence à vous faire voir quelle est la force de son espérance. Vous comprenez bien, je m'assure, que, dans dans une matière si haute, j'ai besoin d'une attention fort exacte ; mais il ne faut rien méditer de l:>as quand on parle de sainte Thérèse et qu'on a l'hoiuieur, Madame, d'entretenir Votre Majesté.

Premier Point.

L'espérance que je vous prêche, celle que le Fils de Dieu nous enseigne et c^ui élève si fort l'âme de Thérèse ', n'est pa5 semblable à ces espérances par lesc[uelles le monde trompeur surprend l'imprudence des hommes, ou abuse leur crédulité. I/espérance dont le monde parle n'est autre chose, à le bien entendre, qu'une illusion agréable; et ce philosophe l'avait bien compris, lorsque, ses amis le priant de leur définir l'espérance, il leur répondit en un mot : « C'est un songe de personnes qui veillent: Somniuiu vigilantiiim^. » Considérez en effet, Messieurs, ce que c'est qu'un homme enflé d'espérance. A quels honneurs n'aspire-t-il pas? quels emplois, quelles dignités ne se donne-t-il pas à lui-même? Il nage déjà parmi les délices, et il admire sa grandeur future. Rien ne lui paraît inq)ossible ; mais lorsque, s'avançant ardennnent dans la carrière qu'il s'est proposée, il voit naître de toutes parts des difficultés qui l'arrêtent à chaque pas, lorsque la vie lui manque,

1. Yar. : si le< désirs ne suffisent Thérèse dans la possession du soiijias. verain bien.

2. Var. : ces beaux mots. 4. Apii>1 S. H'i;<il.. I\/>ift. xiv.

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