‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 288 sur 397 · Le monde ne saurait vous haïr; avant le discours · texte numérisé non relu

Le monde ne saurait vous haïr; avant le discours

SUR I-A SATISFACTION. i.")!

fîce pouf le péché. Par lu que devons-nous apprendre, sinon que, pendant le temps de notre voyage, nous devons offrir à Dieu tous les jours le sacrifice pour nos péchés? Et quel est ce sacrifice pour nos péchés, sinon les satisfactions, qui sont les vrais fruits de la pénitence? C'est de quoi nous parlerons. Assistance du Saint-Esprit. Exorde sur Jeu paroles de l'ErdugUc rapportées au texte \ — Ce que dit le Fils de Dieu, que le monde le hait à cause du témoignage qu'il rend que ses œu\res sont mauvaises, se vérifie particulièrement dans le sacrement de la pénitence : c'est principalement dans la pénitence que Jésus-Chi'ist rend témoignage contre les péchés. Il rend liien témoignage contre les péchés par la pi'édication de sa parole ; car sa [p. 2] parole n'est autre chose qu'une lumière que Dieu élève au milieu de l'Église, afin que les œuvres de ténèbres soient découvertes et condamnées ; mais cela ne se fait qu'en général ; au lieu que, dans le sacrement de la pénitence. Dieu parle à la conscience d'un chacun de ses péchés particuliers: non seulement' il ordonne qu'on les accuse, mais encore qu'on les condamne et qu'on les punisse. De là les satisfactions que l'on nous impose, les peines et les pénitence^- qu'on nous connnande. C'est aussi pour cette raison que plusieurs fuient Jésus-Christ dans la pénitence : Quia tcst'nuoniutn perhiheo. Ils évitent de se confesser, parce qu'ils appréhendent, disentils, de trouver quelque confesseur fâcheux et sévère. Pour leur ôter cette pensée lâche, qui entretient leur impénitence, expliquons toute la matière de la satisfaction, selon les sentiments de l'Église et du siiint concile de Trente^ : 1° la nécessité de la satisfaction ; 2° quelle elle doit être ; 3'" dans quel esprit nous la devons faire.

Premier Point.

La Nécessité. Il ne faudrait point chercher d'autres preuves que les exemples des saints pénitents : faut en rapporter quelques-uns. Si tous ceux auxquels Dieu a inspiré le désir de la pénitence, il leur inspire ' aussi dans

1. Xoiiveiiii titie de la main île 2. En marge : (( Division. »

Bossnet. ;{. Cette anacoluthe est soulignée

le même temps la volonté de le satisfaire, on doit conclure nécessairement que ces deux choses sont inséparables ; et si nous refusons de suivre les pas de ceux qui nous ont précédé [s] dans la voie de la pénitence, nous ne devons jamais espérer le pardon [p. 3] qu'ils ont obtenu : ce que nous verrons encore plus évidemment, si nous concevons la raison par laquelle ils se sentaient pressés de satisfaire à Dieu pour leurs crimes. C'est qu'ils étaient très persuadés que, pour se relever de la chute où le péché nous a fait tomber, il ne suffit pas de changer sa vie, ni de corriger ses mœurs déréglées : car, comme remarque excellemment le grand saint Grégoire : Ce n'est pas assez pour payer ses dettes, que de n'en faire plus de nouvelles, mais il faut aequitter celles qui sont créées ; et lorsqu'on injurie quelqu'un, il ne suffit pas pour le satisfaire de mettre fin aux injures que nous lui disons, mais encore outre cela la justice nous ordonne de lui en faire réparation ; et lorsqu'on cesse d'écrire, il ne s'ensuit pas pour cela qu'on efface ce qui est déjà écrit, il faut passer la plume sur l'écriture que nous avons faite, ou bien déchirer le papier^. Il en est de même de nos péchés : tout autant de péchés que nous commettons, autant de dettes contractons-nous envers la justice divine. Il ne suffit donc pas de n'en faire plus de nouvelles, mais il faut payer les anciennes. Et lorsque nous nous abandonnons au péché, quelle injure ne disons-nous pas contre Dieu? Nous disons cju'il n'est pas notre créateur, ni notre juge, ni notre père, ni notre sauveur, etc. Est-ce donc assez, Chrétiens, de cesser de lui dire de telles injures, et ne sommes-nous pas obligés, de plus, à lui en faire la satisfaction nécessaire? Enfin, quand nous péchons, nous écrivons sur nos cœurs : Peccatum Juda seriptum est stylo ferreo... supra latitudinem cordis corum". Ne croyons donc pas faire assez, lorsque nous ne continuons pas d'écrire ; cela n'efface pas ce qui est écrit : il faut passer la plume, par les

au manuscrit, peut-être par les éili- k On peut étendre un peu ces coni-

teurs. Il est évident que la phrase ])araisons pour les rendre ])lus seu-

n'est pas faite. sibles. »

J. Pasior.. III. part., cap. xx.x. 2. Jerem.. xvii. 1. — 'Sl^. : Jmlii

Bossuet avait écrit ces mots, qui ont <f Jcnnialcni... été depuis raturés siu- le manuscrit :

exercices laborieux qui nous sont [p. 4] prescrits dans la pénitence, sur ces tristes et malheureux caractères ; il faut déchirer le papier sur lequel ils ont été imprimés, c'est-à-dire qu'il faut déchirer nos cœurs : Scinditc corda vestra ^ : ainsi ils seront effacés.

Mais, pour pénétrer jusque dans le fond cette vérité catholique, considérons sérieusement quelle est la nature de la pénitence. Le sacrement de la pénitence est un échange mystérieux qui se fait, par la bonté divine, de la peine éternelle en une temporelle. Quod si ipsi sibi judices fiant, et veïuti sua; iniquitatis idtores, hic in se voluntariam pœnam severissimse. anîmadversionis cxerceant, temporaJihus pœnis miitahunt œterna supplicia'. Et la raison en est évidente; car par le sacrement de la pénitence se fait la réconciliation de l'homme avec Dieu : or, dans une véritable réconciliation on se relâche de part et d'autre. Voyez de quelle sorte Dieu s(^ relâche ; dès la première démarche, il nous quitte la peine éternelle. Quelle serait, pécheur, ton ingratitude, si tu refusais de te relâcher en subissant volontairement la peine temporelle qui t'est imposée ! Si tu rejettes cette condition, la réconciliation ne se fera pas ; car Dieu use tellement de miséricorde qu'il n'abandonne pas entièrement les intérêts de sa justice, de peur de l'exposer au mépris : Nulliis dehitœ gravions psenœ accipit veniam, nisi qiialemcumque, etsi longe minorem quavi dehehat, solvcrit pœnam ; atquc ita impartitur Jargitas misericordiœ , tit non relinquatur etiam jnstitia dhcipVmse ^ .

Il faut donc peser la condition sous laquelle Dieu oublie nos crimes et se réconcilie avec nous ; c'est à charge que nous subirons quelque peine satisfactoire, pour reconnaître ce que nous devions à sa justice infinie, qui se relâche de l'éternelle. Aussi voyons-nous clairement cette condition impoi'tante dans les paroles du compromis qu'il a voulu passer avec nous [p. 5] pour se ré-

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