Fin de phrase soulignOe. /hin
DISSERTATION SUR l'iIONNEUR. 435
passions et de leurs sentiments : autrement il n'y aurait pour lui aucune douceur, puisqu'un honnête homme n'en trouve jamais en ce qui le met dans la servitude.
Ce n'est pas assez d'avoir reconnu combien l'honneur peut contribuer à la satisfaction raisonnable qu'on doit désirer dans la vie, si nous n'examinons encore combien il y est nécessaire, et jusques à quel point on s'en peut passer.
L'honneur ^ ne peut être ravi par force, parce que c'est une opinion ; or les opinions ne sont pas forcées : donc la violence ne peut jamais être employée pour rétablir son honneur, parce que le principe de la nature ne permet la force que contre la force : Viin vi rcpcJ- Icre licet. Un homme vous donne un soufflet ; ce n'est pas lui proprement qui vous déshonore, mais ceux qui vous font l'injustice de vous en estimer moins, i:)our avoir été exposé à la violence ~.
Il n'est pas permis d'inventer une calomnie contre un homme qui vous déshonore'. On peut se récompenser de l'argent qui vous est volé, en prenant autant de votre ennemi, sans lui faire injustice, parce qu'il a véritablement telle somme qui ne lui appartient pas, et que vous avez droit de la répéter de lui par une action bien fondée ; or ici, l'honneur que vous lui ôtez lui appartient légitimement, puisque nous supposons que c'est une calomnie que vous inventez, et vous ne pouvez avoir aucune action légitime pour lui ôter son bien : donc il n'y a point de compensation.
1. Ces deux derniers alinéas sem- mots : (i Peut-être poiuTez-vous... ». blent être des remarques ajoutées et ne.les remplace pas. après coup. La dissertation était 2. Edit. : nous donne... nous désinachevée. Même après ces additions. honore,... exposés... elle reste éconrtée dans sa dernière 3. Ici encore les éditeurs remplapartie. L'auteur allait proposer une cent voks par nous, malgré vouk petite concession : mais, réflexion 'ins.... qui devait bien les avertir, faite, il se Tinterdit. Il efface ces
.Mission de Metz, 1658.
Ce n'est pas sans hésiter que nous avons placé ici cette autre dissertation. Il n'y a plus de manuscrit ; et l'œuvre a un caractère impersonnel, qui n'indique point de date précise. On est donc réduit à la classer d'après de simples conjectures. En plus d'une circonstance. Bossuet eut à préciser sa pensée et sa doctrine sur le sujet de la Charité fraterncUe. Une des plus solennelles se rencontra dans le Carême du Louvre (1662), où il en fit tout Vcuiietien de la troisième semaine sur l'amour du prochain et sur les vices contraires. Ce serait la date extrême où nous pourrions être tenté de renvoyer le présent écrit. Mais il peut fort bien être plus ancien ; et puisque, dans l'allocution du mardi suivant, notre missionnaire rappellera à ses auditeurs qu'on leur a fait voir « le malheur de ceux qui nourrissent dans leur cœur des inimitiés )), il paraît assez probable que c'est ici la matière d'un catéchisme sur la Charité pour le prochain, fait par Bossuet à Saint-Jean de la Citadelle. L'évangile du troisième mardi de Carême appelait son attention sur ce point, comme celui du mardi précédent sur l'Honneur, et celui du mardi suivant sur la Médisance.
L'œuvre paraîtra peut-être inédite aux lecteurs, qui ne sont jjas accoutumés à la rencontrer dans la série des discours de Bossuet. Elle ne l'est pourtant pas. Je la prends dans les Pensées chrétiennes et morales, où elle a été reléguée ^. Bossuet en faisait assez de cas pour s'y reporter, en 1672, dans le manuscrit du sermon pour la Pentecôte ^ prêché devant la Reine.
Le caractère du chrétien, c'est d'aimer tous les hommes, et de ne craindre pas d'en être ha'ï^ : ainsi l'esprit de charité fraternelle forme le caractère particulier du chrétien.
I. « Ce que je vous commande, dit Jésus-Christ à ses disciples, c'est de vous aimer les uns les autres : H sec mando vohis, ut diligatis inviccm'^. » Ce commande-
1. Deforis. t. YII. p. i)41-545. n. .". L'esprit de Bossuet, toujours si
xiv-xxTii. — Laclwt. t. X.p. ti04-ti0!i, précis, trace dès cette première phra-