‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 247 sur 397 · Var. : met · texte numérisé non relu

Var. : met

SUS, ce divin Sauveur, n'a vécu que pour endurer ; et il m'est aisé de vous faire voir, par les Écritures divines, qu'il n'a voulu étendre sa vie qu'autant de temps qu'il fallait souffrir. Entendez donc encore cette vérité, par laquelle j'achèverai ce discours, et qui en fera tout le fruit.

Je ne m'étonne pas. Chrétiens, que Jésus ait voulu mourir : il devait ce sacrifice à son Père, pour apaiser sa juste fureur et le rendre propice aux hommes. Mais c|u'était-il nécessaire c|u'il passât ses jours, et ensuite c[u'il les finît i">armi tant de maux? C'est pour la raison que j'ai dite. Étant l'homme de douleurs, comme l'appelait le Projihète \ il n'a voulu vivre que pour endurer ; ou, pour le dire plus fortement par un beau mot de Tertullien, « il a voulu se rassasier, avant que de mourir, par la volupté de la patience : Suginari voluptate patientiœ discessurus volchat'. •» Voilà une étrange façon de parler. Ne diriez-vous pas, Chrétiens, que, selon le sentiment de ce Père, toute la vie du Sauveur était un festin, dont tous les mets étaient des tourments ? Festin étrange, selon le siècle, mais que Jésus a jugé digne de son govit. Sa mort suffisait pour notre salut ; mais sa mort ne suffisait pas à ce merveilleux appétit qu'il avait de souffrir pour nous. Il a fallu y joindre les fouets, et cette sanglante couronne qui perce sa tête, et tout ce cruel appareil de supplices épouvantables ; et cela, pour quelle raison? C'est que, ne vivant que pour endurer, « il voulait se rassasier, avant que de mourir, de la volupté de souffrir pour nous : Saginari voluptate patientiœ discessurus volehat. »

Mais, pour vous convaincre plus clairement de la vérité que je prêche, regardez ce que fait Jésus à la croix. Ce Dieu avide de souffrir pour l'homme, tout épuisé, tout mourant qu'il est, considère que les prophéties lui promettent encore un breuvage amer dans sa soif : il le demande avec un grand cri ; et après cette aigreur et cette amertume dont le Juif impitoyable arrose sa langue, que fait-il? Il me semble qu'il se tourne du côté du ciel : Eh bien ! dit-il, ô mon Père, ai-je bu tout

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