Ail Xaf.. lib. I. ment parler : « Comme l'ange
2. Ce singulier indique la pensée. l'homme ne veut... » La phrase n'est pas faite, à propre- 3. Ms. : de.
sance ; il ne faut qu'une médisance pour récréer une bonne compagnie. La moquerie. Nous prenons plaisir de nous comparer aux autres, et nous sommes bien aises d'avoir sujet de croire que nous sommes plus excellents. Voilà la cause de la médisance, l'envie ; cause honteuse et qu'on [n'Jose pas avouer, mais qui se remarque par la manière d'agir. L'envie est une passion basse, obscure, lâche. Il y a un orgueil qu'on appelle noble, qui entreprend les choses ouvertement ; l 'envie ne va que par des menées secrètes. Ainsi le médisant; il se cache. L'envie est une passion timide, qui a honte d'elle-même, et ne craint rien tant que de paraître. Ainsi le médisant ; il ronge secrètement. Saint Chrysostome dit : Ancilla fur, contumelia et malediccntia\ Elle observe, et se cache. L'envie n'a pas le courage assez bon pour chercher la véritable grandeur, mais elle ne tâche de s'élever qu'en abaissant [p. 6] les autres. Le médisant de même : il diminue, il biaise, il ne s'explique qu'à demi-mot : paroles à double entente ; si ouvertement, il prend de beaux prétextes. Combien honteuse est donc cette passion !
Mais il y a, direz-vous, d'autres causes. Il est vrai, mais toujours de l'orgueil. Pour montrer que nous savons bien pénétrer dans les sentiments des autres. Saint Augustin : Omncs aut pêne omnes homines ainamiis nostras suspicîones vel vocare vel existimare cognîtiones^. Témérité. Milita incredihUia vera. Exemple de Suzanne, de Judith ; mais les effets ont fait connaître. Mais Dieu se réserve bien des choses : nous faisons les dieux.
Autre sorte d'orgueil : le plaisir de reprendre, comme pour faire parade de sa vertu. Saint Augustin : Curioxum gcnus humaniim ad cognoscendam vitam alienam, desîdiosnm ad corrîgendam siiam^. Hypocrita, dit le Fils de Dieu, ejice prmium [trahcm de ocido tuo, et tune videhis ejicere festucam de oculo fmtris tuî'\ "*. Il fait le vertueux, en reprenant les autres : il ne- l'est pas, parce qu'il ne se corrige pas soi-même. Il affecte
1. 1)1 Act. Apost., liom. XXIX. :>. Confest'., Mb. X. cap. m. — Ms.:
2. Ad Maccd., Ep. CLIII, n. 22. — od corrigvndum rhum aVu'nam... Ms. : Omnes vel pêne... sii.<picione>' 4. Matth.. \'IT. ô.
dicere vel e.ristimare...
DE LA ?tîÉniS.\NCE, 447
une certaine liberté de parler des autres et des abus publics : hypocrite, commence par toi-même à réformer le monde \ Il reprend ce qu'il ne peut pas amender, il n'amende pas ce qu'il peut corriger. Il y a plaisir à parler des vices d'autrui, parce qu'on remarque sans peine les défauts des autres ; et on ne surmonte les siens qu'avec peine.
La première de ces médisances est basse et honteuse, la seconde est fîère et insolente ; la troisième, trompeuse et hypocrite. Tout vient de l'orgueil : [p. 7] Si superbus est', et invidus est^. Et après, diabolus, médisant, calomniateur. Il nous mène par les mêmes degrés. Eritis sicut dW^ : une suite de cela, c'est que nous rapportons tout à nous-même[s].
Second Point.
Les Effets. Rompre la charité. Et ne dites pas : Ce que je dis, c'est peu de chose. Pour deux raisons. 1° Par ce peu de chose vous tendez à rendre un homme ridicule. — Deux fondements sur lesquels la charité chrétienne s'appuie, l'inclination et l'estime. La charité est tendre, bénigne, douce ; mais la charité est respectueuse: Honore invîcem prsevenientes^. Vous renversez cette amitié, quand vous détruisez l'estime ; vous excluez un homme de la société. 2'^ C'est peu de chose ! Mais vous ne connaissez pas quelle est la nature des bruits populaires. Au commencement, ce n'est rien ; mais les médisances vont se grossissant peu à peu dans la bouche de ceux qui les répètent, ingenita quihu^dam, dit Tertullien, mentiendi voluptate^ ', en sorte que le médisant, voyant jusques où est crû le petit bruit qu'il avait semé, ne reconnaît plus son propre ouvrage. Cependant il est cause de tout le désordre. Comme lorsque vous jetez une petite pierre dans un étang, vous voyez se former sur la surface de l'eau des ronds^ petits, plus grands, et enfin tout l'étang en est agité : qui en est la cause? celui qui a jeté la pierre.
1. Bossiiet, même en négligé, ^'e 3. S. Ang.. Eiuir. hi /'.-•. c. n. !•. reconnaît à des traits comme celui-ci. 4. Gen., m, 5.
2. Ms. : Superbugj ac per hoc inei- â. Rom., xii. 10. dus. L'auteur cite de mémoire, et (i. Apulog.. n. 7. reproduit plutôt le sen.": que les mots.
Outre cela, le médisant [p. 8] ne peut pas réparer le mal qu'il fait : les impressions demeurent, même les choses étant éclaircies. On dit : Si cela n'était vrai, cela était du moins vraisemblable \ Comme lorsqu'une chose a été serrée par un nœud bien ferme, les impressions du lien demeurent même après que le nœud a été brisé : ainsi ceux qui sont serrés par la médisance : Beatns qui tectus est a lingiia neqiiam,... et in vinculis ejus non est ligatus ! ...vineuhim illius, vincuhim œreum est~.
Troisième Point.
Remèdes. Général : ne pas applaudir aux médisants ; leur montrer un visage sévère ; parce que leur dessein, ce n'est que d'être plaisant [s]. Le médisant, voleur: saint Paul les met avec les voleurs : Neqtie maledici, neqiic rapaces^. Celui q\ii l'écoute, receleur. Tout le monde hait les médisants, et tout le monde leur applaudit ; on leur peut appliquer ce que dit Tertullien des comédiens : Amant qnos muhtant, depretiant qiios probant '^.
Seeond remède : se regarder comme devant être jugé, et l'on n'aura [pas] envie de juger'' : Qui sine peccato est vestrum, primas in iUam lapidem nnttat^. Tous furent détournés par cette parole. Celui qui n'a point de défauts, ciu'il commence le premier à reprendre. Jésus-Christ même dit à cette femme : Nec ego te condemnabo ' . Si l'innocent pardonne aux pécheurs, combien plus les pécheurs se doivent-ils pardonner les uns les autres !
Notes sur une feuille intitulée : Médisance.
Memor esto Domine, opprohrii servorum tuorum quod continut in sinu meo [Ps. i.xxxvni, 51]; ideo memor esto quo continul te solum judiccm quserens. Sin antem in alios ostendam ; despicies
1. Bossuet renvoie à des remar- .'). Les éditeurs complètent, en emqnes sur des testes des Proverbes: pruntant quelques lignes :i un extrait V. J'rov., VI, p. 2. des Remarques morales joint au ser-
2. Eccli., XXVIII, 2.^. 24. — Ms. : mon, qu'on pourra lire à la suite. riiiculum ejus «?«ew?7i... Cette citation 6. Joan., viii, 7. — Ms. : Qui sine est ajoutée après coup. culpa csf^primus in eam...