‹ uvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 289 sur 397 · Joël., Il, ].->. quaest. 3 : De pœnit.. Jist. ï · texte numérisé non relu

Joël., Il, ].->. quaest. 3 : De pœnit.. Jist. ï

2. .lui. Pomer., De Vif. contemp., 3. S. Aug., lib.de ('ont in. ^ cap. vr. lib. II. cap. VII, n. 2. — Cité par n. 25. — « Rapporté ihid.. remarque Bossuet sous le nom de saint Pros- Bossuet, cap. xlii. n — ils.: etinmn per, avec cette note : « Rapporté par Jonge imperiitur.

Gratien, Z>ecr., II part., cap. xxxiii,

concilier : car, remarquez ici, Chrétiens, le mystère de la réconciliation dans le sacrement de la pénitence. Dans ce différend mémorable entre Dieu et l'homme pécheur, afin d'accorder les parties, on commence à convenir d'arbitre, et on passe le compromis. Cet arbitre, c'est Jésus-Christ, grand pontife et médiateur de Dieu et des hommes ; mais, Jésus-Christ se retirant de ce monde, il subroge les prêtres en sa place, et leur remet le com.promis en main. Toutes les deux parties conviennent de ces arbitres ; Dieu en convient, puisc^ue c'est son autorité c[ui les établit ; les hommes aussi en conviennent, lorsc^u'ils se viennent jeter à leurs pieds. Il faut donc que ces arbitres prononcent ; mais de cjuelle sorte prononceront-ils ? Suivant les termes du compromis. Lisons donc les termes du comi)romis, et voyons les conditions sous lesquelles Dieu se relâche.

Voici comme il est couché dans les Écritui'es : Quœcinnquc solverîtis [super terram, eriint soluta et in eieJo] ^ : voilà les paroles par lesquelles Dieu se relâche. Faites donc, arbitre établi de Dieu, ce que Jésus-Christ vous permet ; et déliez entièrement le pécheur sans lui rien imposer pour son crime. Chrétiens, cela ne se peut ; car achevons de lire le compromis : Quœcumquc aUiguveritis super terram, erunt ligota et in cselo. Il lui est donc permis de délier ; mais il lui est ordonné de lier : voilà l'ordre qui lui est prescrit, et cette loi doit être la nôtre ; car ce mystérieux compromis ayant été signé des parties, il leur doit servir de loi immuable. Jésus- Christ l'a signé de son sang au nom de son Père, et comme procureur spécial établi par lui pour cette réconciliation ; tu l'as aussi signé, pécheur, quand tu t'es approché du prêtre en vertu de cette parole et de ce traité. Jésus-Christ l'observe de son côté, et il te remet volontiers la peine éternelle : Cjue reste-t-il donc [p. 6] maintenant, sinon que tu rexécute[s] de ta part avec une exacte fidélité? Exhortation à satisfaire ^ . . Passage

1. Matth.. xvin. IS. — Ms.: (M'(/- L'auteur a même écrit d"abonl :

cnmqiu' mlreritis. Et plus loin: a Passage au second point «■» (//*'0)(? :

(liiodcumq'ie liffciverifi!'. cette nécessité... » Il efface ces deux

•2. Les éditeurs ponctuent de façon mots, parce que son intention n'est

à taire entendre que l'exhortation ù pas de réciter textuellement une

fatiffaire doit servir de passage au esquisse, second point. Tel n'e.?t pas le sens.

au second point : cette nécessité de la satisfaction étant solidement appuyée, voA'ons à présent quelle elle doit être.

Second Point.

Je dis, pour ne point flatter les pécheurs, qu'elle doit être très sévère et très rigoureuse. Et quand je l'appelle très rigoureuse, ce n'est pas qu'effectivement nous dussions Testimer telle : car si nous considérions ^ attentivement de c|uelle calamité nous délivre cet échange miséricordieux qui se fait dans la pénitence, rien ne pourrait nous paraître dur ; si bien que cette pénitence n'est dure qu'à cause de notre lâcheté et de notre extrême délicatesse. Mais, afin de la surmonter, appuyons invinciblement cette rigueur salutaire par le saint concile de Trente ; et vous proposant trois raisons par lesquelles ce saint concile établit la nécessité de satisfaire, faisons voir manifestement qu'elles prouvent la sévérité que je prêche.

La première raison des Pères de Trente ', c'est- que, si la justice divine abandonnait entièrement tous ses droits, si elle relâchait aux pécheurs tout ce qui leur est dû pour leurs crimes, ils n'auraient pas l'idée qu'ils doivent avoir du malheur dont ils ont été délivrés; et estimant leur faute légère, par la trop grande facilité du pardon, ils tomberaient aisément dans de plus grands crimes. De là vient que, dans ce penchant et sur le bord de ce précipice, pour ne point lâcher la bride à la licence des hommes. Dieu, en leur [p. 7] quittant la peine éternelle, « les retient, comme par un frein, par la satisfaction temporelle; quasi frseno quodam, » dit le saint concile de Trente.

Et certainement. Chrétiens, il est bien aisé de connaître que tel est le conseil de Dieu, et l'ordre qu'il lui plaît de tenir avec les hommes ; car il n'y a aucune apparence que ce Père miséricordieux, en relâchant la peine éternelle, en voulût réserver une temporelle, s'il n'y était porté par quelque raison importante. Et quelle

1. M?. : considéron.*. — La •^uite de non.s. de le reproduire dans le texte, lu phrase montre que c'est un lapsus;; 2. Nej\«. XI Y, cap. viir.

les éditeur? ont eu tort, croyons-

456 SUR LA SATISl-'ACTIOX.

raison y aurait-il qu'après s'être relâché si facilement ti'une dette si considérable, c'est-à-dire la damnation et l'enfer, il fît le dur et le rigoureux sur une somme de si peu de valeur comme est la satisfaction temporelle ? Il quitte libéralement cent millions d'or, et il fait le sévère pour cinq sols. Il fait Cjuelque chose de plus ; car il y a bien moins de proportion entre l'éternité de peines dont il nous tient quittes et la satisfaction qu'il exige dans le temps. D'où vient donc cette sévérité dans une si grande indulgence? Dieu est-il contraire à luimême? et celui qui donne tant, pourquoi veut-il réserver si peu de chose? C'est par un conseil de miséricorde, qui l'oblige à retenir les pécheurs, de peur qu'ils ne retombent dans de nouveaux crimes. Il sait que la nature des hommes, portée d'elle-même au relâchement, abuse de la facilité du pardon pour passer au libertinage ; il sait que, s'il laissait agir sa miséricorde toute seule, sans laisser aucune marque de sa justice, il exposerait l'une et l'autre à un [p. 8] mépris tout visible, à cause de la dureté de nos cœurs. Ainsi donc, en se relâchant, il ne se relâche pas tout à fait : la justice ne quitte pas tous ses droits ; et s'il ne l'emploie plus à punir les pécheurs, comme ils le méritent, par une damnation éternelle, il l'emploie du moins à les retenir dans le respect et dans la crainte par quelque reste de peine qu'il leur impose. Que si ces peines sont si légères qu'elles ne soient pas capables de donner de l'appréhension aux pécheurs, qui ne voit que par cette lâcheté nous éludons manifestement le conseil de Dieu? Un Pater, un Ave Maria, ini Miserere peut-il faire sentir à un pécheur qui a commis de grands crimes quelle est l'horreur de son péché, quel est [le] péril d'où il est tiré, et la peine qui lui était due? Il favit quelque chose de plus rigoureux.

Prenons donc garde, ô Confesseurs : ce n'est pas moi qui vous parle, c'est le concile de Trente qui vous avertit ; c'est Dieu même qui vous ordonne de prendre garde à ses intérêts. Je les remets, dit-il, en vos mains : déliez, je vous le permets; mais liez, puisque je l'ordonne ; vous êtes les juges que j'ai établis, vous êtes les ministres de ma bonté et de ma justice; usez de ma

miséricorde, mais ne l'abandonnez pas au mépris des hommes par une molle condescendance : faites sentir aux pécheurs l'horreur du crime qu'ils ont commis, par quelque satisfaction convenable; et tâchez [p. 9] par là de les retenir dans la voie de perdition dans laquelle ils se précipitent ; de peur que votre facilité ne leur soit une occasion de libertinage, et qu'abusant de votre indulgence, ils ne fassent une nouvelle injure au Saint- Esprit par leurs fréquentes rechutes.

I^a seconde raison du concile, c'est que la satisfaction est très nécessaire pour remédier aux restes des péchés, et déraciner les habitudes vicieuses. Pour entendre profondément cette excellente raison, il faut remarquer que le péché a une double malignité : il a de la malignité en lui-même, et il en a aussi dans ses suites. Il a de la malignité en lui-même, parce qu'il nous sépare de Dieu ; il a de la malignité dans ses suites, parce qu'il abat les forces de l'âme, et y laisse une certaine impression pour retomber dans de nouvelles fautes. C'est ce qu'on appelle l'habitude vicieuse ; et cette vicieuse habitude ne s'éteint pas, encore que le péché cesse : elle demeure dans nos cœurs comme une pépinière de nouveaux péchés ; c'est un germe que le péché effacé laisse dans les âmes, par lequel il espère revivre bientôt ; c'est une racine empoisonnée, qui dans peu fera repousser cette mauvaise herbe. C'est pour détruire ces restes maudits, c'est pour arracher ces habitudes mauvaises, que le concile de Trente a déterminé que la satisfaction était nécessaire : et la raison en est évidente. Car qu'est-ce autre chose qu'une habitude, sinon une forte inclination? Et comment la peut-on [p. 10] combattre, sinon en faisant effort sur soi-même par les exercices mortifiants de la pénitence? D'où je conclus, en passant plus outre, que cette pénitence doit être sévère, parce que l'inclination est puissante. C'est ce qui fait dire à saint Augustin, qu'il faut faire une pénitence rigoureuse, « afin, dit ce grand personnage, que la coutume de pécher cède à la violence de la pénitence : Ut violentix psenîtendi cedat consiietudo pcccandi^ ».

1. In Joan., tract. XLIV, n. 19. — Boi^suet écrit ici peccandi, là. pu(/naniJan.s cette citation deux fois répétée. di. La distraction est évidente.

Il faut donc nécessairement que la pénitence ne soit pas molle ; il faut qu'elle ait de la violence pour surmonter la mauvaise habitude, parce que la mauvaise habitude donne une nouvelle force et une nouvelle impétuosité à l'inclination naturelle que nous avons au mal par la convoitise : si bien que l'habitude est un nouveau poids ajouté à celui de la convoitise. Que si nous apprenons par les Écritures qu'il faut que nous nous fassions violence pour j-ésister à la convoitise, combien plus en devons-nous faire à une convoitise fortifiée par une longue habitude ! Ne t'imagine donc pas, ô pécheur ! que tu puisses résister à un si grand mal par une pénitence légère ; cjue tu puisses te dépouiller de cette ivrognerie si enracinée par quelque application à une prière courte et souvent mal faite. I! faut avoir recours nécessairement à cette violence salutaire de la pénitence ; il faut se mortifier par des jeûnes, et réprimer les dépenses excessives de tes débauches par l'abondance de tes aimiônes : Ut vlolenthr psenitendi ccâat consuctiido pcccandi,

La troisième raison du concile, et qui me semble la plus touchante, c'est que nous devons satisfaire à Dieu par les peines [p. 11] salutaires de la pénitence, pour nous rendre conformes à Jésus-Christ. C'est lui en effet, Chrétiens, qui est ce parfait pénitent qui a porté la peine de tous les péchés, en se faisant la victime qui les expie : si bien que, pour lui être semblables dans le sacrement de la pénitence, il faut que nous nous rendions des victimes mortifiées par les peines salutaires qu'elle nous impose. Car, mes Frères, il faut remarquer que les sacrements de l'Église, comme ils tirent toute leur vertu de la Passion de notre Sauveur, aussi en doivent-ils porter en eux-mêmes et imprimer sur nous une vive image. Ainsi, dans le sacrement de la sainte table, nous annonçons la mort de Notre-Seigneur, comme dit le divin Apôtre ' : ainsi, dans la pensée du même docteur, nous sommes ensevelis avec Jcsus-Clirist dans le saint baptême'; et c'est pourquoi l'Église ancienne plongeait entièrement dans les eaux tous les

]. I Cor.. XI, 20. 2. Kom.. vi. 4.

fidèles qu'elle baptisait, pour représenter plus parfaitement cette sépulture spirituelle ; ainsi, dans la confirmation, on imprime sur nos fronts la croix du Sauveur, pour nous marquer d'un caractère éternel qui nous rend semblables à Jésus-Christ crucifié. N'y aura-t-il donc. Chrétiens, que le sacrement de la pénitence qui ne gravera point sur nous l'image de la mort de notre Sauveur? Non, il n'en sera pas de la sorte, dit le saint concile de Trente. La pénitence étant un second baptême, il faut que ce qui a été dit du premier soit encore vérifié dans le second ; « que tout autant que nous sommes qui sommes baptisés en Jésus-Christ, sommes baptisés en sa mort : In morte ipsius haptizati sumus \» Et comment est-ce que la pénitence imprime sur nos ^orps la mort de Jésus? Écoutez parler le sacré concile : C'est alors, dit-il, que nous subissons quelque peine pour nos péchés, que nous nous [p. 12] baptisons dans nos larmes et dans les exercices laborieux que l'on nous impose; d'où vient aussi que la pénitence est nommée un baptême laborieux'. Et par là ne voyez-vous pas combien la pénitence doit être sévère?

Nous apprenons du sacré concile, que nous devons nous rendre conformes à Jésus-Christ crucifié, par les pénitences que nous subissons. Ha ! mon Sauveur, C[uand je considère votre tête couronnée d'épines, votre chair si cruellement déchirée, etc., je dis aussitôt en moimême : Pauvre ver écorché, quoi ! une courte prière, un Pater, un Ave Maria, un Miserere sont-ils capables de nous crucifier avec vous? Ne faut-il point d'autres clous pour percer nos pieds, qui tant de fois ont couru au crime ; et nos mains, qui se sont souillées du bien d'autrui par tant d'usures cruelles, etc.? Il faut quelque chose de plus pénible; et c'est pourciuoi le sacré concile avertit sagement les confesseurs qu'ils donnent des pénitences proportionnées : Debent crgo saccrdotes Domini, quantum spiritus et prudentia suggesscrit, pro qualitate criminum et psenitentium facultate, salutares et convenientes satisfactiones injungere^. Et ce qu'il leur prescrit d'user de prudence, sachez et entendez,

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